ACTE II - SCENE V



LES MEMES, ROGER
ROGER paraît au fond tenant un plateau sur lequel est un papier plié en deux et va directement à LA CHOUTE.

ETIENNETTE
Qu'est-ce que c'est, Roger ?

ROGER
(présentant le papier à LA CHOUTE.)
Un mot pour madame.

LA CHOUTE
(étonnée.)
Pour moi ?

MAURICE
(corrigeant malicieusement.)
Pour mademoiselle.

ROGER
(conciliant.)
Pour mademoiselle.

LA CHOUTE
Vous permettez ? (Se levant et descendant un peu à droite pour lire.)
"Est-ce qu'il y en a encore pour longtemps ? " (Sur un ton moitié lassé moitié rieur.)
Oh ! (Lisant.)
"Je m'embête par là ! viens un peu : on rira !…" (A part en riant.)
Quelle brute ! (Haut, à ROGER.)
C'est bien ! dites que je viens ! (ROGER sort. A MAURICE.)
Je vous demande pardon, monsieur l'abbé, c'est une personne qui est là, qui a… à m'entretenir.

GUERASSIN
(à part.)
"A l'entretenir" ! c'est un rien !

MAURICE
(se levant.)
Mais, mademoiselle, je vous en prie !… Ah ! seulement je vous demanderai la permission de vous présenter mes adieux.

LA CHOUTE
Oh ! mais je reviens.

MAURICE
C'est que moi je suis obligé de partir.

TOUTES
(se levant.)
Oh ! déjà ?… déjà ?

MAURICE
Hélas ! oui, mesdames. Je n'étais venu que pour prier madame de Marigny de m'excuser si je suis forcé de renoncer pour aujourd'hui à notre conférence quotidienne.

ETIENNETTE
Oh ! vraiment ?

MAURICE
C'est demain que je rentre à la caserne et nous sommes convoqués pour aujourd'hui avant six heures à la Place.

TOUTES
(désappointées.)
Oh !

LA CHOUTE
(enfant gâtée.)
Oh ! qu'ils sont ennuyeux à la Place ! Vous ne pouvez pas y aller un autre jour ?

MAURICE
(avec un geste désolé tout en souriant de l'innocence de sa question.)
Impossible !
Avec les choses militaires !…

LA CHOUTE
En disant que vous étiez avec nous !

MAURICE
(id.)
Même en disant ça.

LA CHOUTE
(sur un ton de regret, à MAURICE qui sur ces dernières répliques a gagné le milieu de la scène.)
Allons ! Puisqu'il en est ainsi, au revoir monsieur l'abbé, et, j'espère, à bientôt.

MAURICE
Mais je l'espère aussi.

LA CHOUTE
(après avoir fait une révérence à MAURICE.)
(sur un ton déluré.)
A tout à l'heure, vous autres.
(Elle sort.)

MAURICE
(qui, sur la sortie de LA CHOUTE, est remonté.)
Charmante jeune fille !… (A GUERASSIN qui est à sa gauche.)
et quelle nature supérieure !…

GUERASSIN
(avec une admiration jouée.)
Ah !
(ROGER entre du fond, avec une carte sur un plateau; il va vers ETIENNETTE près de la cheminée, en descendant par la gauche de la table.)

ETIENNETTE
Qu'est-ce encore ?

ROGER
Madame, c'est une dame, accompagnée de… de sa femme de chambre, qui demande à être reçue en particulier.

ETIENNETTE
(ennuyée.)
Allons, bon ! quoi ? quelle dame ?

ROGER
Voici sa carte.
(Il présente le plateau à Etiennette.)

ETIENNETTE
(prenant la carte et lisant.)
Comtesse de Plounidec !…

MAURICE
Maman !

TOUS
Hein ?

ETIENNETTE
(allant 3 à MAURICE.)
Madame votre mère ! Madame votre mère chez moi ?…

MAURICE
Pourquoi ? Qu'est-ce que ça signifie ?

ETIENNETTE
Je ne sais pas. Pourvu que ce ne soit pas pour !…

MAURICE
Pour quoi ?

ETIENNETTE
Hein ? non, rien !… (A ROGER.)
Vous n'avez rien remarqué dans l'air de cette dame ?…

ROGER
(au dessus de la table.)
Dans son air ?… non.
(Il remonte près de la porte.)

MAURICE
Il faut vraiment quelque raison majeure pour que ma mère vienne ainsi vous demander un entretien particulier.

ETIENNETTE
(troublée.)
Oui, évidemment.

MAURICE
Ah ! je voudrais bien savoir !…

ETIENNETTE
Ecoutez, monsieur l'abbé, cet entretien ne saurait être long; (Indiquant la porte de gauche.)
voulez-vous attendre par là avec ces dames et Guérassin. (A GUERASSIN, qui est au-dessus de la table, causant avec CLEO et PAULETTE, l'invitant à indiquer le chemin.)
Guérassin !

GUERASSIN
Entendu !
(Il remonte et pendant ce qui suit, tout en bavardant avec PAULETTE et CLEO passe dans la pièce de gauche dont la porte reste ouverte.)

ETIENNETTE
Aussitôt madame votre mère partie je viendrai vous donner l'explication.

MAURICE
Attendre, cela me mettrait bien en retard ! d'autant qu'il faut que je passe encore chez moi avant d'aller à la Place; (Tout en marchant avec ETIENNETTE dans la direction de la porte de gauche.)
mais voici ce que je puis faire : de chez moi, c'est sur mon chemin avant la Place, je remonte ici savoir…

ETIENNETTE
Eh ! bien, c'est ça ! Tenez, passons par là. (A ROGER, avant de sortir.)
Et vous, introduisez ces dames.

ROGER
La bonne aussi ?

ETIENNETTE
Hein ?

ROGER
La bonne ?

ETIENNETTE
Oui…, non…, comme le désirera madame la comtesse. (A MAURICE.)
Allons !

MAURICE
Mon Dieu ! pourvu que cela ne soit pas quelque contrariété !
(Ils sortent.)

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