ACTE IV - Scène V



(CAMILLE, MARTIAN, ALBIANE.)

Camille
À ce qu'elle me dit, Martian, vous l'aimez ?

Martian
Malgré ses fiers mépris mes yeux en sont charmés.
Cependant pour l'empire, il est à vous encore :
Galba s'est laissé vaincre, et Pison vous adore.

Camille
De votre haut crédit c'est donc un pur effet ?

Martian
Ne désavouez point ce que mon zèle a fait.
Mes soins de l'empereur ont fléchi la colère,
Et renvoyé Plautine obéir chez son père.
Notre nouveau César la voulait épouser ;
Mais j'ai su le résoudre à s'en désabuser ;
Et Galba, que le sang presse pour sa famille,
Permet à Vinius de mettre ailleurs sa fille.
L'un vous rend la couronne, et l'autre tout son cœur.
Voyez mieux quelle en est la gloire et la douceur,
Quelle félicité vous vous étiez ôtée
Par une aversion un peu précipitée ;
Et pour vos intérêts daignez considérer…

Camille
Je vois quelle est ma faute, et puis la réparer ;
Mais je veux, car jamais on ne m'a vue ingrate,
Que ma reconnoissance auparavant éclate,
Et n'accorderai rien qu'on ne vous fasse heureux.
Vous aimez, dites-vous, cet objet rigoureux,
Et Pison dans sa main ne verra point la mienne
Qu'il n'ait réduit Plautine à vous donner la sienne,
Si pourtant le mépris qu'elle fait de vos feux
Ne vous a pu contraindre à former d'autres vœux.

Martian
Ah ! Madame, l'hymen a de si douces chaînes,
Qu'il lui faut peu de temps pour calmer bien des haines ;
Et du moins mon bonheur sauroit avec éclat
Vous venger de Plautine et punir un ingrat.

Camille
Je l'avois préféré, cet ingrat, à l'empire ;
Je l'ai dit, et trop haut pour m'en pouvoir dédire ;
Et l'amour, qui m'apprend le foible des amants,
Unit vos plus doux vœux à mes ressentiments,
Pour me faire ébaucher ma vengeance en Plautine,
Et l'achever bientôt par sa propre ruine.

Martian
Ah ! si vous la voulez, je sais des bras tous prêts ;
Et j'ai tant de chaleur pour tous vos intérêts…

Camille
Ah ! que c'est me donner une sensible joie !
Ces bras que vous m'offrez, faites que je les voie,
Que je leur donne l'ordre et prescrive le temps.
Je veux qu'aux yeux d'Othon vos desirs soient contents,
Que lui-même il ait vu l'hymen de sa maîtresse
Livrer entre vos bras l'objet de sa tendresse,
Qu'il ait ce désespoir avant que de mourir :
Après, à son trépas vous me verrez courir.
Jusque-là gardez-vous de rien faire entreprendre.
Du pouvoir qu'on me rend vous devez tout attendre.
Allez vous préparer à ces heureux moments ;
Mais n'exécutez rien sans mes commandements.

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