Poésies 1866-1872
-
Le Peuple s’amuse

Sully Prudhomme

Le Peuple s’amuse

Le poète naïf, qui pense avant d’écrire,
S’étonne, en ce temps-ci, des choses qui font rire.
Au théâtre parfois il se tourne, et, voyant
La gaîté des badauds qui va se déployant,
Pour un plat calembour, des loges au parterre,
Il se sent tout à coup tellement solitaire
Parmi ces gros rieurs au ventre épanoui,
Que, le front lourd et l’œil tristement ébloui,
Il s’esquive, s’il peut, sans attendre la toile.
Enfin libre il respire, et, d’étoile en étoile,
Dans l’azur sombre et vaste il laisse errer ses yeux.
Ah ! Quand on sort de là, comme la nuit plaît mieux !
Qu’il fait bon regarder la Seine lente et noire
En silence rouler sous les vieux ponts sa moire,
Et les reflets tremblants des feux traîner sur l’eau,
Comme les pleurs d’argent sur le drap d’un tombeau !
Ce deuil fait oublier ces rires qu’on abhorre.
Hélas ! Où donc la joie est-elle saine encore ?
Quel vice a donc en nous gâté le sang gaulois ?
Quand rirons-nous le rire honnête d’autrefois ?
Ce ne sont aujourd’hui qu’absurdes bacchanales ;
Farces au masque impur sur des planches banales ;
Vil patois qui se fraye impudemment accès
Parmi le peuple illustre et cher des mots français ;
Couplets dont les refrains changent la bouche en gueule ;
Romans hideux, miroir de l’abjection seule ;
Commérage où le fiel assaisonne des riens ;
Feuilletons à voleurs, drames à galériens,
Funestes aux cœurs droits qui battent sous les blouses ;
Vaudevilles qui font, corrupteurs des épouses,
Un ridicule impie à l’affront des maris ;
Spectacles où la chair des femmes, mise à prix,
Comme aux crocs de l’étal exhibée en guirlande,
Allèche savamment la luxure gourmande ;
Parades à décors dont les fables sans art
N’esquivent le sifflet qu’en soûlant le regard ;
Coups d’archets polissons sur la lyre d’Homère,
Et tous les jeux maudits d’un amour éphémère
Qui va se dégradant du caprice au métier :
Voilà ce qui ravit un peuple tout entier !

O Bêtise, éternel veau d’or des multitudes,
Toi dont le culte aisé les plie aux servitudes,
Et complice du joug les y soumet sans bruit,
Monstre cher à la force et par la ruse instruit
À bafouer la libre et sévère pensée,
Règne ! Mais à ton tour, brute, qu’à la risée,
Au comique mépris tu serves de jouet !
Que sur toi le bon sens fasse claquer son fouet,
Qu’il se lève, implacable à son tour, et qu’il rie,
Et qu’il raille à son tour l’inepte raillerie,
Et qu’il fasse au soleil luire en leur nudité
Ta grotesque laideur et ta stupidité !
Molière, dresse-toi ! Debout, Aristophane !
Allons ! Faites entendre au vulgaire profane
L’hymne de l’idéal au fond du rire amer,
Du grand rire où, pareil au cliquetis du fer,
Sonne le choc rapide et franc des pensers justes,
Du beau rire qui sied aux poitrines robustes,
Vengeur de la sagesse, héroïque moqueur,
Où vibre la jeunesse immortelle du cœur !


AMOUR
L’Inspiration La Folle Envoi Les Danaïdes Conseil La Note Inquiétude Trahison Profanation Au Prodigue Les Blessures Fatalité Où vont-ils ? L’Art sauveur Sépulture
DOUTE
Piété hardie La Prière Bonne mort La Grande Ourse Cri perdu Tout ou Rien La Lutte Rouge ou Noire Chez l’Antiquaire Les Dieux Un Bonhomme Scrupule La Confession Les Deux vertiges Le Doute Tombeau
RÊVE
Repos Sieste Éther Sur l’Eau Le Vent Hora prima À Kant La Vie de loin Les Ailes Dernières Vacances Fin du Rêve
ACTION
Homo sum La Patrie Un Songe L’Axe du monde La Roue Le Fer Une Damnée L’Épée Aux Conscrits Chagrin d’Automne Dans l’Abîme En Avant Réalisme Le Monde à nu Le Rendez-vous Les Téméraires La Joie Au Désir À Auguste Brachet
LES ÉCURIES D’AUGIAS
Les Écuries d’Augias
CROQUIS ITALIENS
Parme Fra Beato Angelico Le Jour et la Nuit (San Lorenzo) Devant un groupe antique Panneau Ponte Sisto Le Colisée L’Escalier de l’Ara Cœli La Voie Appienne La Pescheria Torses antiques Les Marbres La Place Saint-Jean-de-Latran Les Transtévérines La Place Navone
LES SOLITUDES
Première Solitude Sonnet Déclin d’amour Les Stalactites Joies sans causes La Grande Allée La Valse
Le Cygne
La Voie lactée Les Serres et les Bois Ne nous plaignons pas La Terre et l’Enfant Passion malheureuse La Bouture Scrupule Prière au Printemps Un Exil La Reine du Bal La Laide Jaloux du printemps L’Une d’Elles La Pensée La Lyre et les Doigts Mars Damnation La Mer La Grande Chartreuse Effet de nuit Silence et Nuit des bois La Colombe et le Lis Le Peuple s’amuse Déception Combats intimes Couples maudits Soupir Le Dernier Adieu Les Caresses La Vieillesse L’Agonie De loin Le Missel Les Vieilles Maisons Le Volubilis Midi au village Corps et Âmes Le Réveil Le Premier deuil La Chanson des métiers Le Signe Dernière Solitude
IMPRESSIONS DE LA GUERRE
Fleurs de sang Repentir La Mare d’Auteuil Le Renouveau

Autres textes de Sully Prudhomme

Poésies 1865-1866

Ce beau printemps qui vient de naître,À peine goûté va finir ;Nul de nous n’en fera connaîtreLa grâce aux peuples à venir.Nous n’osons plus parler des roses :Quand nous les...



Les auteurs


Les catégories


Fiches de lecture

Médiawix © 2026