Ceux qui ne sont pas nés, les peuples de demain,
Entendent vaguement, comme de sourds murmures,
Les grands coups de marteaux et les grands chocs d’armures
Et tous les battements des pieds sur le chemin.
Ce tumulte leur semble un immense festin,
Dans un doux bruit de flots, sous de folles ramures ;
Et déjà, tressaillant au sein des vierges mûres,
Tous réclament la vie et le bonheur certain.
Il n’est donc pas un mort qui, de retour dans l’ombre
Leur dise que cet hymne est fait de cris sans nombre
Et qu’ils dorment en paix sur un enfer béant,
Afin que ces heureux qui n’ont ni pleurs ni rire
Écoutent sans envie, autour de leur néant,
Le tourbillon maudit des atomes bruire ?
Poésies 1865-1866 de Sully Prudhomme rassemble des textes de jeunesse où se dessinent déjà les grands thèmes qui feront la singularité du poète. L’oeuvre parle d’abord de la sensibilité intérieure,...