Pour une heure de joie unique et sans retour,
De larmes précédée et de larmes suivie,
Pour une heure tu peux, tu dois aimer la vie :
Quel homme, une heure au moins, n’est heureux à son tour ?
Une heure de soleil fait bénir tout le jour,
Et quand ta main serait tout le jour asservie,
Une heure de tes nuits ferait encore envie
Aux morts, qui n’ont plus même une nuit pour l’amour.
Ne te plains pas, tu vis ! Plus grand que misérable !
Et l’univers, jaloux de ton cœur vulnérable,
Achèterait la joie au même prix que lui ;
Pour la goûter, si peu que cette ivresse dure,
Les monts accepteraient l’éternelle froidure,
L’Océan l’insomnie, et les déserts l’ennui.
Poésies 1865-1866 de Sully Prudhomme rassemble des textes de jeunesse où se dessinent déjà les grands thèmes qui feront la singularité du poète. L’oeuvre parle d’abord de la sensibilité intérieure,...