Du pôle il va tenter les merveilleux hivers ;
Il part, le grand navire ! Une puissante enflure
Au souffle d’un bon vent lève et tend la voilure
Sur trois beaux mâts portant neuf vergues en travers.
Il est parti. Là-bas, au soleil, dans les airs
Traînant son pavillon comme une chevelure,
Il a pris sa superbe et gracieuse allure
Et du côté du Nord gagne les hautes mers.
D’un œil triste je suis au loin son blanc sillage :
Il va sombrer peut-être au but de son voyage,
Par des géants de glace étreint de toutes parts !
Et près de moi, debout, l’enfant du capitaine,
Dans la brise ravi vers la brume lointaine,
Agite dans son cœur d’aventureux départs.
Poésies 1865-1866 de Sully Prudhomme rassemble des textes de jeunesse où se dessinent déjà les grands thèmes qui feront la singularité du poète. L’oeuvre parle d’abord de la sensibilité intérieure,...