Ruy Blas est un personnage central du drame de Victor Hugo. Présenté d'abord comme un laquais au service de don Salluste, il appartient au peuple et se trouve placé au plus bas de l'échelle sociale, tout en aspirant à une grandeur morale et intellectuelle qui le dépasse. Sa première apparition le montre dans une position de dépendance, mais déjà son importance se dessine par le regard que les autres portent sur lui et par la place qu'il va prendre dans l'intrigue. Il devient rapidement l'axe autour duquel s'articulent l'amour, la politique et la trahison.
Ruy Blas est le protagoniste tragique de l'œuvre. Son parcours donne son sens à l'action dramatique : il est à la fois le moteur des événements et le point où convergent les conflits principaux. Par l'usurpation de son identité de grand d'Espagne, par son accès au pouvoir et par sa relation avec la reine, il fait avancer l'intrigue jusqu'à la catastrophe finale.
Il joue aussi un rôle révélateur. À travers lui, le drame met en scène la tension entre apparence et vérité, entre rang social et valeur intime, entre ambition politique et exigence morale. Son personnage permet de faire apparaître les manipulations de don Salluste, la corruption de la cour et la détresse de la reine, tout en donnant à l'œuvre sa dimension à la fois politique, sentimentale et tragique.
La relation la plus déterminante est celle qui l'unit à don Salluste. Celui-ci le domine, l'utilise, le contraint et le piège par la violence morale autant que par le mensonge. Don Salluste le fait passer du rôle de serviteur à celui de faux grand seigneur, puis tente de l'instrumentaliser pour atteindre la reine. Ruy Blas comprend peu à peu qu'il n'est qu'un instrument dans une vengeance qui le dépasse, et il finit par s'opposer frontalement à son maître.
Avec la reine, sa relation est fondée sur l'amour, le respect et l'illusion douloureuse d'une élévation impossible. Ruy Blas l'aime passionnément, en silence puis avec un aveu bouleversé, et la reine finit par lui accorder une confiance et un amour réciproques. Sa relation avec don César de Bazan est différente : elle est fraternelle, marquée par la mémoire d'une origine commune dans le peuple, par l'amitié, la confidence et le soutien. Don César l'écoute, le comprend, l'encourage et tente de l'aider à plusieurs reprises. Face à don Guritan, Ruy Blas passe d'une gêne mêlée de trouble à un affrontement d'honneur, car leur rivalité est liée à la reine.
Ruy Blas apparaît comme un être profondément noble de cœur, généreux, loyal et sincère. Son discours contre les ministres, sa douleur devant l'injustice, son indignation morale et son souci du salut de l'Espagne montrent un homme qui ne se réduit jamais à sa condition servile. Il a le sens du devoir, du sacrifice et de la grandeur intérieure, même lorsqu'il se croit écrasé par sa naissance et par son habit de laquais.
Mais il est aussi déchiré, vulnérable et traversé de contradictions. Son amour pour la reine l'emporte jusqu'à la souffrance extrême; il oscille entre l'enthousiasme, le désespoir, la honte, l'orgueil et la peur. Il se sait inférieur socialement et en souffre, tout en étant capable de prendre la parole avec une autorité presque royale. Sa grandeur tient justement à cette tension : il est à la fois un homme humilié et un esprit élevé, un serviteur soumis et un héros de la conscience.
Ruy Blas évolue fortement au cours de l'œuvre, mais cette évolution est aussi une révélation progressive de ce qu'il est déjà. D'abord laquais soumis, ensuite faux seigneur investi d'un pouvoir inattendu, il devient un homme d'action et de parole, capable de dénoncer les abus de la cour et de parler au nom du peuple et de l'Espagne. Pourtant, plus il s'élève socialement, plus il découvre son impuissance intime face à l'amour, au piège de don Salluste et à sa propre condition.
Son évolution se termine dans une forme de retour tragique à lui-même : il rejette le bonheur imposé par la corruption, dévoile son vrai nom, affirme sa dignité de laquais, puis meurt après avoir bu le poison. Cette fin donne sens à tout le parcours du personnage : ce n'est pas un simple ascendant social, mais une ascension morale interrompue par la violence du monde.
Ruy Blas symbolise la valeur profonde du peuple quand elle est écrasée par les structures sociales. À travers lui, Hugo oppose la noblesse de l'âme à la noblesse du sang, et montre qu'un homme né bas peut porter en lui une grandeur supérieure à celle des puissants. Le personnage révèle aussi la cruauté d'une société de cour fondée sur l'hypocrisie, l'exploitation et l'instrumentalisation des êtres.
Il incarne enfin le drame de l'idéal impossible : aimer, servir, gouverner, être digne, tout cela se heurte à la corruption politique et au mensonge organisé. Ruy Blas fait apparaître le projet de l'auteur, qui consiste à unir le drame intime, la méditation historique et la révolte morale. Par lui, l'œuvre célèbre la parole juste, la générosité et le sacrifice, tout en montrant combien ces vertus sont fragiles dans un monde dominé par la puissance et la trahison.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Ruy Blas, à travers d'autres œuvres.