Antiochus est un roi d'Orient, roi de Comagène, présent à Rome dans l'entourage de Bérénice et de Titus. Dès son entrée en scène, il apparaît comme un personnage de rang élevé, proche des puissants, mais aussi comme un homme intérieurement déchiré. Son importance est immédiate : il annonce le cadre politique et affectif de la pièce, et son retour, ses départs, ses hésitations ou ses révélations pèsent constamment sur l'action.
Antiochus joue un rôle décisif dans l'intrigue, non comme protagoniste unique, mais comme personnage central du drame amoureux et politique. Il est à la fois adjuvant, lorsqu'il sert d'intermédiaire entre Titus et Bérénice, et acteur dramatique majeur, puisque ses aveux, ses tentatives de retrait et ses retours relancent sans cesse la tension. Il est aussi un témoin privilégié des dilemmes des autres, car Titus lui confie ses sentiments et Bérénice lui ouvre son cœur.
Son poids narratif tient à sa position triangulaire : il aime Bérénice, il est l'ami de Titus, et il est lié aux deux par une longue histoire de fidélité et de souffrance. Il rend visibles les enjeux de la pièce en incarnant une passion ancienne, contenue puis enfin dite, dans un monde où la raison d'État et les contraintes de Rome menacent les liens affectifs. Sa présence fait donc circuler l'information, révèle les secrets, et accompagne les décisions tragiques.
La relation la plus profonde d'Antiochus est celle qu'il entretient avec Bérénice. Il l'aime depuis longtemps, s'est tu pendant cinq ans, et lui parle avec une fidélité douloureuse. Bérénice le considère comme un ami constant, un soutien fidèle, mais elle ne voit pas d'abord l'ampleur de son amour. Lorsqu'il se déclare, il provoque chez elle surprise, trouble et compassion, mais son aveu demeure sans issue heureuse. Leur lien mêle admiration, confiance et souffrance.
Avec Titus, Antiochus entretient une relation complexe d'amitié, de respect et de rivalité. Titus lui parle comme à un ami et lui confie la situation de Bérénice, lui demandant même d'aller la voir et de parler en son nom. Mais Antiochus est aussi son rival amoureux, ce qu'il finit par avouer. Cette double relation crée une grande tension morale : il aide Titus tout en aimant la même femme, et son rôle de messager devient le lieu d'une douleur extrême. Avec Arsace, enfin, il dialogue longuement, exposant ses hésitations et ses ordres, ce qui fait d'Arsace le confident de ses troubles.
Antiochus est d'abord un homme de retenue et de fidélité. Il se présente comme un ami généreux, discret, capable de se taire longtemps par égard pour Bérénice. Son amour est sincère, constant, noble dans sa forme, puisque jamais il ne cherche à forcer la reine ni à l'exposer au scandale. Il refuse l'importunité, craint de blesser, et préfère souvent se retirer plutôt que d'imposer sa passion.
Mais il est aussi profondément tourmenté, hésitant et contradictoire. Il passe sans cesse de l'espoir au renoncement, du désir de parler au projet de fuir, de la jalousie à la résignation. Il se plaint de son propre état, se décrit comme un amant sans espoir, et souffre de voir l'amour de Bérénice pour Titus. Sa sensibilité est extrême, parfois proche du découragement, mais elle s'accompagne d'une grande dignité morale. Il ne cherche pas à triompher par ruse ou violence : sa grandeur est celle d'un homme qui endure, qui aime sans réussite, et qui accepte de perdre.
Antiochus évolue surtout dans sa manière d'affronter la vérité de son amour. Au début, il est dans le silence, la dissimulation et l'effort de départ ; ensuite, devant les événements, il se résout à parler à Bérénice. Puis, après avoir cru un instant à une possible ouverture, il découvre que son espérance est toujours menacée par Titus et par l'amour de la reine. À la fin, il n'est pas vraiment transformé en vainqueur ou en conciliateur : il demeure un personnage de renoncement, fidèle à lui-même dans sa douleur. Cette stabilité donne au personnage une force tragique, car sa constance n'aboutit jamais à la possession, seulement à l'épreuve.
Antiochus symbolise la grandeur inutile de l'amour fidèle quand il se heurte à l'ordre politique et aux choix imposés par la raison d'État. Par son effacement, sa loyauté et sa souffrance, il révèle la fragilité des passions humaines face aux devoirs publics, mais aussi la noblesse d'une parole retenue trop longtemps. Il fait apparaître chez Racine un monde où aimer oblige à se juger soi-même, à renoncer, et parfois à se taire. En ce sens, Antiochus incarne une forme de tragique de la fidélité : il est grand non parce qu'il obtient, mais parce qu'il accepte de perdre sans cesser d'aimer.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Antiochus, à travers d'autres œuvres.