Don Salluste est un grand seigneur espagnol, marquis de Finlas, homme de cour puissant avant sa disgrâce. Son nom apparaît d'abord dans le cadre historique exposé au seuil de l'oeuvre, où il représente la première moitié de la noblesse à l'époque du déclin monarchique. Il entre ensuite en scène comme personnage moteur de l'intrigue, immédiatement marqué par sa chute, son ressentiment et sa volonté de revanche.
Don Salluste est l'antagoniste majeur de l'oeuvre. Il organise, provoque et exploite presque tous les rebondissements importants : l'humiliation de la reine, la manipulation de Ruy Blas, la mise en scène des faux-semblants à la cour, puis le dénouement tragique. Il agit comme une force de corruption et de calcul, capable de transformer les autres en instruments de ses desseins.
Sa fonction dramatique est centrale, car il relie entre elles les différentes strates de l'action : politique, amoureuse et sociale. Il met Ruy Blas à l'épreuve, surveille la reine, utilise Don César, compose des lettres, organise des pièges et revient sans cesse au coeur de la machination. Par sa présence, l'intrigue prend sa profondeur tragique, car il incarne le danger venu de l'intérieur même de la cour.
Avec Ruy Blas, Don Salluste entretient une relation de domination absolue. Il le traite comme un valet, le fait signer des papiers compromettants, le place dans une position de dépendance et se sert de lui pour approcher la reine. Il connaît l'amour de Ruy Blas pour la reine et l'utilise comme levier de chantage, ce qui fait de cette relation un rapport de force fondé sur la cruauté et la manipulation.
Avec la reine, Don Salluste est dans une opposition directe. Il veut se venger d'elle, la faire tomber et la compromettre publiquement. Avec Don César, il joue d'abord la connivence familiale et du besoin d'argent, puis la rivalité et le décalage moral. Avec Gudiel, les alguazils, l'alcade et plusieurs grands de la cour, il agit comme un homme de réseau, secret et stratège, capable d'utiliser les autres comme relais de sa vengeance.
Don Salluste est un personnage d'intelligence froide, d'énergie sombre et de volonté inflexible. Il parle avec assurance, mène les autres par la parole, calcule ses coups et sait attendre le moment utile. Sa psychologie est dominée par le ressentiment : humilié, disgracié, il ne cherche pas seulement à se rétablir, mais à détruire ceux qui l'ont frappé. Il se définit par la ruse, le secret, le mépris d'autrui et le goût de la mise en scène.
Le texte insiste aussi sur sa duplicité. Il sait prendre les apparences de la loyauté, de la parenté ou même du service, tout en préparant la ruine des autres. Il est profondément manipulateur, mais aussi habité par une logique de vengeance qui le pousse à l'excès. Sa lucidité politique ne s'accompagne d'aucune grandeur morale : il n'utilise son intelligence que pour nuire. Sa froideur tranche avec les élans de Ruy Blas ou la franchise de Don César.
Don Salluste évolue peu dans le sens d'un changement intérieur : il demeure jusqu'au bout fidèle à sa logique de revanche, de domination et de perfidie. En revanche, sa position dans l'intrigue se modifie, puisqu'il passe du rôle d'homme disgracié à celui d'instigateur caché, puis à celui de vaincu final lorsqu'il est affronté par Ruy Blas. Cette stabilité rend son personnage particulièrement redoutable : il ne doute pas, ne se corrige pas et ne s'humanise jamais.
Don Salluste symbolise les forces de corruption, d'abus et de décomposition qui minent la monarchie présentée dans l'oeuvre. Il incarne une noblesse devenue parasite, qui ne vit plus que de l'intrigue, du privilège et du calcul. Par son cynisme, il révèle aussi une vision sombre de l'humanité : l'intelligence, au lieu d'élever, peut servir à asservir. En cela, il s'oppose au projet moral et dramatique de l'oeuvre, qui valorise au contraire la grandeur morale, le sacrifice et l'élan vers l'idéal.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Don Salluste, à travers d'autres œuvres.