Titus est l’empereur romain au coeur de l’intrigue. Sa première apparition le montre déjà préoccupé par la reine Bérénice et par l’opinion de Rome, tandis que Paulin sert d’intermédiaire entre ses pensées et le public. Son statut politique est donc central : il concentre à la fois le pouvoir suprême et le drame intime, ce qui fait de lui un personnage essentiel de l’œuvre.
Titus occupe la place de protagoniste tragique. L’action entière se construit autour de son impossibilité à concilier son amour pour Bérénice et son devoir d’empereur. C’est lui qui fait avancer l’intrigue en appelant des confidents, en préparant l’aveu à la reine, puis en décidant finalement de la séparation. Son poids dramatique est considérable, car chaque scène majeure dépend de ses hésitations, de ses aveux et de ses renoncements.
Il n’est ni simple amant ni simple souverain : il est aussi le lieu du conflit politique et moral de la pièce. À travers lui, le drame oppose la passion privée à la raison d’État, l’élan du coeur à la loi romaine. Sa parole structure plusieurs moments décisifs, notamment lorsqu’il demande à Paulin de sonder l’opinion, puis lorsqu’il annonce lui-même à Bérénice qu’il faut se séparer.
La relation la plus importante est celle qu’il entretient avec Bérénice. Il l’aime profondément, la recherche, la fuit, la console, puis la perd en la renonçant. Leurs échanges sont marqués par une tendresse constante, mais aussi par l’incompréhension et la douleur. Titus lui jure son amour, mais l’obligation impériale l’amène à la quitter, ce qui transforme leur relation en tragédie de la séparation.
Avec Antiochus, Titus entretient une relation complexe mêlant estime, amitié et rivalité indirecte. Il lui confie sa faiblesse, lui demande d’aller parler à Bérénice, puis lui annonce finalement la rupture. Antiochus devient à la fois confident et concurrent amoureux. Avec Paulin, Titus adopte la posture d’un souverain qui cherche un regard sincère : il lui demande d’être l’interprète des cœurs, l’écoute sur Rome, et s’appuie sur lui pour préparer sa décision. Paulin apparaît ainsi comme un conseiller politique et moral, tandis que Bérénice et Antiochus incarnent pour Titus l’espace du désir et de la perte.
Titus se définit d’abord par sa sensibilité. Il aime avec intensité, souffre, hésite, pleure et se reproche sans cesse ses propres faiblesses. Il est sincère, lucide, capable d’avouer que son coeur est déchiré. Cette franchise intérieure le rend profondément humain. Il n’est pas un conquérant froid : il mesure la force de son attachement à Bérénice et reconnaît que la séparation lui coûte énormément.
Mais Titus est aussi dominé par le sens du devoir, de la gloire et de la grandeur romaine. Il se juge responsable de l’image de l’empire et de son propre exemple. Sa volonté de suivre la loi romaine et de ne pas faire dépendre son pouvoir de l’amour révèle un personnage partagé entre passion et discipline. Cette contradiction fait sa grandeur tragique : il sait qu’il aime, mais il se pense obligé de renoncer. Sa faiblesse n’est pas l’absence de vertu, mais au contraire le prix très élevé qu’il paie pour l’exercer.
Titus évolue d’un empereur encore indécis et douloureusement partagé vers un homme qui prend finalement une décision conforme à son rang. Au début, il espère encore concilier amour et empire; il recule, s’interroge, cherche des appuis, et laisse longtemps son silence parler à sa place. Puis, confronté au regard de Rome, il assume le sacrifice et annonce à Bérénice qu’il faut se séparer. Cette évolution n’efface pas son trouble : elle le transforme en souverain tragique qui choisit la loi au détriment de lui-même.
Titus symbolise le conflit entre l’individu et la fonction politique. Par lui, l’oeuvre montre qu’un homme au pouvoir peut être détruit non par la violence extérieure, mais par l’exigence intérieure d’un devoir supérieur à ses désirs. Il révèle aussi une vision de la royauté comme solitude : plus Titus est élevé, moins il peut vivre librement son amour. À travers lui, le texte interroge la grandeur romaine, le prix de la fidélité politique et la souffrance attachée aux décisions irréversibles.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Titus, à travers d'autres œuvres.