Roméo est le fils de Montague, donc un jeune seigneur de Vérone appartenant à l'une des deux grandes familles ennemies de la ville. Il apparaît d'abord comme un jeune homme mélancolique, retiré du monde, que Benvolio et Montague décrivent comme accablé de tristesse avant même l'entrée en scène de son amour pour Juliette. Dès sa première apparition au théâtre, il est présenté comme un personnage central : son mal-être, puis sa passion, puis son destin tragique organisent toute l'action.
Roméo est le protagoniste principal de l'œuvre. L'intrigue suit ses élans, ses choix et les conséquences de ses actes, depuis son amour pour Rosaline jusqu'à sa rencontre avec Juliette, puis jusqu'à son bannissement et à sa mort. Il porte ainsi l'essentiel du mouvement dramatique, car ses décisions entraînent la progression de l'action et précipitent la catastrophe finale.
Son poids dans l'intrigue tient aussi au fait qu'il relie entre eux les grands conflits de la pièce : le conflit amoureux, le conflit familial et le conflit politique. Il agit à la fois comme amant, comme fils, comme adversaire malgré lui dans les rixes de Vérone, et comme victime des haines anciennes. Sa trajectoire fait avancer l'œuvre vers l'extrême tension puis vers le dénouement tragique qui réconcilie les deux familles.
Ses relations les plus importantes sont d'abord celles avec Juliette, qu'il aime passionnément et secrètement. Leur amour naît très vite, s'exprime dans un langage lyrique et conduit au mariage célébré par frère Laurence. Juliette devient pour lui à la fois l'objet du désir, la source de son bonheur et la mesure de toute son existence, au point qu'il ne supporte plus le bannissement qui l'éloigne d'elle.
Roméo entretient aussi des liens décisifs avec Benvolio et Mercutio, ses compagnons et amis. Benvolio cherche à le conseiller et à l'apaiser, tandis que Mercutio le taquine, le provoque et tente de le faire sortir de sa mélancolie. Le drame bascule quand Tybalt tue Mercutio, puis lorsque Roméo tue Tybalt, ce qui provoque son exil. Il est également lié à Montague, son père, et à Balthazar, qui lui apporte la nouvelle funeste de la mort supposée de Juliette. Enfin, frère Laurence joue un rôle d'appui moral et pratique, en mariant les amants puis en tentant de réparer les effets du destin.
Roméo se caractérise d'abord par une grande sensibilité. Il parle abondamment de ses émotions, se définit par la souffrance amoureuse et s'abandonne à des élans très intenses. Son langage est imagé, excessif, souvent paradoxal, ce qui traduit une imagination vive et une disposition à vivre les sentiments avec une absolue intensité. Il est aussi loyal, surtout envers Juliette et envers ses amis, et montre un véritable sens de l'honneur lorsqu'il défend Mercutio et réagit à la mort de celui-ci.
Mais cette sensibilité s'accompagne de contradictions. Il est capable d'ardeur et de précipitation, passant d'une passion à une autre avec une rapidité qui est explicitement relevée par frère Laurence. Il hésite, s'emporte, se décourage, puis se résout soudainement à agir, notamment lorsqu'il apprend la mort de Juliette et décide d'acheter du poison. Cette instabilité ne le rend pas seulement vulnérable : elle fait aussi de lui un personnage profondément humain, partagé entre idéal amoureux, impulsion et désespoir.
Roméo évolue nettement au fil de l'œuvre. Au début, il apparaît comme un jeune homme rêveur et mélancolique, replié sur son amour pour Rosaline. Après sa rencontre avec Juliette, il devient plus rayonnant, plus audacieux, et son discours s'ouvre à une joie amoureuse presque absolue. Puis, à mesure que la violence des haines familiales se referme sur lui, il passe de l'enthousiasme amoureux à la souffrance, de la souffrance au bannissement, et enfin à la décision désespérée de mourir avec Juliette.
Cette évolution donne au personnage une forme de maturation tragique. Il ne devient pas sage au sens moral, mais son expérience l'amène à mesurer le prix des passions et des conflits. Sa fin, loin d'annuler son parcours, en révèle le sens : Roméo se définit par une fidélité extrême à ce qu'il aime, mais cette fidélité se heurte à la violence du monde et mène à la catastrophe.
Roméo symbolise à la fois l'élan amoureux absolu et la fragilité de l'individu face aux structures de haine qui l'entourent. Il révèle une société dominée par les rivalités de clan, où les décisions des familles et des autorités écrasent la liberté des jeunes gens. À travers lui, l'œuvre montre que l'amour peut être à la fois force de vie et puissance de destruction, parce qu'il s'inscrit dans un monde qui le rend impossible à vivre paisiblement.
Le personnage illustre aussi une réflexion sur l'excès : excès du langage, excès du désir, excès du chagrin, excès de la violence. Shakespeare en fait un être entier, épris de beauté et de vérité affective, mais incapable de composer avec la mesure. Roméo incarne ainsi la grandeur et le danger de la passion, et devient le centre sensible d'une tragédie où l'amour ne triomphe qu'en révélant le coût humain de la haine.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Roméo, à travers d'autres œuvres.