Don Guritan, comte d'Onate, apparaît comme un grand d'Espagne, majordome de la reine, donc un homme de cour lié à la haute hiérarchie du palais. Son entrée le montre d'abord silencieux, observateur et solennel, fixé au fond de la chambre de la reine. Il appartient à cet univers de noblesse, de service et de surveillance qui entoure la souveraine et fait de lui un personnage secondaire mais décisif dans la mécanique de l'intrigue.
Don Guritan joue surtout un rôle d'adjuvant puis d'opposant provisoire selon les moments de l'action. D'un côté, il sert la reine et se prête à ses demandes; de l'autre, il devient une menace pour Ruy Blas lorsqu'il découvre leur proximité. Il n'est pas le centre de l'intrigue, mais il en accompagne plusieurs pivots : la surveillance du palais, la circulation des messages, la tension amoureuse, puis le duel qui pourrait faire basculer les choses.
Sa fonction narrative est aussi de faire avancer le drame par contraste. Il représente le grand seigneur amoureux, ancien, expérimenté, capable de passer du protocole à la décision violente. Son départ pour Neubourg, puis son retour, son duel différé avec Ruy Blas et enfin sa disparition de la scène principale, montrent qu'il est moins un moteur profond qu'un relais de tension, utile pour éprouver les autres personnages.
Avec la reine, Don Guritan entretient une relation d'adoration muette et d'obéissance. Casilda le décrit comme un homme tendre sous une apparence dure, et la reine s'amuse de sa dévotion avant de l'utiliser pour lui confier la cassette destinée à Neubourg. Il est donc à la fois fidèle serviteur, admirateur amoureux et instrument docile de la volonté royale.
Avec Ruy Blas, la relation est d'abord indirecte, puis directement conflictuelle. Don Guritan voit en lui un rival amoureux et lui dit clairement qu'un seul des deux est de trop dans le palais, puisqu'ils aiment la même femme. Il le provoque au duel, d'abord avec gravité puis avec une sorte de dignité chevaleresque. Avec Don Salluste, il reste un rouage : ce dernier le manipule, le détourne, puis l'écarte en le renvoyant à Neubourg afin de protéger son projet. Don Guritan apparaît ainsi pris entre l'autorité de la reine, la rivalité avec Ruy Blas et les manœuvres de Don Salluste.
Don Guritan se caractérise par une grande rigidité morale dans l'honneur amoureux. Il parle de ses anciens duels et de ses conquêtes passées comme d'une expérience de vieux combattant, mais il demeure profondément sérieux dès qu'il s'agit de la reine. Sa parole est tenue, son sens du devoir est net, et il accepte l'éloignement ou l'ordre reçu comme un homme de rang.
Psychologiquement, il est à la fois austère et vulnérable. Il se dit lassé des femmes et presque absurde d'amour, ce qui révèle un trouble intime sous son masque de discipline. Il n'est ni perfide ni cynique comme Don Salluste : il est loyal, susceptible, jaloux, et prêt à la violence dans un cadre codifié. Sa faiblesse tient justement à cette passion contenue, qui le rend manipulable et le pousse à agir selon les règles d'un monde aristocratique déjà usé.
Don Guritan change peu au cours de l'œuvre : il est un personnage relativement statique, fidèle à sa fonction de grand seigneur amoureux et de gardien du code d'honneur. Ses actions varient selon les circonstances, mais son noyau moral reste constant. Il adore la reine, accepte l'ordre, se sent offensé par le rival, et cherche le duel comme solution noble à un conflit amoureux.
Cette stabilité est significative : elle en fait une figure de l'ancienne noblesse, encore attachée aux formes, aux serments et à la bravoure, mais facilement déplacée par les intrigues du pouvoir. Son immobilité morale contraste avec les métamorphoses de Ruy Blas ou la duplicité de Don Salluste.
Don Guritan symbolise une noblesse de service, encore digne mais déjà enfermée dans le cérémonial et la jalousie codifiée. Il révèle un monde où les sentiments passent par les formes sociales, où aimer signifie obéir, surveiller, défier ou partir, jamais vivre librement. À travers lui, l'œuvre montre la tension entre l'honneur aristocratique et la fragilité intérieure.
Il contribue aussi à faire sentir la société de cour comme un espace de masques, de devoirs et de rapports hiérarchiques. Face à lui, la reine est prisonnière, Ruy Blas humilié, Don Salluste calculateur. Don Guritan n'est pas le plus cruel, mais il appartient à l'ordre ancien qui rend possible l'intrigue : un ordre où la passion doit se dire en termes de duel, de rang et de service, et où même la fidélité devient un instrument dramatique.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Don Guritan, à travers d'autres œuvres.