La duchesse d'Albuquerque, dona Juana De La Cueva, est la camerera mayor de la reine. Elle apparaît dès le salon de la reine, assise à l'écart, avec une tapisserie à la main, en vieille femme vêtue de noir. Son statut est éminent, car elle incarne l'autorité cérémonielle et la règle de cour auprès de la souveraine, mais son rôle la place surtout du côté de la discipline et du contrôle. Dans l'économie générale de l'œuvre, elle représente une présence froide, rigide et institutionnelle, opposée à la spontanéité des sentiments.
Son rôle narratif est avant tout celui d'un opposant fonctionnel, ou plus exactement d'un gardien de l'ordre de la cour. Elle empêche la reine de sortir, de jouer, de manger à son gré, en rappelant sans cesse les règles attachées à sa charge. Par sa seule présence, elle matérialise l'enfermement de la reine et la contrainte qui pèse sur elle. Elle n'est pas au centre de l'action dramatique, mais elle en rend visibles les mécanismes de surveillance et d'interdit.
Elle a donc un poids important dans l'atmosphère de la scène. Sans être une antagoniste principale, elle participe à l'enfermement moral et politique de la reine, et fait sentir la dureté du protocole. Son autorité, fondée sur la charge plus que sur l'affection, contribue à isoler la reine et à renforcer son malaise. Elle est ainsi un rouage du système de cour que la pièce met en question.
Sa relation essentielle est celle qui l'unit à la reine dona Maria De Neubourg. La duchesse lui parle avec distance, répond à ses demandes par des règles, des rappels de l'usage et des refus. Quand la reine veut sortir, jouer ou se distraire, la duchesse oppose la loi de sa fonction. Leur relation est donc asymétrique : la reine possède le rang, mais la duchesse détient l'application concrète du cérémonial.
Avec Casilda, la relation est différente. Casilda la regarde avec ironie et l'appelle indirectement une figure de contrainte, tandis que la duchesse maintient son sérieux et son rang. Avec don Guritan, elle reste dans un rôle de courtoisie protocolaire, sans intimité. Plus largement, elle n'entre pas dans les grands conflits passionnels de l'œuvre, mais elle encadre la vie de la reine en la soumettant à la discipline et au décorum.
La duchesse d'Albuquerque est marquée par la rigidité, le scrupule de fonction et l'attachement absolu à l'étiquette. Elle parle brièvement, durement, avec une assurance tranquille. Son identité semble toute entière fondée sur le devoir et la charge qu'elle remplit. Elle ne cherche ni à plaire ni à séduire : elle administre, rappelle, interdit. Cette austérité donne à sa présence une froideur presque glacée.
Psychologiquement, elle apparaît peu ouverte à la sensibilité de la reine. Elle ne contredit pas l'émotion par cruauté visible, mais par fidélité à la règle. Sa fermeture n'est pas celle d'une intrigante, mais d'une fonction incarnée. Elle représente une forme d'obéissance qui se transforme en dureté. Le texte la montre ainsi comme une femme de cour plus que comme une personne intime, presque réduite à la logique de son office.
La duchesse est un personnage statique. Elle ne connaît pas de transformation psychologique ni de retournement, et conserve du début à la fin la même fermeté cérémonielle. Cette stabilité est significative : elle incarne l'immobilité du monde de cour, son poids de formes fixes, de règles répétées et de hiérarchies figées. Là où d'autres personnages sont emportés par la passion, le trouble ou la chute, elle demeure la gardienne immobile de l'ordre établi.
La duchesse d'Albuquerque symbolise la domination du protocole sur la vie humaine. À travers elle, l'œuvre montre comment la cour transforme les êtres en fonctions, et comment les règles de représentation peuvent étouffer la spontanéité, le désir et même la joie. Elle révèle aussi la solitude de la reine, entourée de serviteurs qui la servent sans vraiment la soulager. En ce sens, elle participe à la critique d'une société cérémonielle où l'autorité se maintient par l'enfermement, l'usage et la mise à distance des êtres.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec La Duchesse d'Albuquerque, à travers d'autres œuvres.