Britannicus est un prince romain, fils de l'empereur Claude et frère de Néron. Dans le texte, il apparaît dès la première grande scène comme un enjeu central du pouvoir impérial, même lorsqu'il n'est pas encore présent physiquement. Sa situation est celle d'un héritier dépossédé, relégué et surveillé, dont l'existence dérange le règne de Néron et les calculs d'Agrippine. Il est ainsi présenté comme une figure de légitimité politique, mais aussi comme un personnage tragique pris dans un conflit de succession et de domination.
Britannicus joue un rôle essentiel dans l'intrigue parce qu'il cristallise la menace qui pèse sur Néron. Il n'est pas seulement un personnage secondaire ou un simple rival amoureux - il est un opposant majeur, autour duquel s'organisent les soupçons, les manœuvres, les jalousies et finalement le dénouement tragique. Son nom revient sans cesse dans les discours d'Agrippine, de Burrhus, de Narcisse et de Néron, ce qui montre qu'il occupe une place structurante dans l'action, même lorsque la scène le laisse momentanément hors champ.
Son importance dramatique tient aussi au fait qu'il est à la fois victime et révélateur. Sa présence met à nu la violence du pouvoir, les contradictions de Néron et l'échec des protections politiques ou morales qui devraient l'entourer. Son parcours mène au meurtre final, événement décisif qui marque le basculement de la pièce vers la tyrannie ouverte.
La relation la plus importante est celle qui l'unit à Junie. Les deux personnages sont liés par un amour réciproque, ancien et profond, constamment empêché par Néron. Britannicus se montre très attaché à elle, souffrant de la voir retenue, observée et soumise aux pressions du pouvoir. Junie, de son côté, lui reste fidèle dans son cœur, même lorsqu'elle doit feindre la distance pour le protéger.
Britannicus est aussi en conflit direct avec Néron, qui l'envie, le surveille et finit par le faire mourir. La rivalité entre eux est à la fois politique et amoureuse, car Néron veut à la fois dominer son frère et s'approprier Junie. Avec Agrippine, la relation est plus complexe : elle prétend le soutenir contre Néron, mais le texte rappelle qu'elle a elle-même contribué à sa disgrâce. Avec Narcisse, Britannicus entretient une relation de confiance apparente, car il le prend pour confident et le charge de missions, mais cette confiance est tragiquement trompée. Burrhus, enfin, ne lui est pas directement hostile, mais reste lié à la protection de Néron plus qu'à celle de Britannicus.
Britannicus se distingue d'abord par sa sincérité. Il parle avec franchise, sans détour, et semble incapable de l'artifice qui domine la cour. Il exprime clairement sa douleur, ses doutes, son amour et son indignation. Cette droiture le rend touchant, mais aussi vulnérable dans un univers où chacun dissimule ses intentions. Il apparaît comme un personnage loyal, sensible et blessé, particulièrement dans sa relation avec Junie et dans sa manière d'accueillir ou de croire les paroles des autres.
Mais cette sincérité s'accompagne d'une fragilité profonde. Britannicus doute de lui-même, doute des autres, et reste longtemps prisonnier de l'espoir. Il souffre de la trahison, de l'isolement et de son impuissance politique. Son langage laisse voir une grande intensité affective, parfois une jalousie, parfois une amertume, mais toujours une noblesse de cœur qui contraste avec la brutalité de ses adversaires. Il n'est pas un stratège : il agit davantage par émotion, fidélité et amour que par calcul.
Britannicus évolue peu au sens classique du terme, car le théâtre tragique le présente surtout comme une victime vouée à la perte. Cependant, il passe d'une confiance relative à une conscience plus aiguë du danger. D'abord plein d'espoir, il croit encore possible de revoir Junie, d'obtenir des appuis et de résister à Néron. Peu à peu, les signes de trahison, les suspicions et les humiliations l'amènent à percevoir plus nettement sa solitude et la perfidie de la cour. Cette progression n'est pas une conquête de pouvoir, mais une lucidité douloureuse.
Sa stabilité morale est en réalité le cœur de sa fonction tragique : il reste fidèle à son amour, à sa plainte et à sa dignité, même quand tout l'écrase. Cette permanence souligne l'écart irréductible entre sa noblesse intérieure et la corruption du monde politique qui l'entoure.
Britannicus symbolise la légitimité détruite par l'ambition et la tyrannie. Il révèle un univers où le droit du sang, la vertu et la jeunesse ne suffisent pas face à la logique du pouvoir absolu. Par sa mort, le texte montre que la cour de Néron est un espace de surveillance, de manipulation et de violence, où l'innocence n'est pas protégée. Il incarne aussi la vulnérabilité de ceux qui restent fidèles dans un monde gouverné par la duplicité.
Plus largement, le personnage fait apparaître la critique racinienne de la corruption du pouvoir et des passions incontrôlées. En lui, l'auteur oppose la grandeur morale à l'efficacité du mal politique, et fait de Britannicus une figure de victime tragique dont la chute éclaire la cruauté de Néron, la faiblesse des protections humaines et l'impuissance de la vertu dans un monde dominé par la peur.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Britannicus, à travers d'autres œuvres.