XXXVIII
Récit de l’entrevue nocturne de M. et Mme Bumble avec Monks


Par une lourde et étouffante soirée d’été, quand les nuages, qui avaient été menaçants toute la journée, laissaient déjà tomber de grosses gouttes de pluie et semblaient présager un violent orage, M. et Mme Bumble quittaient la grande rue de la ville et se dirigeaient vers un petit massif de maisons en ruine, situées à un mille et demi environ et bâties sur un sol marécageux et malsain, au bord de la rivière.

Ils étaient l’un et l’autre affublés de vieux vêtements usés, peut-être dans le double but de se garantir de la pluie et d’éviter d’attirer l’attention ; le mari portait une lanterne qui n’était pas encore allumée, il est vrai, et marchait le premier, pour procurer sans doute à sa femme, vu la boue qui couvrait le chemin, l’avantage de poser le pied dans les larges empreintes de ses pas. Ils marchaient dans un profond silence ; de temps à autre, M. Bumble ralentissait sa marche et tournait la tête comme pour s’assurer que sa moitié le suivait ; puis, en voyant qu’elle était sur ses talons, il reprenait son pas allongé et s’avançait rapidement vers le but de leur expédition.

Ce quartier était loin d’avoir une réputation douteuse ; sa réputation était faite, au contraire, depuis longtemps. On savait à merveille qu’il n’était habité que par des bandits dangereux, qui, tout en faisant semblant de vivre de leur travail, avaient pour principale ressource le vol et le crime ; c’était un assemblage de méchantes baraques, bâties grossièrement les unes en brique, les autres avec de vieux bois de bateau rongé des vers, et placées pour la plupart à quelques pieds du bord de la rivière. Des bateaux avariés étaient amarrés à un petit mur qui séparait la rivière du marais ; çà et là, une rame ou un bout de câble semblaient annoncer au premier abord que les habitants de ces misérables huttes se livraient à quelque occupation sur la rivière ; mais, en voyant que ces divers objets, ainsi exposés aux regards, étaient usés et hors de service, le passant n’avait pas de peine à supposer qu’ils n’étaient là que pour sauver les apparences, et non pour être employés à un service actif.

Au cœur de cet amas de huttes, et tout au bord de la rivière, au-dessus de laquelle surplombaient les étages supérieurs, s’élevait un vaste bâtiment, autrefois occupé par une manufacture, où probablement les habitants des demeures environnantes trouvaient jadis du travail ; mais depuis longtemps ce bâtiment était en ruine. Les rats, les vers, l’humidité en avaient rongé et dégradé les fondations, et une notable partie de l’édifice s’était déjà écroulée dans l’eau, tandis que l’autre, chancelante et penchée sur la rivière, semblait n’attendre qu’une occasion favorable pour s’écrouler de même et aller rejoindre sa camarade au fond de l’eau.

Ce fut devant ce bâtiment en ruine que le digne couple s’arrêta, au moment où le tonnerre commençait à gronder dans le lointain, et la pluie à tomber avec force.

« Ce doit être quelque part par ici, dit Bumble en consultant un chiffon de papier qu’il tenait à la main.

— Holà ! » fit une voix en l’air.

Bumble leva la tête dans la direction du bruit, et aperçut au second étage le buste d’un individu à une lucarne.

« Attendez un moment, dit la voix ; je suis à vous à l’instant. »

La tête disparut et la lucarne se referma.

« Est-ce là l’homme en question ? » demanda Mme Bumble.

M. Bumble fit un signe de tête affirmatif.

« Alors, dit la matrone, attention à ce que je vous ai dit, ayez soin de parler le moins que vous pourrez, sans quoi vous vous trahirez tout de suite. »

M. Bumble, qui avait considéré la masure d’un air épouvanté, allait peut-être exprimer quelque doute sur la sécurité qu’il pouvait y avoir à s’aventurer plus loin dans cette affaire, quand Monks parut, ouvrit une petite porte près de l’endroit où ils étaient, et leur fit signe d’entrer.

« Ah çà, dit-il avec impatience en frappant du pied… Allez-vous me faire rester là ? »

La femme, qui avait d’abord hésité, entra hardiment sans se faire prier davantage, et M. Bumble, soit honte, soit peur de rester seul en arrière, la suivit, mais de l’air d’un homme fort mal à l’aise, et sans rien conserver de cette dignité majestueuse qu’il portait partout avec lui.

« Pourquoi diable restiez-vous ainsi à piétiner là dans la boue ? dit Monk en tournant la tête et en s’adressant à Bumble, après avoir fermé la porte à clef derrière eux.

— Nous… nous prenions le frais, balbutia Bumble en regardant d’un air d’effroi.

— Vous preniez le frais ! repartit Monks. Allez ! allez ! toute la pluie qui est jamais tombée, ou qui tombera jamais, serait impuissante à rafraîchir la flamme d’enfer qu’un homme seul peut porter avec soi : prendre le frais ! ce n’est pas ça qui vous rafraîchira, n’ayez pas peur. »

Après cette agréable apostrophe, Monks se tourna vers la matrone, et fixa sur elle un regard si menaçant que celle-ci, qui n’était pas facile à intimider, finit par ne pouvoir la soutenir et baissa les yeux.

« C’est là la femme en question, n’est-ce pas ? demanda Monks.

— Oui, c’est la femme dont je vous ai parlé, répondit M. Bumble, attentif aux recommandations de son épouse.

— Vous croyez peut-être que les femmes ne peuvent jamais garder un secret, dit la matrone, interrompant son mari et renvoyant à Monks son regard scrutateur.

— Je sais qu’il en est un qu’elles garderont toujours jusqu’à ce qu’on le découvre, dit Monks avec dédain.

— Et quel est-il ? demanda la matrone sur le même ton.

— Celui de la perte de leur réputation, répondit Monks ; par la même raison, si une femme possède un secret qui puisse la faire pendre ou déporter, n’ayez pas peur qu’elle en parle à qui que ce soit : me comprenez-vous, madame ?

— Non, répondit la matrone en rougissant légèrement.

— Oh ! sans doute, dit Monks avec ironie ; comment pourriez-vous comprendre ? »

Il regarda ses deux visiteurs d’un air moitié menaçant, moitié sardonique, leur fit de nouveau signe de le suivre, et traversa d’un pas rapide une salle longue et basse ; il allait gravir un escalier fort roide ou plutôt une échelle qui menait à l’étage supérieur, quand la lueur éblouissante d’un éclair brilla tout à coup, et fut suivie d’un violent coup de tonnerre qui ébranla toute la masure sur sa base.

« Entendez-vous ? dit-il en reculant ; entendez-vous ces roulements et ces éclats qui semblent répétés par l’écho de mille cavernes, où les démons se cachent de peur ? Au diable ce bruit de tonnerre ! je l’ai en horreur. »

Il garda quelques instants le silence ; puis écartant tout à coup ses mains dont il s’était caché la figure, il se montra, à la grande stupéfaction de M. Bumble, pâle comme la mort, et les traits tout bouleversés.

« Ces accès-là me prennent de temps à autre, dit Monks remarquant l’air alarmé de Bumble, et quelquefois c’est le tonnerre qui en est cause ; ne faites pas attention à moi, c’est fini pour cette fois. »

Tout en parlant, il monta le premier à l’échelle, s’empressa de fermer le volet de la fenêtre de la chambre où il venait d’entrer, et abaissa une lanterne suspendue à une poulie, dont la corde passait dans une des lourdes poutres du plafond, et qui jetait une lumière douteuse sur une vieille table et trois chaises placées au-dessous.

« Maintenant, dit Monks quand ils se furent assis tous trois, plus tôt nous en viendrons à notre affaire et mieux cela vaudra ; la femme sait de quoi il s’agit, n’est-ce pas ? »

La question était adressée à Bumble ; mais sa femme prévint sa réponse en déclarant qu’elle était parfaitement au courant de l’affaire.

« Il m’a dit que vous étiez avec cette vieille sorcière la nuit qu’elle est morte, et qu’elle vous a dit quelque chose…

— Sur la mère de l’enfant que vous avez nommé ? répondit la matrone en l’interrompant ; c’est vrai.

— Voici ma première question : de quelle nature était cette communication ? dit Monks.

— Ce n’est que la seconde, répliqua la femme d’un ton décidé ; il s’agit d’abord de savoir combien vaut cette communication.

— Qui diable pourrait dire ce qu’elle vaut, sans savoir de quel genre elle est ? demanda Monks.

— Nul mieux que vous, j’en suis convaincue, répondit Mme Bumble, qui ne manquait pas de vivacité, comme son conjoint eût pu l’attester avec les preuves à l’appui.

— Hum ! fit Monks d’un air significatif et curieux ; il y a peut-être là de l’argent à gagner, hein ?

— Peut-être, répondit-il avec réserve.

— Quelque chose qu’on lui a pris, dit vivement Monks, quelque chose qu’elle portait… quelque chose…

— Assez, interrompit Mme Bumble ; cela suffit pour que je sois sûre que vous êtes bien l’homme à qui je devais m’adresser. »

M. Bumble, avec qui sa digne moitié n’était jamais entrée dans aucun détail sur ce secret, écoutait ce dialogue, le cou tendu, en ouvrant de grands yeux, qu’il fixait tour à tour sur sa femme et sur Monks, sans chercher à dissimuler son étonnement qui s’accrut encore, s’il est possible, quand ce dernier demanda quelle somme elle exigeait pour révéler ce secret.

« Combien vaut-il pour vous ? demanda la femme, toujours maîtresse d’elle-même.

— Peut-être rien, peut être vingt livres sterling, répondit Monks ; parlez si vous voulez que je le sache.

— Ajoutez cinq livres sterling de plus ; donnez-moi vingt-cinq guinées, dit la femme, et je vous dirai tout ce que je sais… mais pas auparavant.

— Vingt-cinq livres sterling ! s’écria Monks en se reculant.

— Je vous ai parlé clair et net, répondit Mme Bumble ; ce n’est pas une si grosse somme.

— Pas une si grosse somme ! dit Monks avec impatience ; pour un méchant secret qui ne me servira peut-être de rien quand je le saurai, et qui est resté enseveli dans l’oubli pendant plus de douze ans.

— Ce sont choses qui sont de garde, et, comme le bon vin, elles doublent souvent de valeur avec le temps, répondit la matrone, du même ton indifférent et résolu qu’elle avait déjà pris.

— Et si je paye pour rien ? demanda Monks avec hésitation.

— Vous pourrez aisément reprendre votre argent, dit la matrone ; je ne suis qu’une femme, seule ici, et sans protection.

— Vous n’êtes ni seule, ma chère, ni sans protection, observa M. Bumble d’une voix que la peur rendait tremblante. Je suis là, moi, ma chère. Et d’ailleurs, ajouta M. Bumble, dont les dents claquaient en parlant, M. Monks est un homme trop comme il faut pour se porter à aucune violence sur des personnes paroissiales. M. Monks sait que je ne suis plus un jeune homme, ma chère, et que je suis un peu monté en graine, pour ainsi dire ; mais il sait… je ne doute pas que M. Monks ne le sache… que je suis un fonctionnaire très résolu, et d’une force peu commune, quand une fois je suis monté. Il faut seulement que je me monte, voilà tout. »

M. Bumble, en parlant ainsi, fit le geste de brandir sa lanterne d’un air déterminé, et montra bien, à l’expression bouleversée de son visage, qu’il s’en fallait, et de beaucoup, qu’il fût monté de manière à faire une démonstration belliqueuse, à moins que ce ne fût contre les pauvres ou autres gens sans défense.

« Vous n’êtes qu’un sot, dit Mme Bumble, et vous feriez mieux de tenir votre langue.

— Il aurait mieux fait de se la couper avant de venir, s’il ne sait pas parler plus bas, dit Monks. Comme cela, c’est votre mari ?

— Lui, mon mari ! balbutia la matrone en éludant la question.

— Je m’en doutais quand vous êtes entrée, répondit Monks en remarquant le regard de travers que la dame lançait à son époux. Tant mieux ; j’hésite moins à traiter avec deux personnes, quand je sais qu’elles n’ont qu’une seule volonté ; et pour vous montrer que je ne plaisante pas… tenez. »

Il fouilla dans sa poche, en tira un sac de toile grossière, étala vingt-cinq souverains sur la table, et les poussa du côté de la femme.

« Maintenant, dit-il, serrez-les ; et, quand ce maudit coup de tonnerre, que je sens prêt à éclater sur la maison, sera passé, contez-moi votre histoire. »

Le tonnerre se fit entendre, en effet, de beaucoup plus près, et presque sur leurs têtes ; quand ses roulements eurent cessé, Monks releva le front, et se pencha en avant pour écouter ce que la femme allait dire. Leurs trois figures se touchaient presque, les deux hommes se courbant sur la table pour mieux entendre, et la femme se penchant aussi pour pouvoir parler plus bas. La lueur blafarde de la lanterne suspendue au plafond les éclairait en plein, et faisait ressortir la pâleur et l’inquiétude de leur physionomie. Tout autour d’eux était plongé dans l’obscurité ; on les eût pris pour trois fantômes.

« Quand cette femme, que nous appelions la vieille Sally, mourut, dit la matrone, j’étais seule avec elle.

— N’y avait-il personne avec vous ? demanda Monks d’une voix sourde ; il n’y avait pas quelque vieille malade ou quelque idiote dans un autre lit ? personne enfin qui pût entendre ou comprendre quelque chose ?

— Pas une âme, répondit la femme ; nous étions seules ; il n’y avait que moi toute seule près d’elle au moment où la mort est venue la prendre.

— Bon, dit Monks en la regardant attentivement, continuez.

— Elle me parla, reprit la matrone, d’une jeune femme qui était accouchée d’un fils, quelques années auparavant, non seulement dans la même chambre, mais dans le même lit où elle allait elle-même mourir.

— Ah ! dit Monks, dont les lèvres tremblèrent ; damnation ! comme tout se découvre à la fin !

— L’enfant était celui dont vous lui avez dit le nom hier soir, ajouta la matrone en désignant négligemment son mari ; cette garde avait volé la mère.

— De son vivant ? demanda Monks.

— Après sa mort, répondit la femme avec une sorte de frisson ; elle prit sur son cadavre ce que la mère l’avait suppliée, à son dernier soupir, de garder pour son enfant.

— Elle l’a vendu ! s’écria Monks d’un air désespéré ; l’a-t-elle vendu ? où ? quand ? à qui ? combien y a-t-il de temps ?

— Au moment où elle me disait à grand’peine qu’elle avait commis ce vol, dit la matrone, elle retomba sur son lit et expira.

— Sans rien ajouter ? dit Monks d’une voix étouffée par la fureur ; c’est un mensonge, je n’en serai pas dupe ; elle a dit autre chose ; je vous tuerai tous deux s’il le faut, mais je le saurai.

— Elle n’a pas prononcé un mot de plus, dit la femme, qui ne semblait pas s’émouvoir de la violence de l’étranger, tandis que M. Bumble était loin de se montrer rassuré ; mais sa main s’accrocha vivement à ma robe et, quand je vis qu’elle était morte et que je me débarrassai de cette main, je m’aperçus qu’elle tenait serré un chiffon de papier.

— Qui contenait… ? interrompit Monks.

— Il ne contenait rien du tout, répondit la femme ; c’était une reconnaissance du mont-de-piété !

— De quoi ? demanda Monks.

— Je vous le dirai plus tard, dit la femme. Je suppose qu’elle avait gardé quelque temps le bijou, dans l’espoir d’en tirer meilleur parti, puis qu’elle l’avait engagé, et qu’elle avait renouvelé la reconnaissance d’année en année pour empêcher la déchéance et le retirer s’il en était besoin. Mais l’occasion ne se présenta pas, et, comme je vous le dis, elle mourut tenant à la main ce morceau de papier sale et usé ; le renouvellement devait avoir lieu deux jours après ; je pensai que ce bijou aurait peut-être un jour une certaine importance, et je le dégageai.

— Où est-il maintenant ? demanda aussitôt Monks.

— Le voici, » répondit la femme. Et, comme si elle était heureuse de s’en débarrasser, elle jeta vivement sur la table un petit sac de peau, à peine assez grand pour contenir une montre ; Monks s’en saisit, et l’ouvrit d’une main tremblante. Il contenait un petit médaillon d’or avec deux mèches de cheveux, et un anneau de mariage.

« Il y a le mot « Agnès » gravé en dedans, dit la femme ; le nom de famille manque ; puis il y a une date, qui se rapporte à un an environ avant la naissance de l’enfant.

— Est-ce tout ? dit Monks après avoir attentivement examiné le contenu du petit sac.

— Tout, » répondit la femme.

M. Bumble respira, heureux de voir que l’histoire touchait à sa fin, et qu’il n’était pas question de rendre les vingt-cinq livres sterling.

« Voilà tout ce que je sais de cette histoire, dit sa femme en s’adressant à Monks après un court silence, et je ne veux rien en savoir de plus, c’est plus sûr. Mais puis-je vous faire deux questions ?

— Faites, dit Monks un peu surpris ; reste à savoir si j’y répondrai ou non, c’est une autre question.

— Cela fait par conséquent trois questions, hasarda M. Bumble essayant de faire le plaisant.

— Est-ce là ce que vous vous attendiez à obtenir de moi ? demanda la matrone.

— Oui, répondit Monks, et l’autre question ?

— Que comptez-vous en faire ? Pourriez-vous vous en servir contre moi ?

— Jamais, répondit Monks, ni contre moi non plus, tenez. Regardez, mais ne faites pas un pas, ou c’en est fait de vous. »

À ces mots, il roula la table dans un coin de la chambre, et poussant un anneau de fer fixé au plancher, il ouvrit une large trappe juste aux pieds de M. Bumble, qui recula de quelques pas avec précipitation.

« Regardez au fond, dit Monks, en faisant descendre la lanterne dans le gouffre ; n’ayez pas peur ; j’aurais pu vous y précipiter à mon aise, quand vous étiez assis dessus, si cela m’eût convenu. »

La matrone, ainsi encouragée, s’approcha du bord, et M. Bumble lui-même, poussé par la curiosité, se hasarda à en faire autant. Le courant rapide, grossi par la pluie, bouillonnait au fond du gouffre, et tout autre bruit s’effaçait à côté du fracas de l’eau se brisant contre les fondations verdâtres et couvertes de limon. Il y avait eu là jadis un moulin, et le courant écumant autour des débris de la vieille roue semblait s’élancer avec une nouvelle force, débarrassé maintenant des obstacles qui avaient vainement essayé de ralentir sa course impétueuse.

« Si l’on jetait là au fond le corps d’un homme, où serait-il demain matin ? dit Monks en promenant la lanterne en tout sens au fond du sombre puits.

— À deux milles d’ici, et haché en morceaux, » répondit Bumble, reculant d’effroi à cette pensée.

Monks tira de son sein le petit paquet qu’il y avait caché précipitamment, l’attacha solidement à un morceau de plomb qui avait appartenu à une poulie et qui traînait sur le plancher, et le jeta dans le gouffre : il y tomba tout droit, fit entendre un léger bruit dans l’eau, et fut entraîné.

Tous trois se regardèrent et semblèrent respirer plus librement.

« Tenez ! dit Monks en fermant la trappe, si jamais la mer rend les morts qui sont dans son sein, comme les livres le disent, elle gardera du moins l’or et l’argent, et, par conséquent, cette bagatelle avec. Nous n’avons rien de plus à nous dire, et nous pouvons rompre cet agréable entretien.

— De tout mon cœur, observa M. Bumble avec beaucoup d’empressement.

— Vous n’irez pas jaser, n’est-ce pas ? dit Monks d’un air menaçant. Quant à votre femme, je suis sûr d’elle.

— Comptez sur moi, jeune homme, répondit M. Bumble avec une extrême politesse, en se dirigeant, avec force révérences, du côté de l’échelle ; dans l’intérêt de tout le monde, jeune homme ; dans le mien aussi, vous sentez, monsieur Monks.

— Je suis heureux pour vous de vous entendre parler ainsi, observa Monks. Allumez votre lanterne et détalez au plus vite. »

Heureusement que la conversation finit là, sans quoi M. Bumble, qui s’était baissé en saluant jusqu’à six pouces de l’échelle, serait infailliblement tombé la tête la première à l’étage inférieur. Il alluma sa lanterne à celle de Monks, et, sans chercher à prolonger le moins du monde la conversation, il descendit en silence, suivi de sa femme : Monks se mit en route le dernier, après s’être arrêté sur les degrés pour s’assurer qu’il n’entendait pas d’autre bruit que celui de la pluie qui tombait à torrents, et de l’eau qui se brisait contre les pierres des fondations.
Ils traversèrent le rez-de-chaussée lentement et avec précaution, car Monks tressaillait rien qu’à voir son ombre, et M. Bumble, tenant sa lanterne à un pied du sol, marchait non seulement avec une prudence remarquable, mais encore d’un pas singulièrement léger pour un homme de sa corpulence. Il croyait voir partout quelque trappe secrète. Monks ouvrit doucement la porte par laquelle ils étaient entrés, échangea avec eux un léger signe de tête, et le digne couple se mit en route au milieu de la boue et des ténèbres.

Ils ne furent pas plutôt sortis que Monks, qui semblait avoir une invincible répugnance pour la solitude, appela un jeune garçon qui était resté caché quelque part en bas, le fit passer devant lui, la lanterne à la main, et regagna la chambre qu’il venait de quitter.

I
Du lieu où naquit Oliver Twist, et des circonstances qui accompagnèrent sa naissance
II
Comment Oliver Twist grandit, et comment il fut élevé
III
Comment Oliver Twist fut sur le point d’attraper une place qui n’eût pas été une sinécure
IV
Oliver trouve une autre place et fait son entrée dans le monde
V
Oliver fait de nouvelles connaissances, et, la première fois qu’il assiste à un enterrement, il prend une idée défavorable du métier de son maître
VI
Oliver, poussé à bout par les sarcasmes de Noé, engage une lutte et déconcerte son ennemi
VII
Oliver persiste dans sa rébellion
VIII
Oliver va à Londres, et rencontre en route un singulier jeune homme
IX
Où l’on trouvera de nouveaux détails sur l’agréable vieillard et sur ses élèves, jeunes gens de haute espérance
X
Oliver fait plus ample connaissance avec ses nouveaux compagnons, et acquiert de l’expérience à ses dépens. La brièveté de ce chapitre n’empêche pas que ce ne soit un chapitre important de l’histoire de notre héros
XI
Où il est question de M. Fang, commissaire de police, et où l’on trouvera un petit échantillon de sa manière de rendre la justice
XII
Oliver est mieux soigné qu’il ne l’a jamais été. – Nouveaux détails sur l’aimable vieux juif et ses jeunes élèves.
XIII
Présentation faite au lecteur intelligent de quelques nouvelles connaissances qui ne sont pas étrangères à certaines particularités intéressantes de cette histoire
XIV
Détails sur le séjour d’Oliver chez M. Brownlow. – Prédiction remarquable d’un certain M. Grimwig sur le petit garçon, quand il partit en commission
XV
Où l’on verra combien le facétieux juif et miss Nancy étaient attachés à Oliver
XVI
Ce que devint Oliver Twist, après qu’il eut été réclamé par Nancy
XVII
Oliver a toujours à souffrir de sa mauvaise fortune, qui amène tout exprès à Londres un grand personnage pour ternir sa réputation
XVIII
Comment Oliver passait son temps dans la société de ses respectables amis
XIX
Discussion et adoption d’un plan de campagne
XX
Oliver est remis entre les mains de M. Guillaume Sikes
XXI
L’expédition
XXII
Vol avec effraction
XXIII
Où l’on verra qu’un bedeau peut avoir des sentiments. – Curieuse conversation de M. Bumble et d’une dame
XXIV
Détails pénibles, mais courts, dont la connaissance est nécessaire pour l’intelligence de cette histoire
XXV
Où l’on retrouve M. Fagin et sa bande
XXVI
Un personnage mystérieux paraît sur la scène. – Détails importants étroitement liés à la suite de cette histoire
XXVII
Pour réparer une impolitesse criante du premier chapitre, qui avait planté là une dame, sans cérémonie
XXVIII
Oliver revient sur l’eau… Suite de ses aventures
XXIX
Détails d’introduction sur les habitants de la maison où se trouve Oliver
XXX
Ce que pensent d’Oliver ses nouveaux visiteurs
XXXI
La situation devient critique
XXXII
Heureuse existence que mène Oliver chez ses nouveaux amis
XXXIII
Où le bonheur d’Oliver et de ses amis éprouve une atteinte soudaine
XXXIV
Détails préliminaires sur un jeune personnage qui va paraître sur la scène
XXXV
Résultat désagréable de l’aventure d’Oliver, et entretien intéressant de Henry Maylie avec Rose
XXXVI
Qui sera très court, et pourra paraître de peu d’importance ici, mais qu’il faut lire néanmoins, parce qu’il complète le précédent, et sert à l’intelligence d’un chapitre qu’on trouvera en son lieu
XXXVII
Où le lecteur, s’il se reporte au chapitre XXIII, trouvera une contre-partie qui n’est pas rare dans l’histoire des ménages
XXXVIII
Récit de l’entrevue nocturne de M. et Mme Bumble avec Monks
XXXIX
Où le lecteur retrouvera quelques honnêtes personnages avec lesquels il a déjà fait connaissance, et verra le digne complot concerté entre Monks et le juif
XL
Étrange entrevue, qui fait suite au chapitre précédent
XLI
Qui montre que les surprises sont comme les malheurs ; elles ne viennent jamais seules
XLII
Une vieille connaissance d’Oliver donne des preuves surprenantes de génie et devient un personnage public dans la capitale
XLIII
Où l’on voit le fin Matois dans une mauvaise passe
XLIV
Le moment vient pour Nancy de tenir la promesse qu’elle a faite à Rose Maylie. – Elle y manque
XLV
Fagin confie à Noé Claypole une mission secrète
XLVI
Le rendez-vous
XLVII
Conséquences fatales
XLVIII
Fuite de Sikes
XLIX
Monks et M. Brownlow se rencontrent enfin. – Leur conversation. – Ils sont interrompus par M. Losberne, qui leur apporte des nouvelles importantes
L
Poursuite et évasion
LI
Plus d’un mystère s’éclaircit. – Proposition de mariage où il n’est question ni de dot ni d’épingles
LII
La dernière nuit que le juif a encore à vivre
LIII
Et dernier

Autres textes de Charles Dickens

Conte de Noël

Marley était mort, pour commencer. Là-dessus, pas l’ombre d’un doute. Le registre mortuaire était signé par le ministre, le clerc, l’entrepreneur des pompes funèbres et celui qui avait mené le...

TextesLibres.fr

Bienvenue sur notre site, qui propose une vaste sélection de textes de littérature française libres de droit et gratuits. Nous sommes fiers de pouvoir offrir à nos lecteurs l'accès à des œuvres littéraires importantes et intéressantes sans aucun coût.

Sur notre site, vous trouverez des œuvres de grands écrivains français, allant de la littérature classique à la littérature contemporaine. Nous avons des romans, des poèmes, des pièces de théâtre, des essais et bien plus encore. Nous avons également des textes dans divers genres, y compris la science-fiction, la fantasy, le drame et le suspense.

Nous sommes convaincus que la littérature est une source de savoir et de plaisir pour tous, et nous sommes heureux de pouvoir offrir un accès gratuit à ces œuvres. Nous espérons que vous apprécierez la littérature française que nous proposons sur notre site, et nous vous invitons à découvrir les textes qui s'y trouvent.


Les auteurs


Les catégories

TextesLibres.fr

Médiawix © 2024