Pylade est l’ami fidèle d’Oreste, qu’il accompagne dès l’ouverture de la pièce à la cour de Pyrrhus, en Épire, dans le palais de Buthrot. Il n’est ni roi ni rival amoureux, mais un compagnon de route, un confident et un soutien constant, présent dès la première scène et encore là jusqu’à la fin. Sa fonction essentielle est d’encadrer Oreste, de l’avertir, de le conseiller, puis de tenter de le sauver lorsque sa passion et sa fureur le perdent.
Dans l’intrigue, Pylade joue le rôle d’adjuvant. Il sert d’abord à exposer la situation par ses échanges avec Oreste, puis il devient l’interlocuteur qui met en lumière les conflits intérieurs du héros. Il n’agit pas pour son propre compte, mais sa présence est capitale parce qu’il donne à Oreste un regard lucide sur les événements, sur Pyrrhus et sur Hermione, et parce qu’il l’aide concrètement dans les moments de crise. Il rappelle sans cesse la raison, la prudence et l’urgence de l’ambassade.
Son poids dramatique vient aussi de ce qu’il représente la voix opposée à l’emportement. Face aux passions qui dominent presque tous les autres personnages, Pylade incarne la stabilité, la mesure et la fidélité. Il ne décide pas l’action principale, mais il l’oriente, l’encadre et parfois la retarde. À la fin, il reste celui qui veut soustraire Oreste au désastre et qui cherche encore à le sauver lorsque tout s’effondre autour de lui.
Sa relation la plus forte est celle qui l’unit à Oreste. Pylade l’écoute, le conseille, le contredit, le plaint et le protège. Il lui reproche son aveuglement amoureux, lui rappelle son devoir d’ambassadeur et tente plusieurs fois de le détourner de ses projets les plus dangereux. Pourtant, cette fermeté n’abolit jamais l’amitié : Pylade accompagne Oreste avec une loyauté absolue, jusqu’à s’engager dans ses plans et à chercher avec lui une issue au piège de l’Épire.
Avec Pyrrhus, Pylade n’a pas de lien affectif direct, mais il observe et commente la situation politique et sentimentale du roi. Avec Hermione, il n’agit qu’indirectement, puisqu’il sert de relais entre Oreste et elle. Son rôle est donc médiateur : il relie Oreste à Pyrrhus, Oreste à Hermione, et le monde des Grecs à la cour d’Épire. Il s’oppose moins aux personnes qu’aux dérèglements des passions qui les gouvernent.
Pylade se définit d’abord par la fidélité. Il se dit lui-même marqué par une « triste amitié », il a souffert de l’exil, craint les malheurs d’Oreste et n’a cessé de veiller sur lui. Il est raisonnable, prudent, lucide, capable d’analyser les rapports de force à la cour de Pyrrhus et d’anticiper les conséquences des actes. Là où Oreste se laisse emporter, Pylade réfléchit, mesure, avertit et temporise.
Mais cette sagesse n’est pas froide indifférence. Il éprouve de l’alarmes, des larmes, de la pitié et une sollicitude très active. Sa force morale tient à ce mélange de fidélité affective et de clairvoyance. Sa faiblesse, au regard de l’action, est qu’il ne peut jamais empêcher entièrement le désastre : ses conseils sont justes, mais ils ne triomphent pas des passions d’Oreste. Il incarne ainsi une vertu impuissante face à la violence du désir et du malheur.
Pylade évolue peu, et c’est précisément ce qui fait sa valeur dramatique. Dès le début, il apparaît comme l’ami fidèle, le conseiller avisé et l’homme de mesure, et il demeure jusqu’à la fin dans cette même ligne de conduite. Contrairement aux autres personnages, il ne bascule pas dans la passion, la jalousie ou la fureur : sa stabilité souligne son rôle de repère moral dans une pièce dominée par l’instabilité des cœurs.
Pylade symbolise l’amitié constante, la raison politique et la fidélité humaine au milieu d’un monde gouverné par les passions. Par sa présence, la pièce fait exister une possibilité de lucidité et de retenue, même si cette possibilité ne suffit pas à empêcher la catastrophe. Il révèle aussi la solitude d’Oreste : un tel héros n’est pas abandonné, mais accompagné par quelqu’un qui voit clair, sans pouvoir l’arracher à son destin. En ce sens, Pylade met en relief le projet tragique de l’œuvre : montrer la puissance destructrice de l’amour, de l’honneur et de la vengeance, face auxquels la fidélité la plus droite demeure impuissante.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Pylade, à travers d'autres œuvres.