Hermione est une princesse grecque, fille d’Hélène et de Ménélas, dont le statut royal est constamment rappelé dans la pièce. Présente dès les premiers échanges comme l’objet d’un conflit amoureux et politique, elle apparaît au cœur de l’intrigue avant même d’entrer en scène, par les paroles d’Oreste et de Pylade. Son importance est majeure : elle cristallise les passions, les rivalités et les décisions qui font basculer l’action.
Hermione joue un rôle central dans la mécanique tragique. Elle n’est pas seulement un personnage amoureux, mais aussi un moteur de l’action : ses attentes, ses reproches, ses ordres et ses revirements orientent Oreste, influencent Pyrrhus et précipitent le dénouement. Elle agit comme une force de pression dramatique, capable d’orienter les autres personnages vers la violence ou la perte.
Elle occupe ainsi une position ambivalente d’opposante et de déclencheur tragique. Son amour blessé, sa demande de vengeance, puis son désespoir final conduisent au meurtre de Pyrrhus et à l’effondrement d’Oreste. Elle est au centre d’un nœud de passions où le politique, le devoir et l’amour se confondent.
Sa relation la plus importante est celle qu’elle entretient avec Pyrrhus. D’abord promise à lui, elle se sent trahie lorsqu’il se tourne vers Andromaque, ce qui transforme son amour en haine. Elle passe sans cesse de l’espoir au ressentiment, puis au désir de vengeance. Pyrrhus demeure pour elle l’objet du désir, de l’orgueil blessé et de la rivalité.
Avec Oreste, Hermione entretient une relation de domination et d’instrumentalisation mêlée de doute. Elle l’accueille, le repousse, le relance, puis lui ordonne finalement de tuer Pyrrhus avant de se rétracter trop tard. Avec Andromaque, la relation est faite de rivalité absolue : Hermione voit en elle celle qui lui prend Pyrrhus et devient le foyer de sa colère. Avec Cléone, elle laisse apparaître ses contradictions, car la suivante entend ses aveux, ses hésitations et ses accès de fureur.
Hermione se distingue d’abord par l’intensité de ses passions. Elle est fière, sensible à l’affront, jalouse et profondément blessée dans son amour-propre. Son langage montre une conscience aiguë de la honte, du déshonneur et de l’humiliation. Elle veut paraître maîtresse d’elle-même, mais se laisse emporter par la colère, le désir de revanche et la souffrance amoureuse.
Son caractère est aussi traversé par une forte contradiction. Elle réclame la mort de Pyrrhus, puis s’émeut de son sort, demande qu’Oreste agisse sans tarder, puis lui reproche ensuite son geste. Elle oscille entre lucidité et fureur, entre volonté de domination et dépendance affective. Cette instabilité fait d’elle un personnage à la fois orgueilleux, vulnérable et tragique.
Hermione évolue surtout par basculements successifs plutôt que par transformation profonde. Elle passe de l’attente à l’espoir, de la colère à la demande de vengeance, puis à la stupeur, au regret et enfin au refus d’assumer pleinement le meurtre qu’elle a pourtant suscité. Son parcours est celui d’une passion qui se retourne contre elle-même. À la fin, son silence, son trouble et son dernier mouvement vers la mort montrent l’échec de sa maîtrise et la destruction produite par ses propres exigences.
Hermione symbolise la violence des passions dans la tragédie classique, en particulier lorsqu’elles se heurtent à l’orgueil, au devoir et à la logique du pouvoir. Elle révèle combien l’amour peut devenir une force de domination, de dépendance et de destruction. Par elle, la pièce montre aussi la fragilité des identités royales : derrière la princesse se trouve une femme humiliée, jalouse, traversée de contradictions, et incapable de sortir indemne du conflit entre désir et honneur.
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