Cléante est le frère d'Elmire et le beau-frère d'Orgon. Il appartient donc au cercle familial central de l'œuvre, sans occuper une fonction de maître de maison ou d'héritier direct. Il apparaît dès le début de la pièce, au milieu du conflit qui oppose Madame Pernelle, la famille d'Orgon et les partisans ou détracteurs de Tartuffe. Dès ses premières interventions, il se distingue par sa mesure, sa lucidité et son rôle de porte-parole de la raison.
Cléante joue surtout un rôle d'adjuvant et de contrepoids moral. Il n'est ni le moteur des passions ni l'objet du grand conflit amoureux, mais il intervient constamment pour éclairer les autres, modérer les excès et rappeler des principes de justice, de prudence et de vérité. Il est un personnage de médiation, souvent placé au centre des discussions les plus importantes, notamment lorsqu'il s'agit de Tartuffe, du mariage de Marianne ou de la conduite d'Orgon.
Son poids dans l'intrigue est considérable parce qu'il formule les jugements les plus justes et les plus structurés sur l'hypocrisie de Tartuffe. Il repère très tôt le danger que représente le faux dévot, et ses paroles donnent au spectateur les repères moraux nécessaires. Même si ses conseils ne sont pas toujours suivis, il demeure l'un des rares personnages capables d'analyser les événements sans se laisser emporter par la colère ou la crédulité.
Avec Orgon, Cléante entretient une relation de parent proche marquée par la franchise et le désaccord. Il lui parle sans détour, tente de le raisonner, l'avertit contre les excès de confiance accordés à Tartuffe et conteste sa manière de confondre dévotion et hypocrisie. Leur dialogue fait apparaître un affrontement intellectuel : Cléante oppose à l'entêtement d'Orgon une réflexion nuancée sur les vrais et les faux dévots.
Avec Elmire, Marianne, Damis et Dorine, Cléante se trouve plutôt du côté de la lucidité partagée. Il écoute, relaye, conseille, et sert souvent d'appui aux victimes des décisions d'Orgon. Avec Dorine en particulier, il existe une proximité dans l'esprit critique et l'observation des comportements. Face à Tartuffe, en revanche, il adopte une posture de vigilance calme : il ne se laisse pas séduire par les apparences et cherche à démasquer le personnage par le raisonnement.
Cléante est présenté comme un homme raisonnable, honnête et modéré. Il sait distinguer le vrai du faux, le zèle sincère de l'hypocrisie, et refuse les extrêmes. Son discours est construit, logique, souvent long et argumenté, ce qui montre à la fois sa maîtrise intellectuelle et sa volonté pédagogique. Il défend une morale équilibrée, fondée sur la sincérité, la mesure et le respect des faits.
Sa principale force est aussi sa limite : il raisonne beaucoup, mais agit peu directement. Il convainc rarement Orgon, qui se ferme à ses avertissements. Cette impuissance partielle ne vient pas d'un défaut de clairvoyance, mais du fait que Cléante s'adresse à des esprits dominés par la passion, l'orgueil ou l'illusion. Il incarne ainsi une intelligence lucide mais parfois sans prise immédiate sur le réel.
Cléante reste globalement stable du début à la fin de la pièce. Dès ses premières scènes, il apparaît comme un défenseur de la juste mesure, et cette posture ne change pas. Il traverse les événements sans être transformé, mais en confirmant peu à peu la justesse de ses analyses, notamment lorsque Tartuffe se révèle au grand jour. Cette stabilité est significative au théâtre classique : elle fait de lui un point d'appui moral constant dans un univers dominé par l'illusion.
Cléante symbolise la voix de la raison dans un monde où les apparences trompent et où les jugements se déforment sous l'effet des passions. Par ses distinctions entre vrai et faux dévot, il met en lumière l'un des grands enjeux de l'œuvre : dénoncer l'hypocrisie sans condamner la vraie piété. Il révèle aussi un idéal humain de modération, opposé aux excès d'Orgon comme aux attaques trop brutales des autres personnages. À travers lui, l'auteur donne forme à une pensée équilibrée, critique des abus mais attentive à la justice.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Cléante, à travers d'autres œuvres.