Cléone est une femme de l’entourage d’Hermione, présentée comme sa confidente et compagne de scène. Elle appartient à l’espace domestique et intime de la princesse, qu’elle accompagne dans ses doutes, ses colères et ses revirements. Sa première apparition la montre déjà dans un rôle d’écoute et de conseil, ce qui en fait un personnage secondaire, mais constamment utile à la compréhension des passions d’Hermione.
Dans l’intrigue, Cléone n’est ni une héroïne ni une force qui décide directement du dénouement, mais un personnage d’adjuvant essentiel. Elle sert de relais dramatique : elle informe, relance, interroge, et permet souvent à Hermione d’expliciter ses sentiments. Par ses questions et ses remarques, elle fait avancer la scène et rend visibles les hésitations psychologiques d’Hermione.
Son poids vient aussi de sa fonction d’équilibre. Face aux débordements des grands personnages, elle représente une parole plus mesurée, plus lucide, capable de rappeler les faits ou de pousser à l’action. Elle n’agit pas sur le cours des événements comme Oreste ou Pyrrhus, mais elle accompagne les basculements décisifs, notamment dans les scènes où Hermione se déchire entre amour, honte et vengeance.
La relation centrale de Cléone est celle qui l’unit à Hermione. Elle lui parle avec familiarité, tente de la consoler, la raisonner ou la presser d’agir. Hermione lui confie ses contradictions les plus intimes, ce qui fait de Cléone une confidente privilégiée, témoin des fluctuations du cœur de la princesse. Leur dialogue donne accès aux sentiments qu’Hermione cache aux autres.
Cléone intervient aussi face à Oreste et, indirectement, face à Pyrrhus et Andromaque, puisqu’elle mesure les effets de leurs actions sur Hermione. Avec Oreste, elle observe sa douleur et son amour, et rappelle à Hermione la constance de cet amant. Elle se situe donc à l’interface des grands conflits amoureux et politiques, sans prendre part aux rivalités, mais en les commentant depuis la proximité d’Hermione.
Cléone apparaît comme un personnage fidèle, vigilant et pragmatique. Elle écoute, conseille, observe, et tente à plusieurs reprises d’amener Hermione à une conduite plus réfléchie. Son langage reste généralement concret et orienté vers l’action, ce qui la distingue des emportements passionnés des autres personnages. Elle semble guidée par une forme de loyauté constante envers Hermione.
Psychologiquement, elle est moins déchirée que la princesse qu’elle sert. Elle comprend les passions, mais garde sur elles un regard extérieur. Cette relative stabilité lui donne une fonction de miroir : face à Hermione, Cléone fait ressortir l’instabilité, l’orgueil blessé et les hésitations affectives. Sa limite est peut-être de ne pouvoir qu’influencer sans décider, d’accompagner sans maîtriser.
Cléone évolue peu au fil de l’œuvre, ce qui correspond à son statut de personnage secondaire dans une tragédie classique. Elle conserve sa fonction de confidente et de conseillère du début à la fin. Cette stabilité n’est pas une absence d’intérêt : elle signifie qu’elle est avant tout un point d’appui dramatique, un repère de lucidité autour duquel les passions principales se déchaînent.
Cléone symbolise la présence discrète mais nécessaire de la raison, de l’écoute et de la médiation dans un univers dominé par l’honneur, l’amour et la vengeance. Elle révèle combien les grands drames naissent aussi des confidences et des paroles échangées dans l’intimité. Par elle, l’œuvre montre qu’un personnage secondaire peut rendre visibles les contradictions des puissants et éclairer, sans l’imposer, la mécanique des passions humaines.
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