Aricie est une jeune femme de sang noble, liée à l'histoire d'Athènes et de Trézène par sa naissance et par les interdits qui pèsent sur sa lignée. Elle est présentée comme la « fille de Pallante », dernière survivante d'une maison frappée par la violence politique, et elle apparaît d'abord comme une princesse captive, privée de liberté par les lois de Thésée. Sa première apparition la montre dans un moment d'attente et d'espoir, lorsqu'elle apprend qu'Hippolyte veut la voir et lui dire adieu. Elle occupe ainsi une place importante dans l'œuvre, à la fois comme figure d'amour, d'enjeu politique et de contrepoint à la passion tragique de Phèdre.
Aricie n'est pas un personnage central au sens où Phèdre et Hippolyte le sont, mais elle joue un rôle décisif dans l'intrigue. Elle est un objet d'amour pour Hippolyte et une figure de libération possible, car la mort de Thésée doit lui rendre sa liberté. Elle intervient donc dans la dynamique amoureuse, mais aussi dans la question de la succession et du pouvoir, puisque son destin est lié à celui d'Athènes. Par sa présence, elle révèle une autre voie que la violence du désir illégitime : celle d'un amour fondé sur l'estime, la constance et le respect.
Son importance tient aussi au fait qu'elle fait remonter à la surface les conflits politiques et familiaux. Elle est à la fois menacée par les lois de Thésée et appelée à retrouver un rang dans l'État. Lorsqu'Hippolyte lui promet de défendre ses droits et de lui rendre Athènes, Aricie devient un enjeu de légitimité. Elle n'agit pas comme une intrigante, mais sa seule existence fait peser sur les autres personnages des choix décisifs, notamment Phèdre, qui la considère comme une rivale, et Thésée, qui la soupçonne en la voyant auprès d'Hippolyte.
La relation essentielle d'Aricie est celle qui l'unit à Hippolyte. Leur lien se construit d'abord sur une admiration réciproque, puis sur un amour avoué par Hippolyte, qui confesse brûler pour elle depuis près de six mois. Aricie reconnaît chez lui non seulement la beauté, mais surtout les vertus du fils de Thésée, son orgueil généreux et sa grandeur morale. Elle répond à cet amour avec prudence et sens de l'honneur, hésitant à s'abandonner à lui sans être assurée que leur union puisse être juste. Leur dialogue montre une affinité profonde, mais aussi une retenue constante.
Face à Phèdre, Aricie se trouve dans une position de rivale involontaire. Phèdre la perçoit comme une menace et une concurrente dans le cœur d'Hippolyte, ce qui intensifie sa jalousie. Avec Thésée, Aricie est d'abord une prisonnière des lois, puis une interlocutrice qui ose défendre Hippolyte devant lui. Elle le contredit avec fermeté lorsqu'il accuse son fils, et tente de protéger l'innocence d'Hippolyte. Avec Ismène, elle entretient une relation de confidence : Ismène lui annonce les nouvelles, l'encourage, et sert d'intermédiaire. Ainsi, Aricie est au croisement d'un réseau de relations amoureuses, politiques et morales.
Aricie apparaît comme un personnage noble, sensible et digne. Elle parle avec retenue, mais aussi avec fermeté lorsqu'il s'agit de défendre Hippolyte. Son langage révèle une conscience vive de l'honneur : elle refuse de se dérober à la loi morale, même si elle aime Hippolyte. Elle ne se laisse pas aller à une passion sans règles, et son désir est toujours accompagné d'une vigilance sur sa renommée. Cette maîtrise d'elle-même la distingue de l'emportement tragique qui caractérise d'autres figures de l'œuvre.
Elle est aussi marquée par la douleur et la mémoire du malheur. Dernière survivante de sa famille, elle rappelle la mort de ses six frères et la destruction de sa lignée. Cette blessure intime nourrit sa réserve et son sérieux. Pourtant, sous cette douleur, elle éprouve un véritable élan amoureux et un désir de bonheur. Sa principale contradiction tient précisément à cela : elle aime Hippolyte, mais ne veut pas compromettre son honneur en cédant trop vite. Elle se montre donc à la fois tendre et prudente, passionnée et mesurée, ce qui fait d'elle une figure de fidélité et de vertu.
Aricie évolue peu au sens dramatique du terme, mais son état change au fil de l'œuvre. D'abord captive et isolée, elle découvre progressivement l'espoir, puis l'amour partagé avec Hippolyte. La mort de Thésée lui apporte brièvement une perspective de liberté et de reconnaissance, avant que la catastrophe finale ne la frappe avec la mort d'Hippolyte. Elle passe ainsi de l'attente à l'espérance, puis à la douleur. Comme souvent dans le théâtre classique, sa stabilité morale est plus importante que la transformation psychologique : elle demeure fidèle à elle-même, et cette constance fait ressortir la violence des événements qui la dépassent.
Aricie symbolise une forme d'amour légitime, mesuré et respectueux, opposé aux passions destructrices qui dominent la tragédie. Elle incarne aussi une innocence persécutée par les lois des hommes et par les conflits de pouvoir. À travers elle, l'œuvre montre qu'une lignée détruite peut encore porter la dignité, et qu'une femme menacée par l'ordre politique conserve néanmoins une souveraineté morale. Elle révèle enfin une idée essentielle de la tragédie racinienne : les êtres les plus justes sont eux aussi pris dans des forces qui les dépassent, et leur vertu ne les protège pas du malheur.