Panope est un personnage secondaire de Phèdre qui appartient à l'entourage de la reine. Elle apparaît tardivement dans l'œuvre, au moment où la crise a déjà atteint son point de rupture, et son intervention est brève mais décisive. Son statut est celui d'une confidente ou d'une messagère de cour, chargée de relayer des informations essentielles et de faire circuler la parole entre les protagonistes.
Dans l'intrigue, Panope joue surtout un rôle d'adjuvant fonctionnel. Elle apporte une nouvelle capitale - la mort de Thésée - puis informe ensuite les personnages des mouvements politiques qui en découlent. Sa fonction est donc narrative et informative: elle fait progresser l'action en révélant des événements extérieurs au dialogue principal.
Elle intervient aussi à un moment charnière, quand les décisions de Phèdre, d'Œnone et de Thésée prennent une portée publique. Panope ne provoque pas directement les conflits, mais elle en signale les effets sur la scène politique et familiale, notamment lorsqu'elle annonce que le fils de Phèdre vient d'apprendre la mort de Thésée et que la succession d'Athènes devient incertaine.
Panope s'adresse directement à Phèdre et à Œnone, ce qui la place du côté du service et de la proximité domestique. Elle transmet à la reine une information qu'elle juge triste, puis se heurte à la réaction anxieuse d'Œnone, qui lui répond et prend aussitôt le contrôle de la situation. Ces échanges montrent que Panope reste en position subalterne face aux grands personnages, sans jamais entrer dans leur intimité profonde.
Sa relation avec Thésée est indirecte mais importante, puisqu'elle annonce sa mort et contribue à la circulation de cette nouvelle dans le palais. Elle est également liée à Hippolyte par l'information politique qu'elle apporte: le fils de Phèdre vient d'apprendre la mort du roi, et sa présence est perçue comme un facteur de trouble. Panope se situe ainsi à l'intersection des réseaux de pouvoir, de famille et de rumeur.
Panope apparaît comme une figure sobre, prudente et attentive. Elle parle peu, mais elle parle au moment juste. Son attitude est marquée par la réserve: elle dit qu'elle voudrait cacher une triste nouvelle avant de la révéler, ce qui montre à la fois sa délicatesse et sa conscience de la gravité de ce qu'elle annonce.
Psychologiquement, elle n'est pas développée comme les grands personnages tragiques, mais le texte lui prête une forme de conscience morale et de mesure. Elle ne dramatise pas outre mesure, n'accable pas les autres, et se contente de rapporter les faits. Son rôle suppose donc une fidélité au réel et une certaine neutralité, qualités qui la distinguent des personnages dominés par la passion ou le mensonge.
Panope ne connaît pas d'évolution véritable au fil de l'œuvre. Elle demeure un personnage statique, au service de la transmission des nouvelles et de l'avancée dramatique. Cette stabilité correspond à sa fonction classique: elle n'est pas appelée à vivre une aventure intérieure, mais à faire entendre ce qui se passe hors scène.
Panope symbolise la parole secondaire indispensable au théâtre tragique: celle qui relie les grands drames intimes à l'espace politique. Par elle, Racine montre que le destin des héros ne reste jamais enfermé dans le cœur des personnages, mais se répercute sur la cité, la succession et l'ordre collectif. Sa sobriété met aussi en valeur, par contraste, l'excès des passions de Phèdre, d'Œnone, de Thésée et d'Hippolyte.