Hippolyte est le fils de Thésée et le fils d'une Amazone, jeune prince lié à Trézène et à Athènes, où son droit au pouvoir est discuté. Dès son entrée en scène, il annonce son départ pour aller chercher son père, et son attitude le situe d'emblée dans une position de devoir, de retenue et de gravité. Personnage central de la tragédie, il occupe une place décisive dans l'intrigue par sa filiation, ses amours et l'affrontement qui l'oppose à Thésée et à Phèdre.
Hippolyte est un protagoniste majeur de l'œuvre, car son destin structure toute l'action dramatique. Sa quête de Thésée, son amour pour Aricie, puis l'accusation portée contre lui par Phèdre entraînent la montée du conflit jusqu'à la catastrophe finale. Il n'est ni simple confident ni simple victime: sa parole, ses choix et sa réputation modifient directement le cours des événements.
Son importance tient aussi à sa fonction de personnage tragique. Il est pris dans un réseau de forces qui le dépassent: le pouvoir du père, la passion de Phèdre, la jalousie, les dieux, et l'erreur fatale de Thésée. Même quand il tente de se justifier, de partir ou de se taire, il reste au centre du drame, car son innocence même devient un enjeu tragique.
Avec Théramène, Hippolyte entretient une relation de confiance et de dialogue. C'est à lui qu'il expose ses intentions, ses scrupules et ses hésitations. Théramène l'interroge, le pousse à se dévoiler et pressent son amour pour Aricie, tandis qu'Hippolyte lui confie son trouble avec retenue. Leur échange met en lumière la tension entre son idéal de vertu et les mouvements de son cœur.
Avec Aricie, Hippolyte connaît un basculement décisif. D'abord il affirme la fuir, par fidélité à son devoir et en raison de l'interdiction imposée par Thésée, mais il finit par lui avouer son amour. Leur relation est présentée comme noble et réciproque, marquée par la délicatesse, la pudeur et le désir d'honneur. Face à Phèdre, en revanche, il incarne le refus: il repousse ce qu'il comprend d'abord mal, puis subit la révélation de sa passion avec stupeur et horreur. Enfin, avec Thésée, la relation est celle d'un fils à un père d'abord admiré, puis injustement condamné par lui, ce qui produit le conflit tragique majeur.
Hippolyte se définit d'abord par la noblesse morale, la fierté et une grande exigence de pureté. Il se présente comme un ennemi des « amoureuses lois », hostile à la faiblesse des passions, et il se réclame d'une éducation chaste et sévère. Sa parole insiste sur sa rigueur, sa pudeur, son respect du devoir et sa volonté de ne pas se laisser corrompre par l'exemple de Thésée. Il valorise la vérité, l'honneur et la maîtrise de soi.
Mais cette fermeté s'accompagne de contradictions. Son orgueil est réel, au point qu'il reconnaît lui-même la rudesse de son cœur. Sa résistance à l'amour n'est pas seulement vertu, elle est aussi fermeture et dureté. Lorsqu'il aime Aricie, il demeure pourtant sincère, tendre et profondément respectueux. Son trouble devant Phèdre, son silence forcé devant Thésée et sa volonté de cacher l'aveu le plus douloureux montrent un personnage partagé entre franchise et retenue, entre passion naissante et idéal de maîtrise.
Hippolyte évolue surtout en révélant progressivement ce qu'il est déjà. Au début, il se montre volontaire, inquiet pour son père, décidé à partir et fidèle à ses principes. Puis son amour pour Aricie fait apparaître une faille dans son austérité: il n'est pas insensible, et son cœur s'ouvre malgré lui. Enfin, face à l'accusation de Thésée, il reste constant dans sa dignité, refuse de mentir sur l'essentiel et assume son amour sans se départir de son honneur. Sa stabilité tragique signifie que son innocence et sa rectitude ne le sauvent pas, mais le conduisent au malheur.
Hippolyte symbolise la noblesse injustement détruite, mais aussi la limite d'une vertu trop absolue dans un monde dominé par la passion et l'erreur. Son personnage met en lumière la fragilité de la justice humaine, puisque la parole d'une reine, les soupçons d'un père et le silence des témoins suffisent à le condamner. Il révèle aussi un thème essentiel de l'œuvre: la tension entre la grandeur morale et la violence des désirs. Par son innocence tragiquement sacrifiée, il incarne à la fois l'idéal héroïque et l'impossibilité de le maintenir intact dans l'ordre du monde représenté par la tragédie.