Phèdre est la reine de Trézène, épouse de Thésée et mère du fils qu’elle veut protéger. Dans le texte, elle apparaît d’abord comme une femme malade, affaiblie, presque mourante, que Œnone accompagne et soutient. Son entrée en scène est marquée par le trouble, la fatigue et l’aveu progressif d’un mal intérieur qui domine toute sa présence. Personnage central de l’œuvre, elle concentre autour d’elle les tensions familiales, politiques et amoureuses de la tragédie.
Phèdre est la véritable protagoniste tragique du texte, car l’intrigue se construit autour de son amour interdit pour Hippolyte et des conséquences de cet aveu. Son désir, d’abord caché puis confessé, déclenche une série de malentendus et de décisions fatales qui conduisent à la condamnation d’Hippolyte, puis à la catastrophe finale. Elle occupe ainsi une place décisive dans la mécanique dramatique.
Elle est aussi un moteur de l’action par ses hésitations, ses revirements et ses aveux successifs. Tantôt elle veut mourir, tantôt elle accepte de vivre pour son fils, tantôt elle cherche à préserver son honneur ou à se protéger par le silence. Cette instabilité nourrit la tension tragique et fait d’elle le centre de gravité de toutes les scènes où elle intervient.
La relation la plus déterminante est celle qui l’unit à Hippolyte. Phèdre le désigne comme l’objet de sa passion, mais aussi comme un être qu’elle a d’abord évité, repoussé et fait exiler. Devant lui, elle passe de la honte à la déclaration, puis au désespoir. Son amour est présenté comme impossible et destructeur, car il contredit à la fois son mariage avec Thésée et la position même d’Hippolyte, fils de son époux.
Avec Œnone, Phèdre entretient une relation de dépendance et de confiance mêlée de tension. Œnone la presse de vivre, l’exhorte à parler, la pousse à se défendre et l’incite même à accuser Hippolyte. Phèdre lui obéit par moments, mais finit aussi par la rejeter violemment lorsqu’elle comprend que ses conseils l’ont perdue. Avec Thésée, elle est à la fois épouse, fautive et suppliante: elle tente d’abord de lui cacher la vérité, puis lui avoue son crime au moment de mourir. Avec Aricie, enfin, elle entre dans une rivalité indirecte, car la jalousie la conduit à voir dans cet amour un rival qui aggrave sa souffrance.
Phèdre est dominée par une passion qu’elle juge elle-même coupable. Elle se montre lucide sur son état: elle parle de honte, de remords, de crime, d’imposture, et reconnaît que Vénus l’a livrée à une force qui la dépasse. Cette conscience aiguë de sa faute la rend tragique, car elle n’ignore jamais la gravité de ce qu’elle éprouve. Elle est profondément déchirée entre désir, devoir, pudeur et volonté de mourir.
Elle se caractérise aussi par une grande intensité affective. Sa parole est faite d’aveux interrompus, d’exclamations, de retours sur soi, de contradictions. Elle se montre tour à tour fière, humble, jalouse, désespérée, maternelle, accusatrice, puis repentante. Cette complexité psychologique fait d’elle un personnage entièrement traversé par le conflit intérieur, incapable de trouver une stabilité morale durable.
Phèdre évolue d’une posture de souffrance silencieuse vers l’aveu total puis vers la restitution de la vérité. Au début, elle veut mourir et cache son mal; ensuite, elle confesse à Œnone son amour pour Hippolyte; plus tard, elle laisse Œnone agir à sa place; enfin, elle revient à une forme de lucidité morale en révélant à Thésée l’innocence d’Hippolyte et en assumant sa propre faute avant de mourir. Son parcours va donc du secret à la parole, puis de la faute à la confession.
Mais cette évolution n’aboutit pas à une guérison: elle reste jusqu’au bout une figure tragique, dominée par la même passion et par le même sentiment de culpabilité. Ce qui change, ce n’est pas la nature de son drame, mais sa manière de l’assumer. Sa stabilité tragique signifie que la passion et la faute demeurent irréconciliables dans l’univers de l’œuvre.
Phèdre symbolise la puissance destructrice du désir lorsqu’il se heurte à la loi, à l’honneur et à l’ordre familial. Elle révèle aussi la fragilité humaine face aux forces intérieures que l’on ne maîtrise pas, ainsi que l’importance du regard social, du devoir conjugal et de la parole accusatrice dans le monde tragique. Son personnage donne à voir une humanité partagée entre grandeur et chute, lucidité et égarement.
À travers elle, le texte met en scène une tragédie de la conscience: Phèdre sait, souffre, se condamne et finit par dire la vérité. Elle incarne ainsi la violence des passions, mais aussi la possibilité d’un dernier acte de vérité. Le personnage fait ressortir la logique tragique de l’œuvre, où l’erreur, le silence, les conseils d’Œnone et les malentendus conduisent à la mort et au regret.