Œnone est la nourrice de Phèdre, personnage de service et de confidence dont la présence s’impose dès que la reine apparaît. Elle entre en scène comme une femme de l’entourage intime de la reine, chargée de l’assister, de l’écouter et de la soutenir dans son malheur. Très vite, son rôle déborde celui d’une simple suivante : elle devient indispensable à la parole de Phèdre, à son aveu, puis à la dynamique tragique de l’intrigue.
Œnone joue d’abord un rôle d’adjuvant majeur. Elle accompagne Phèdre, l’interroge, la presse de parler, tente de la sauver du désespoir et sert d’intermédiaire entre elle et les autres personnages. Sa fonction dramatique est capitale, car elle provoque et encadre l’aveu de l’amour de Phèdre pour Hippolyte, aveu qui fait basculer l’action.
Mais elle devient aussi un personnage d’opposition dans le déroulement tragique. En cherchant à protéger Phèdre, elle la pousse vers des décisions funestes, notamment quand elle l’encourage à recourir à Thésée contre Hippolyte. Son intervention pèse donc lourd sur l’intrigue : elle accélère le malentendu, nourrit l’accusation et contribue indirectement à la catastrophe finale.
La relation centrale d’Œnone est celle qu’elle entretient avec Phèdre. Elle lui est entièrement dévouée, la plaint, la supplie de vivre, cherche à la détourner du suicide et à l’arracher à son silence. Elle agit comme une confidente, une consolatrice et une conseillère, mais cette proximité se transforme en influence décisive quand elle l’oriente vers des moyens de défense qui aggravent la tragédie.
Avec Hippolyte, Œnone adopte une posture hostile ou du moins méfiante, car elle le présente comme une menace pour Phèdre et pour ses enfants. Elle intervient aussi auprès de Thésée, qu’elle informe et qu’elle oriente, notamment au moment où elle appuie l’accusation contre Hippolyte. Face à Aricie, elle devient indirectement une adversaire, puisque ses choix servent la jalousie de Phèdre contre la jeune femme.
Œnone apparaît comme une femme fidèle, pressante et énergique. Elle est animée par un attachement absolu à Phèdre, au point de déclarer qu’elle a tout quitté pour elle. Sa parole est insistante, concrète, tournée vers l’action : elle veut faire vivre, sauver, convaincre, agir. Son zèle est réel, mais il devient excessif et souvent dangereux.
Son trait le plus frappant est sa capacité à flatter les passions de Phèdre tout en prétendant la servir. Elle sait parler au bon moment, mais elle ne mesure pas toujours les conséquences de ses conseils. Elle est donc à la fois compatissante et aveuglée, dévouée et manipulatrice malgré elle. Après le rejet de Phèdre, elle révèle une fragilité profonde dans son cri final, qui montre qu’elle souffre aussi d’avoir tout donné sans être récompensée.
Œnone évolue peu dans sa fonction, mais son trajet est tragique. D’abord consolatrice attentive, elle devient une conseillère active qui pousse Phèdre à se relever, puis une auxiliaire de la faute en l’amenant à accuser Hippolyte. Quand Phèdre la condamne, elle se retrouve brusquement rejetée, et sa dernière apparition la montre seule, désespérée, comprenant trop tard le prix de son dévouement.
Œnone symbolise la puissance dangereuse de l’entourage dans la tragédie : une parole proche, intime, bien intentionnée en apparence, peut précipiter le malheur lorsqu’elle se mêle aux passions. Elle révèle aussi la vulnérabilité des puissants, dépendants de ceux qui les entourent et de leurs conseils. Par elle, l’œuvre montre comment le zèle, la fidélité et la peur de perdre un maître peuvent devenir complices du désastre.