Les Contemplations - Les luttes et les rêves

Les Contemplations - Les luttes et les rêves

Victor Hugo

XIXe siècle Poésie 30 chapitres

À propos de cette œuvre

Les Contemplations de Victor Hugo est un grand recueil de poésie qui parle d'abord de la vie intérieure du poète, de ses souvenirs, de ses douleurs, de ses espoirs et de sa vision du monde. Dans la partie souvent associée aux luttes et aux rêves, Hugo montre un être humain partagé entre le réel, avec ses épreuves, ses injustices et ses deuils, et l'idéal, avec ses aspirations vers la beauté, la justice, l'amour et l'infini. L'oeuvre est traversée par le souvenir des êtres chers, en particulier sa fille Léopoldine, dont la mort donne au recueil une tonalité profondément douloureuse et méditative.

Le livre parle aussi de la condition humaine en général. Hugo y évoque les combats contre la souffrance, le temps, la fatalité et l'oubli, mais il affirme en même temps la force de l'espérance, de la foi dans l'âme, dans la nature et dans le progrès. Les rêves dont il est question ne sont pas seulement des songes personnels, ce sont aussi des élans vers un monde meilleur, plus juste et plus fraternel. Ainsi, le recueil mêle intimement la plainte, la réflexion et l'élan vers l'avenir.

On y trouve enfin une poésie très attentive à la nature, aux paysages, aux saisons et aux grands mouvements de l'univers. Chez Hugo, la contemplation du monde extérieur devient une manière de comprendre l'homme et sa destinée. Les Contemplations parlent donc à la fois de l'intime et de l'universel, de la souffrance et de l'espérance, des luttes de l'existence et des rêves qui permettent de leur résister.

Sommaire — 30 chapitres

1.
Écrit sur un exemplaire de la « Divina Commedia »

Un soir, dans le chemin je vis passer un hommeVêtu d’un grand manteau comme un consul de Rome,Et qui me semblait noir sur la clarté des cieux.Ce passant s’arrêta, fixant sur moi ses yeuxBrillants, et si profonds qu’ils en étaient...

2.
Melancholia

Écoutez. Une femme au profil décharné,Maigre, blême, portant un enfant étonné,Est là qui se lamente au milieu de la rue.La foule, pour l’entendre, autour d’elle se rue.Elle accuse quelqu’un, une autre femme, ou bienSon mari. Ses enfants ont faim. Elle...

3.
Saturne

IIl est des jours de brume et de lumière vague,Où l’homme, que la vie à chaque instant confond,Étudiant la plante, ou l’étoile, ou la vague,S’accoude au bord croulant du problème sans fond ;Où le songeur, pareil aux antiques augures,Cherchant Dieu,...

4.
Écrit au bas d’un crucifix

Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure.Vous qui souffrez, venez à lui, car il guérit.Vous qui tremblez, venez à lui, car il sourit.Vous qui passez, venez à lui, car il demeure.Mars 1842.

5.
Quia pulvis es

Ceux-ci partent, ceux-là demeurent.Sous le sombre aquilon, dont les mille voix pleurent,Poussière et genre humain, tout s’envole à la fois.Hélas ! le même vent souffle, en l’ombre où nous sommes,Sur toutes les têtes des hommes,Sur toutes les feuilles des bois.Ceux...

6.
La source

Un lion habitait près d’une source ; un aigleY venait boire aussi.Or, deux héros, un jour, deux rois — souvent Dieu règleLa destinée ainsi —Vinrent à cette source où des palmiers attirentLe passant hasardeux,Et, s’étant reconnus, ces hommes se battirentEt...

7.
La statue

Quand l’empire romain tomba désespéré,— Car, ô Rome, l’abîme où Carthage a sombréAttendait que tu la suivisses ! —Quand, n’ayant rien en lui de grand qu’il n’eût brisé,Ce monde agonisa, triste, ayant épuiséTous les césars et tous les vices ;Quand...

8.
Je lisais. Que lisais-je ?

Je lisais. Que lisais-je ? Oh ! le vieux livre austère,Le poëme éternel ! — La Bible ? — Non, la terre.Platon, tous les matins, quand revit le ciel bleu,Lisait les vers d’Homère, et moi les fleurs de Dieu.J’épelle les...

9.
Jeune fille, la grâce emplit

Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans.Ton regard dit : Matin, et ton front dit : Printemps.Il semble que ta main porte un lys invisible.Don Juan te voit passer et murmure : Impossible ! —Sois belle. Sois bénie, enfant,...

10.
Amour

Amour ! Loi, dit Jésus. Mystère, dit Platon.Sait-on quel fil nous lie au firmament ? Sait-onCe que les mains de Dieu dans l’immensité sèment ?Est-on maître d’aimer ? Pourquoi deux êtres s’aiment,Demande à l’eau qui court, demande à l’air qui...

11.
?

Une terre au flanc maigre, âpre, avare, inclément,Où les vivants pensifs travaillent tristement,Et qui donne à regret à cette race humaineUn peu de pain pour tant de labeur et de peine ;Des hommes durs, éclos sur ces sillons ingrats ;Des...

12.
Explication

La terre est au soleil ce que l’homme est à l’ange.L’un est fait de splendeur ; l’autre est pétri de fange.Toute étoile est soleil ; tout astre est paradis.Autour des globes purs sont les mondes maudits ;Et dans l’ombre, où...

13.
La chouette

Une chouette était sur la porte clouée,Larve de l’ombre au toit des hommes échouée.La nature, qui mêle une âme aux rameaux verts,Qui remplit tout, et vit à des degrés diversDans la bête sauvage et la bête de somme,Toujours en dialogue...

14.
À la mère de l’enfant mort

Oh ! vous aurez trop dit au pauvre petit angeQu’il est d’autres anges là-haut,Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n’y change,Qu’il est doux d’y rentrer bientôt ;Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres,Une tente aux...

15.
Épitaphe

Il vivait, il jouait, riante créature.Que te sert d’avoir pris cet enfant, ô nature ?N’as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs,Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l’onde amère ?Que te sert d’avoir pris cet enfant à sa...

16.
Le maître d’études

Ne le tourmentez pas, il souffre. Il est celuiSur qui, jusqu’à ce jour, pas un rayon n’a lui ;Oh ! ne confondez pas l’esclave avec le maître !Et, quand vous le voyez dans vos rangs apparaître,Humble et calme, et s’asseoir...

17.
Chose vue un jour de printemps

Entendant des sanglots, je poussai cette porte.Les quatre enfants pleuraient et la mère était morte.Tout dans ce lieu lugubre effrayait le regard.Sur le grabat gisait le cadavre hagard ;C’était déjà la tombe et déjà le fantôme.Pas de feu ; le...

18.
Intérieur

La querelle irritée, amère, à l’œil ardent,Vipère dont la haine empoisonne la dent,Siffle et trouble le toit d’une pauvre demeure.Les mots heurtent les mots. L’enfant s’effraie et pleure.La femme et le mari laissent l’enfant crier.— D’où viens-tu ? — Qu’as-tu...

19.
Baraques de la foire

Lion ! J’étais pensif, ô bête prisonnière,Devant la majesté de ta grave crinière ;Du plafond de ta cage elle faisait un dais.Nous songions tous les deux, et tu me regardais.Ton regard était beau, lion. Nous autres hommes,Le peu que nous...

20.
Insomnie

Quand une lueur pâle à l’orient se lève,Quand la porte du jour, vague et pareille au rêve,Commence à s’entr’ouvrir et blanchit à l’horizon,Comme l’espoir blanchit le seuil d’une prison,Se réveiller, c’est bien, et travailler, c’est juste.Quand le matin à Dieu...

21.
Écrit sur la plinthe d’un bas-relief antique

à mademoiselle louise b.La musique est dans tout. Un hymne sort du monde.Rumeur de la galère aux flancs lavés par l’onde,Bruits des villes, pitié de la sœur pour la sœur,Passion des amants jeunes et beaux, douceurDes vieux époux usés ensemble...

22.
La clarté du dehors

La clarté du dehors ne distrait pas mon âme.La plaine chante et rit comme une jeune femme ;Le nid palpite dans les houx ;Partout la gaîté luit dans les bouches ouvertes ;Mai, couché dans la mousse au fond des grottes...

23.
Le revenant

Mères en deuil, vos cris là-haut sont entendus.Dieu, qui tient dans sa main tous les oiseaux perdus,Parfois au même nid rend la même colombe.Ô mères, le berceau communique à la tombe.L’éternité contient plus d’un divin secret.La mère dont je vais...

24.
Aux arbres

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme !Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;Vous me connaissez, vous ! — vous m’avez vu souvent,Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.Vous le savez, la pierre où court un...

25.
L’enfant, voyant l’aïeule...

L’enfant, voyant l’aïeule à filer occupée,Veut faire une quenouille à sa grande poupée.L’aïeule s’assoupit un peu ; c’est le moment.L’enfant vient par derrière, et tire doucementUn brin de la quenouille où le fuseau tournoie,Puis s’enfuit triomphante, emportant avec joieLa belle...

26.
Joies du soir

Le soleil, dans les monts où sa clarté s’étale,Ajuste à son arc d’or sa flèche horizontale ;Les hauts taillis sont pleins de biches et de faons ;Là rit dans les rochers, veinés comme des marbres,Une chaumière heureuse ; en haut,...

27.
J’aime l’araignée et j’aime l’ortie

J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,Parce qu’on les hait ;Et que rien n’exauce et que tout châtieLeur morne souhait ;Parce qu’elles sont maudites, chétives,Noirs êtres rampants ;Parce qu’elles sont les tristes captivesDe leur guet-apens ;Parce qu’elles sont prises dans leur œuvre...

28.
Le poëte

Shakspeare songe ; loin du Versaille éclatant,Des buis taillés, des ifs peignés, où l’on entendGémir la tragédie éplorée et prolixe,Il contemple la foule avec son regard fixe,Et toute la forêt frissonne devant lui.Pâle, il marche, au dedans de lui-même ébloui...

29.
La nature

— La terre est de granit, les ruisseaux sont de marbre,C’est l’hiver ; nous avons bien froid. Veux-tu, bon arbre,Être dans mon foyer la bûche de Noël ?— Bois, je viens de la terre, et, feu, je monte au ciel.Frappe,...

30.
Magnitudo parvi

ILe jour mourait ; j’étais près des mers, sur la grève.Je tenais par la main ma fille, enfant qui rêve,Jeune esprit qui se tait.La terre, s’inclinant comme un vaisseau qui sombre,En tournant dans l’espace allait plongeant dans l’ombre ;La pâle...

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