Les Contemplations - Aurore

Les Contemplations - Aurore

Victor Hugo

XIXe siècle Poésie 29 chapitres

À propos de cette œuvre

Les Contemplations de Victor Hugo est un recueil poétique qui parle avant tout de la vie humaine, du temps qui passe, du souvenir et de la douleur. La partie intitulée Aurore correspond à une étape de jeunesse, d'éveil et d'élan vers le monde. On y voit un poète qui observe, qui découvre, qui s'émerveille aussi, comme si le jour se levait à la fois dans la nature et dans son esprit. Cette section exprime donc le commencement, l'ouverture à la vie, la fraîcheur des sentiments et la naissance d'une sensibilité poétique.

Dans Aurore, Hugo évoque souvent l'enfance, les premiers émois, l'amour naissant et la lumière du matin, symbole d'espoir et de renouveau. La nature y occupe une grande place, car elle accompagne les états d'âme du poète et reflète ses émotions. Le monde semble encore intact, habité par la beauté, la douceur et l'élan vers l'avenir. Cette partie du recueil est marquée par une tonalité plus légère et plus vive que d'autres sections des Contemplations, même si l'on sent déjà chez Hugo une profonde attention au passage du temps et à la fragilité des instants.

Aurore parle aussi de la formation du regard poétique. Victor Hugo y montre comment l'homme apprend à voir le monde, à aimer, à comprendre la vie. Le titre lui-même évoque l'idée d'un commencement, comme le lever du jour après la nuit. Dans l'ensemble, cette partie du recueil célèbre la jeunesse de l'âme, la force du souvenir heureux et la beauté des premiers moments de l'existence.

Sommaire — 29 chapitres

1.
À ma fille

Ô mon enfant, tu vois, je me soumets.Fais comme moi : vis du monde éloignée ;Heureuse ? non ; triomphante ? jamais.— Résignée ! —Sois bonne et douce, et lève un front pieux.Comme le jour dans les cieux met sa...

2.
Le poëte s’en va dans les champs...

Le poëte s’en va dans les champs ; il admire,Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ;Et le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs,Celles qui des rubis font pâlir les couleurs,Celles qui des paons même éclipseraient les...

3.
Mes deux filles

Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,L’une pareille au cygne et l’autre à la colombe,Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur !Voyez, la grande sœur et la petite sœurSont assises au seuil du jardin, et sur ellesUn bouquet...

4.
Le firmament est plein de la vaste clarté

Le firmament est plein de la vaste clarté ;Tout est joie, innocence, espoir, bonheur, bonté.Le beau lac brille au fond du vallon qui le mure ;Le champ sera fécond, la vigne sera mûre ;Tout regorge de sève et de vie...

5.
À André Chénier

Oui, mon vers croit pouvoir, sans se mésallier,Prendre à la prose un peu de son air familier.André, c’est vrai, je ris quelquefois sur la lyre.Voici pourquoi. Tout jeune encor, tâchant de lireDans le livre effrayant des forêts et des eaux,J’habitais...

6.
La vie aux champs

Le soir, à la campagne, on sort, on se promène,Le pauvre dans son champ, le riche en son domaine ;Moi, je vais devant moi ; le poëte en tout lieuSe sent chez lui, sentant qu’il est partout chez Dieu.Je vais...

7.
Réponse à un acte d’accusation

Donc, c’est moi qui suis l’ogre et le bouc émissaire.Dans ce chaos du siècle où votre cœur se serre,J’ai foulé le bon goût et l’ancien vers françoisSous mes pieds, et, hideux, j’ai dit à l’ombre : Sois !Et l’ombre fut....

8.
Suite

Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant.La main du songeur vibre et tremble en l’écrivant ;La plume, qui d’une aile allongeait l’envergure,Frémit sur le papier quand sort cette figure,Le mot, le terme, type on ne sait d’où...

9.
Le poëme éploré se lamente ; le drame

Le poëme éploré se lamente ; le drameSouffre, et par vingt acteurs répand à flots son âme ;Et la foule accoudée un moment s’attendrit,Puis reprend : — Bah ! l’auteur est un homme d’esprit,Qui, sur de faux héros lançant de...

10.
À Madame D. G. de G.

Jadis je vous disais : — Vivez, régnez, Madame !Le salon vous attend ! le succès vous réclame !Le bal éblouissant pâlit quand vous partez !Soyez illustre et belle ! aimez ! riez ! chantez !Vous avez la splendeur des...

11.
Lise

J’avais douze ans ; elle en avait bien seize.Elle était grande, et, moi, j’étais petit.Pour lui parler le soir plus à mon aise,Moi, j’attendais que sa mère sortît ;Puis je venais m’asseoir près de sa chaisePour lui parler le soir...

12.
Vere novo

Comme le matin rit sur les roses en pleurs !Oh ! les charmants petits amoureux qu’ont les fleurs !Ce n’est dans les jasmins, ce n’est dans les pervenchesQu’un éblouissement de folles ailes blanchesQui vont, viennent, s’en vont, reviennent, se fermant,Se...

13.
À propos d’Horace

Marchands de grec ! marchands de latin ! cuistres ! dogues !Philistins ! magisters ! je vous hais, pédagogues !Car, dans votre aplomb grave, infaillible, hébété,Vous niez l’idéal, la grâce et la beauté !Car vos textes, vos lois, vos règles...

14.
À Granville, en 1836

Voici juin. Le moineau railleDans les champs les amoureux ;Le rossignol de murailleChante dans son nid pierreux.Les herbes et les branchages,Pleins de soupirs et d’abois,Font de charmants rabâchagesDans la profondeur des bois.La grive et la tourterelleProlongent, dans les nids sourds,La...

15.
La coccinelle

Elle me dit : Quelque choseMe tourmente. Et j’aperçusSon cou de neige, et, dessus,Un petit insecte rose.J’aurais dû — mais, sage ou fou,À seize ans, on est farouche, —Voir le baiser sur sa bouchePlus que l’insecte à son cou.On eût...

16.
Vers 1820

Denise, ton mari, notre vieux pédagogue,Se promène ; il s’en va troubler la fraîche églogueDu bel adolescent Avril dans la forêt ;Tout tremble et tout devient pédant, dès qu’il paraît :L’âne bougonne un thème au bœuf son camarade ;Le vent...

17.
À M. Froment-Meurice

Nous sommes frères : la fleurPar deux arts peut être faite.Le poëte est ciseleur,Le ciseleur est poëte.Poëtes ou ciseleurs,Par nous l’esprit se révèle.Nous rendons les bons meilleurs,Tu rends la beauté plus belle.Sur son bras ou sur son cou,Tu fais de...

18.
Les oiseaux

Je rêvais dans un grand cimetière désert ;De mon âme et des morts j’écoutais le concert,Parmi les fleurs de l’herbe et les croix de la tombe.Dieu veut que ce qui naît sorte de ce qui tombe.Et l’ombre m’emplissait.Autour de moi,...

19.
Vieille chanson du jeune temps

Je ne songeais pas à Rose ;Rose au bois vint avec moi ;Nous parlions de quelque chose,Mais je ne sais plus de quoi.J’étais froid comme les marbres ;Je marchais à pas distraits ;Je parlais des fleurs, des arbres ;Son œil...

20.
À un poëte aveugle

Merci, poëte ! — Au seuil de mes lares pieux,Comme un hôte divin, tu viens et te dévoiles ;Et l’auréole d’or de tes vers radieuxBrille autour de mon nom comme un cercle d’étoiles.Chante ! Milton chantait ; chante ! Homère...

21.
Elle était déchaussée, elle était décoiffée

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;Moi qui passais par là, je crus voir une fée,Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?Elle me regarda de ce regard suprêmeQui...

22.
La fête chez Thérèse

La chose fut exquise et fort bien ordonnée.C’était au mois d’avril, et dans une journéeSi douce, qu’on eût dit qu’amour l’eût faite exprès.Thérèse la duchesse à qui je donnerais,Si j’étais roi, Paris, si j’étais Dieu, le monde,Quand elle ne serait...

23.
L’enfance

L’enfant chantait ; la mère au lit, exténuée,Agonisait, beau front dans l’ombre se penchant ;La mort au-dessus d’elle errait dans la nuée ;Et j’écoutais ce râle, et j’entendais ce chant.L’enfant avait cinq ans, et près de la fenêtreSes rires et...

24.
Heureux l’homme...

Heureux l’homme, occupé de l’éternel destin,Qui, tel qu’un voyageur qui part de grand matin,Se réveille, l’esprit rempli de rêverie,Et dès l’aube du jour se met à lire et prie !À mesure qu’il lit, le jour vient lentementEt se fait dans...

25.
Unité

Par-dessus l’horizon aux collines brunies,Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,Se penchait sur la terre à l’heure du couchant ;Une humble marguerite, éclose au bord d’un champ,Sur un mur gris, croulant parmi l’avoine folle,Blanche, épanouissait sa candide auréole ;Et la...

26.
Quelques mots à un autre

On y revient ; il faut y revenir moi-même.Ce qu’on attaque en moi, c’est mon temps, et je l’aime.Certe, on me laisserait en paix, passant obscur,Si je ne contenais, atome de l’azur,Un peu du grand rayon dont notre époque est...

27.
Oui, je suis le rêveur...

Oui, je suis le rêveur ; je suis le camaradeDes petites fleurs d’or du mur qui se dégrade,Et l’interlocuteur des arbres et du vent.Tout cela me connaît, voyez-vous. J’ai souvent,En mai, quand de parfums les branches sont gonflées,Des conversations avec...

28.
Il faut que le poëte...

Il faut que le poëte, épris d’ombre et d’azur,Esprit doux et splendide, au rayonnement pur,Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent,Chanteur mystérieux qu’en tressaillant écoutentLes femmes, les songeurs, les sages, les amants,Devienne formidable à de certains moments.Parfois, lorsqu’on se...

29.
Halte en marchant

Une brume couvrait l’horizon ; maintenant,Voici le clair midi qui surgit rayonnant ;Le brouillard se dissout en perles sur les branches,Et brille, diamant, au collier des pervenches.Le vent souffle à travers les arbres sur les toitsDu hameau noir cachant ses...

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