Analyse du personnage

Père Ubu

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Présentation

Père Ubu est le personnage central de l'œuvre : un capitaine de dragons devenu officier de confiance du roi Venceslas, puis roi de Pologne après un coup de force. Il apparaît dès l'ouverture avec Mère Ubu, dans une scène où sa brutalité, sa gloutonnerie et sa bêtise sont immédiatement exposées. Sa présence domine toute la pièce, car presque chaque épisode de l'intrigue découle de ses actes, de ses décisions ou de ses colères.

Rôle et importance

Père Ubu est à la fois protagoniste et force destructrice. Il mène l'action principale - le complot contre Venceslas, le massacre des nobles, l'instauration de nouveaux impôts, puis la guerre contre les Russes - et il entraîne autour de lui les autres personnages dans une suite de violences, de trahisons et de fuites. Son poids dramatique est donc immense : il fait basculer l'ordre du royaume et impose son propre désordre.

Il joue aussi le rôle d'antagoniste pour Bougrelas, pour la famille royale, pour les nobles, pour les magistrats et pour le peuple qu'il exploite. En même temps, son aveuglement le rend souvent vulnérable : il se montre peureux, emporté, incohérent, dépendant des conseils de Mère Ubu ou de ses hommes, et il ne maîtrise jamais totalement les conséquences de ses ambitions.

Relations avec les autres personnages

Sa relation la plus constante est celle qu'il entretient avec Mère Ubu. Celle-ci le pousse au crime, à l'ambition et à la prise du pouvoir, tout en le manipulant et en cherchant elle-même à profiter du trône. Leur couple repose sur l'intérêt, l'injure et l'affrontement : ils se soutiennent parfois, mais se menacent souvent et se trahissent sans scrupule.

Avec le roi Venceslas et sa famille, Père Ubu passe de la flatterie au meurtre. Il reçoit d'abord des faveurs et des titres, puis organise leur massacre. Avec le capitaine Bordure, il noue une alliance de circonstance fondée sur la conspiration et la promesse de récompense, avant de le renier. Face à Bougrelas, il devient l'ennemi direct, poursuivi par la vengeance du jeune prince. Enfin, il domine et abuse des soldats, des financiers, des magistrats et du peuple, qu'il traite comme des instruments de sa puissance ou des sources d'argent.

Caractéristiques morales et psychologiques

Père Ubu est défini par la cupidité, la violence et la lâcheté. Il veut l'argent, les biens, la nourriture, le pouvoir, mais sans effort, sans limite et sans principe. Son discours trahit une voracité constante : il refuse de dépenser, multiplie les impôts, massacre ceux qui le gênent, puis cherche encore à s'enrichir. Il est aussi grossier, brutal, injurieux et volontiers ridicule.

Psychologiquement, il est contradictoire. Il se veut puissant, mais il a peur dès que le danger se rapproche. Il se montre sanguinaire quand il est en position de force, puis plaintif, tremblant ou superstitieux quand la situation se retourne. Il est également très naïf, très influençable et d'une grande stupidité, ce qui le rend à la fois comique et inquiétant. Son obsession des "phynances" et du pouvoir révèle une imagination réduite à la possession, à la domination et à la satisfaction immédiate.

Évolution du personnage

Père Ubu change peu dans son fond : il reste du début à la fin un être glouton, cruel, lâche et cupide. En revanche, sa situation évolue fortement. D'abord simple capitaine frustré, il devient conspirateur, usurpateur, roi, chef de guerre, fugitif, puis encore errant avec Mère Ubu à la fin. Cette trajectoire ne le moralise pas : elle montre seulement qu'il traverse des régimes différents sans jamais corriger ses défauts. Sa stabilité souligne son caractère fixe, presque mécanique, comme si rien ne pouvait l'amender.

Critique

Père Ubu symbolise une forme de pouvoir absurde, arbitraire et prédateur. À travers lui, l'œuvre montre comment l'avidité, la peur et la bêtise peuvent gouverner un État, exploiter le peuple et détruire l'ordre politique. Il incarne aussi une satire de l'autorité, des grands titres, des institutions judiciaires et financières, réduites à des machines de violence et de profit. Par son langage déformé, ses inventions grotesques et ses actes extravagants, il révèle une vision du monde où le pouvoir est ridicule autant que terrifiant.



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