Le capitaine Bordure est un personnage militaire, présenté d'abord comme capitaine de dragons puis comme chef d'un groupe de partisans et de conjurés. Il entre très tôt dans l'action, lors du repas préparé par Père Ubu et Mère Ubu, et devient rapidement un interlocuteur essentiel dans les projets de prise de pouvoir. Sa présence accompagne les moments décisifs de l'œuvre, car il est à la fois complice des ambitions d'Ubu et figure de relais entre la conspiration, la guerre et les changements de camp.
Dans l'intrigue, Bordure joue un rôle d'adjuvant puis d'opposant ambigu. Il participe d'abord à la conspiration contre le roi Venceslas, accepte l'idée du meurtre du roi et reçoit la promesse d'un duché de Lithuanie. Il contribue ensuite à la violence politique en prenant part à l'assassinat du roi lors de la revue, puis à la poursuite de la famille royale. Son importance vient du fait qu'il aide à mettre Ubu au pouvoir tout en représentant, plus tard, une menace pour ce même pouvoir.
Son parcours le place au cœur du basculement politique de l'œuvre. Il est au service de la mécanique du coup d'État, mais il n'est pas un simple exécutant : il conseille, propose, agit, et ses initiatives structurent plusieurs scènes. Plus tard, capturé par Ubu puis passé au service du czar Alexis, il devient aussi un personnage de trahison et de retournement, ce qui renforce le caractère instable et absurde du monde représenté.
Avec Père Ubu, Bordure entretient une relation d'alliance intéressée. Ubu lui promet le duché de Lithuanie, l'embrasse avec excès, le flatte et l'utilise pour son plan de conspiration. Bordure accepte cette proximité tant qu'elle sert ses intérêts, mais la relation se dégrade vite quand Ubu ne tient pas sa promesse et le fait enfermer. Entre eux, l'association est donc fondée sur l'opportunisme, la duplicité et la méfiance.
Avec Mère Ubu, Bordure partage les préparatifs de la conspiration et prend part au même camp, mais elle reste surtout la voix qui oriente, conseille ou raille. Avec le roi Venceslas, il se montre complice de sa chute, puisque sa présence accompagne l'assassinat. Avec le czar Alexis, il change de fidélité après sa capture et obtient un nouveau grade. Enfin, il croise les fils du roi, Boleslas et Ladislas, ainsi que Bougrelas, contre lesquels il participe à la violence politique et militaire.
Bordure apparaît comme un homme de guerre, résolu et brutal. Il accepte sans détour l'idée de tuer Venceslas, propose un assassinat par l'épée, et dirige ensuite des hommes dans le combat. Cette aisance avec la violence le rapproche de l'univers d'Ubu, où la force, le coup de main et le meurtre remplacent toute légitimité morale. Il est donc un personnage pragmatique, violent et très peu scrupuleux.
Mais il est aussi un homme flexible, voire opportuniste. Dès qu'une occasion se présente, il se soumet à un nouvel ordre, passe du côté d'Ubu à celui du czar, et tente ainsi de sauvegarder sa position. Cette capacité à changer de camp suggère une personnalité moins idéologique qu'utilitaire. Il n'est ni idéaliste ni fidèle, et son comportement révèle une logique de survie politique fondée sur l'intérêt personnel.
Le capitaine Bordure évolue surtout par ses changements d'allégeance. D'abord allié d'Ubu dans la conjuration, il participe au renversement du roi et semble promis à une récompense. Puis Ubu le trahit, l'emprisonne, et Bordure se tourne vers le czar Alexis pour obtenir un nouveau rang militaire. Son évolution n'est pas celle d'un héros qui mûrit, mais celle d'un opportuniste qui se déplace d'un pouvoir à l'autre selon les circonstances. Cette mobilité souligne que, dans l'œuvre, les fidélités sont précaires et les rapports de force dominent tout.
Bordure symbolise l'allié de circonstance et la logique cynique du pouvoir. Il montre que la violence politique n'est pas seulement le fait d'Ubu, mais aussi d'hommes prêts à l'appuyer tant qu'ils y trouvent leur avantage. En cela, il participe à la satire d'un monde où les titres, les grades, les duchés et les fidélités ne reposent sur aucun principe stable. Il révèle aussi la fragilité des liens humains dans un univers dominé par l'ambition, la trahison et la brutalité.