Mère Ubu est l'épouse de Père Ubu, figure de la sphère familiale et domestique qui devient très vite un agent décisif de l'action. Dès sa première apparition, elle provoque la révolte de son mari en le poussant à envisager de s'emparer du trône de Pologne. Elle n'occupe pas une fonction officielle de pouvoir au départ, mais elle comprend immédiatement les bénéfices matériels et symboliques d'une usurpation. Elle s'impose ainsi comme un personnage essentiel, à la fois moteur de l'intrigue et révélateur de la logique absurde de l'œuvre.
Dans le déroulement de l'œuvre, Mère Ubu joue d'abord un rôle d'impulsion. C'est elle qui persuade Père Ubu de quitter sa condition présente pour viser la couronne de Pologne. Elle devient ensuite une complice active du complot, présente dans l'organisation du festin, dans les manœuvres politiques et dans les épisodes de prise de pouvoir. Son importance narrative tient à cette capacité à faire basculer les événements, tout en restant presque toujours associée aux intérêts de son mari et aux siens propres.
Elle n'est pas seulement un soutien : elle constitue aussi une voix critique et stratégique. Elle avertit, conseille, alerte sur les risques, puis tente de sauvegarder ses intérêts quand la situation se retourne. Dans plusieurs scènes, elle sert de contrepoint à la brutalité, à l'avarice et à la naïveté de Père Ubu. Son poids dans l'intrigue est donc double : elle est adjuvante du pouvoir usurpateur, mais aussi partenaire de conflit, puisque leur alliance est souvent traversée de reproches et d'oppositions.
La relation centrale est celle qu'elle entretient avec Père Ubu. Elle le flatte, le provoque et le manipule pour obtenir de lui une ambition nouvelle. Elle sait exploiter ses désirs de richesse, de confort et de prestige, et lui rappelle sans cesse ce qu'il pourrait gagner. Mais cette complicité se mue aussi en querelles franches : Père Ubu la menace, la méprise, la poursuit, la soupçonne de vol, et elle-même le traite de lâche, de grossier et d'imbécile. Leur couple fonctionne donc sur une alliance intéressée et conflictuelle, fondée sur la cupidité et la violence verbale.
Ses relations avec les autres personnages sont surtout instrumentales. Avec le Capitaine Bordure, elle participe aux préparatifs de l'usurpation et partage la perspective du renversement de Venceslas. Plus tard, elle cherche à préserver ou à récupérer les biens, notamment le trésor et la richesse accumulée, en agissant seule quand Père Ubu est absent. Face à Bougrelas, elle devient une ennemie politique indirecte, puisque ses actes s'inscrivent dans la destruction de la famille royale. Son lien avec les autres personnages est donc toujours lié au pouvoir, à l'intérêt et à la survie.
Mère Ubu apparaît comme un personnage ambitieux, avide et calculateur. Elle veut devenir reine, pousse à la violence lorsqu'elle y voit une occasion, et parle sans détour des gains matériels qu'apporterait le trône. Elle est perspicace, car elle comprend ce que Père Ubu refuse d'abord de voir, mais cette lucidité est entièrement orientée vers l'intérêt. Elle incarne une intelligence pratique, froide et opportuniste.
Le texte montre aussi une grande brutalité dans ses paroles et dans ses intentions. Elle est capable d'ironie, de moquerie et de dureté, mais elle peut aussi se révéler inquiète, prudente, voire rusée lorsqu'elle tente de sauver sa situation. Ses failles tiennent à sa dépendance partielle à Père Ubu, à sa vulnérabilité quand la force lui manque, et à l'instabilité de sa position. Elle n'a ni idéal moral ni fidélité désintéressée : ce qui domine, c'est la convoitise, l'instinct de conservation et le goût du pouvoir.
Mère Ubu évolue surtout dans sa place par rapport à l'action plutôt que dans sa nature profonde. Au début, elle est l'instigatrice qui pousse à l'ascension. Ensuite, elle devient complice du règne, puis conseillère, puis figure menacée quand l'ordre se renverse. Lors de la fuite et des scènes de crise, elle révèle une énergie de survie et une capacité à se déguiser, à mentir ou à manipuler. Pourtant, elle reste fondamentalement la même : intéressée, combative, rusée et attachée à l'argent. Cette stabilité souligne qu'elle n'est pas pensée comme un personnage moralement réformable, mais comme une force de convoitise et d'agitation.
Mère Ubu symbolise une part de la dynamique absurde et féroce de l'œuvre : elle montre que le pouvoir naît moins d'un idéal que d'un mélange d'appétit, de faiblesse et de calcul. Elle révèle aussi l'envers grotesque de l'ambition politique, où le désir de régner s'accompagne immédiatement de vol, de violence et de dérision. Par son langage, ses manœuvres et sa relation au couple, elle participe à la satire de la cupidité humaine et de la corruption du pouvoir. Elle incarne enfin, avec Père Ubu, un monde où les valeurs sont renversées et où l'intérêt écrase toute morale.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Mère Ubu, à travers d'autres œuvres.