Le czar Alexis est un souverain russe présenté comme l'empereur de Moscou. Il apparaît dans l'œuvre lorsqu'un personnage annonce à Bordure qu'il a été accueilli à sa cour, puis lorsqu'il s'exprime directement au palais de Moscou. Sa première apparition le situe au sommet de la hiérarchie politique et militaire, comme chef d'un État capable d'entrer en guerre et de peser sur le destin de la Pologne. Dans l'intrigue, il occupe donc une place importante, même si ses interventions restent brèves.
Le czar Alexis joue surtout un rôle d'opposant à Père Ubu. Son entrée dans l'action est liée à la trahison de Bordure et à la perspective d'une invasion destinée à rétablir Bougrelas. Il représente ainsi une puissance extérieure qui menace directement le règne d'Ubu et contribue à faire basculer le conflit politique et militaire vers une nouvelle phase.
Sa présence donne aussi une dimension internationale à l'intrigue. En recevant Bordure, en le nommant sous-lieutenant et en l'autorisant à combattre, Alexis devient un acteur essentiel de l'alliance anti-Ubu. Il n'est pas un simple figurant : il organise la riposte et rend possible la pression militaire qui finit par affaiblir le pouvoir d'Ubu.
La relation la plus nette est celle qui l'unit à Bordure. Alexis accueille l'ancien allié d'Ubu, écoute son récit, accepte son épée et son plan, refuse toutefois de devoir sa victoire à une trahison, puis le récompense en le nommant sous-lieutenant. Cette relation repose donc sur un mélange de méfiance et d'utilité politique.
Face à Père Ubu, Alexis apparaît comme l'ennemi lointain mais décisif. Sa simple intervention, relayée par la lettre apportée à Ubu, suffit à provoquer la panique chez celui-ci. Il entretient aussi un lien indirect avec Bougrelas, puisque l'un des motifs de l'expédition annoncée par Bordure est le rétablissement de ce dernier. Alexis se trouve ainsi au centre d'un réseau d'hostilités et de fidélités politiques.
Le texte le présente comme un souverain fier et scrupuleux sur l'honneur militaire. Quand Bordure lui propose un plan détaillé de Thorn, il accepte l'épée mais refuse de fonder sa victoire sur une trahison, ce qui suggère une certaine morale guerrière. Il affirme aussi que, si Bordure se bat bien, il sera récompensé, ce qui montre qu'il sait lier autorité et mérite.
Alexis est toutefois peu développé psychologiquement. Il parle peu, décide vite, et reste surtout défini par sa fonction de chef. Il apparaît comme un personnage de commandement, plus que comme un individu complexe : sa parole est brève, ferme, et orientée vers l'efficacité politique et militaire.
Le czar Alexis ne connaît pas de véritable évolution visible dans le texte. Il apparaît au milieu du récit comme une puissance déjà installée, puis disparaît après avoir intégré Bordure à son service. Cette stabilité le rend représentatif d'un pouvoir d'État solide, opposé au désordre d'Ubu : il ne change pas, il agit comme un point d'appui fixe dans le tumulte de l'intrigue.
Alexis symbolise une autorité monarchique et militaire organisée, par contraste avec le chaos grotesque de Père Ubu. Il montre qu'il existe, dans l'univers de la pièce, des pouvoirs capables de reprendre l'initiative contre l'usurpateur. Son refus de la trahison suggère aussi une certaine idée de la légitimité politique, fondée sur l'honneur et non sur la seule brutalité. Par sa sobriété et son efficacité, il sert de contrepoint aux excès d'Ubu et met en relief la satire du pouvoir arbitraire.