Marianne est la fille d'Orgon et d'Elmire, donc une jeune femme de la maison d'Orgon, placée au cœur des enjeux familiaux et matrimoniaux de l'œuvre. Elle apparaît dès le début parmi les personnages réunis dans le foyer, puis revient comme l'une des figures les plus directement menacées par la volonté paternelle. Son importance tient à sa position de fille à marier, prise entre l'autorité du père, son amour pour Valère et la pression de Tartuffe.
Marianne n'est pas un moteur d'action comparable à Orgon ou Tartuffe, mais elle joue un rôle essentiel dans l'intrigue amoureuse et domestique. Elle incarne l'enjeu du mariage imposé : Orgon veut la donner à Tartuffe, alors qu'elle aime Valère. Par cette situation, elle fait apparaître de façon concrète les conséquences des aveuglements d'Orgon et l'emprise croissante de Tartuffe sur la maison.
Elle fonctionne aussi comme un personnage de tension dramatique. Ses hésitations, ses pleurs, ses appels à Dorine et ses échanges avec Valère permettent de faire progresser l'action et de dramatiser le conflit entre désir personnel et obéissance filiale. Elle est donc à la fois victime de la situation et ressort de l'intrigue amoureuse.
La relation la plus importante de Marianne est celle qu'elle entretient avec Valère. Ils s'aiment mutuellement, et leur dialogue montre une difficulté à exprimer clairement leur amour sans se blesser. Marianne lui répond avec une sincérité affective, mais aussi avec une fierté et une sensibilité qui alimentent le malentendu. Leur querelle est finalement réparée par Dorine, qui les réunit et fait ressortir la force de leur attachement.
Face à Orgon, Marianne est dans une relation de dépendance et de soumission. Elle tente d'abord de répondre à son père avec douceur, puis supplie à genoux pour éviter le mariage avec Tartuffe. Avec Dorine, elle forme au contraire un duo de confidence et d'aide : Dorine la pousse à réagir, la conseille, la raille, puis la soutient. Elle est enfin opposée à Tartuffe, non par une confrontation directe, mais parce qu'il représente pour elle un époux imposé et un danger moral et affectif.
Marianne est présentée comme douce, tendre et profondément attachée à Valère. Elle avoue clairement son amour et ne souhaite pas se séparer de lui. Elle possède cependant une grande timidité, qu'elle reconnaît elle-même quand Dorine lui reproche de ne pas s'opposer à son père. Cette réserve la rend vulnérable : elle souffre, mais peine à transformer son sentiment en action ferme.
Son caractère est aussi marqué par une forme de pudeur et de dignité. Elle ne veut pas afficher ses feux au monde, et craint de compromettre l'honneur féminin. Cette réserve cohabite avec une forte intensité intérieure : elle dit aimer Valère d'« une ardeur extrême » et préfère la mort à un mariage forcé. Marianne est donc un personnage sensible, sincère et loyal, mais traversé par l'indécision et la faiblesse d'une fille soumise à l'autorité paternelle.
Marianne évolue peu dans sa nature, mais elle passe de la passivité à une forme de résistance. D'abord silencieuse face à Orgon, elle se laisse dicter son attitude. Sous l'impulsion de Dorine, elle ose cependant avouer son amour pour Valère, puis supplie son père de renoncer à l'alliance avec Tartuffe. Elle ne devient pas une révoltée, mais gagne en clarté et en intensité dans l'expression de ses sentiments.
Sa trajectoire est donc celle d'un personnage classique relativement stable, dont le rôle n'est pas de se transformer entièrement, mais de faire apparaître plus nettement les contraintes qui pèsent sur elle. Sa constance en amour et sa fragilité face au pouvoir paternel signifient que le conflit principal ne vient pas d'elle, mais de la structure familiale et de la domination d'Orgon.
Marianne symbolise la jeune femme placée sous la loi du père et exposée aux décisions qui la concernent sans la consulter. À travers elle, l'œuvre montre la violence potentielle de l'autorité domestique quand elle ignore les sentiments des enfants. Elle rend aussi visible la condition féminine dans un cadre où le mariage peut être imposé comme une affaire de volonté paternelle plutôt que de choix personnel.
Le personnage révèle enfin un des thèmes essentiels de l'œuvre : la nécessité de distinguer les apparences des véritables sentiments. Marianne n'est ni dévote ni trompeuse; elle aime sincèrement, souffre sincèrement, et sa fragilité contraste avec les discours de Tartuffe et les certitudes d'Orgon. Par sa sensibilité, elle contribue à faire ressortir le ridicule et la cruauté d'un ordre familial fondé sur l'aveuglement et l'abus d'autorité.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Marianne, à travers d'autres œuvres.