Orgon est le maître de maison dans Le Tartuffe : mari d'Elmire, fils de Madame Pernelle, frère de Cléante, et père de Marianne et de Damis. Il apparaît tardivement dans l'extrait, après une longue scène d'exposition où les autres personnages dénoncent déjà son aveuglement. Son entrée marque un tournant décisif de l'intrigue, car tout ce qui touche désormais à la famille, au mariage de Marianne, à la présence de Tartuffe et au devenir de la maison dépend de lui.
Orgon est un personnage central, au sens dramatique et conflictuel du terme. Il porte l'action par ses décisions, notamment lorsqu'il veut marier Marianne à Tartuffe, lorsqu'il donne sa fille et ses biens, puis lorsqu'il tente de défendre Tartuffe contre tous les soupçons. Il est à la fois moteur de l'intrigue et source des principaux désordres : son entêtement provoque les tensions familiales, nourrit les disputes et aggrave chaque crise.
Il joue aussi un rôle d'opposant involontaire aux intérêts de sa propre famille. En s'attachant à Tartuffe, il s'oppose à Cléante, à Damis, à Marianne, à Dorine et finalement à Elmire. Son aveuglement structure la pièce jusqu'au moment où la scène du cabinet, puis l'arrivée de l'Exempt, renversent la situation. Orgon devient alors le personnage autour duquel se cristallisent la révélation de l'imposture et le dénouement.
Avec Tartuffe, Orgon entretient une relation d'admiration absolue et de confiance extrême. Il le tient pour « un homme de bien », le compare à un guide spirituel, l'écoute, le défend, le protège et va jusqu'à lui donner sa fille puis ses biens. Cette relation est l'axe principal de la pièce : Orgon se laisse fasciner, tandis que Tartuffe profite de cette crédulité et de cette dévotion excessive.
Avec sa famille, les rapports sont marqués par le conflit. Cléante tente sans cesse de le ramener à la raison, mais Orgon le rabroue et le soupçonne de libertinage. Avec Elmire, il refuse d'abord de croire à ce qu'elle affirme, puis finit par constater sa propre erreur. Avec Marianne, il impose un mariage qu'elle refuse ; avec Damis, il se montre d'une sévérité brutale, allant jusqu'à le maudire et le déshériter. Madame Pernelle, au contraire, le soutient longtemps dans sa confiance envers Tartuffe, ce qui renforce l'isolement d'Orgon au sein du foyer.
Orgon est d'abord un homme d'excès. Il est passionné, autoritaire, inflexible et facilement entraîné dans des certitudes absolues. Sa parole revient sans cesse à des formules brèves et tranchées, qui montrent une volonté de maîtrise : il veut être obéi, il veut décider, il veut imposer Tartuffe à tous. Il confond la piété avec la vertu, et la confiance religieuse avec la vérité humaine.
Mais sa rigidité cache une grande vulnérabilité intellectuelle et morale. Il est crédule, influençable, et son admiration pour Tartuffe relève aussi d'une forme de besoin affectif : il se laisse séduire par ce qui lui semble saint, solide, exemplaire. Son erreur naît d'un mélange de bonne foi, de fierté et d'aveuglement. Lorsqu'il comprend la trahison, il bascule dans une colère extrême, signe qu'il fonctionne toujours dans la démesure, que ce soit dans la confiance ou dans le rejet.
Orgon connaît une évolution nette mais tardive. D'abord entièrement dupe de Tartuffe, il refuse tous les avertissements, ignore les preuves, et persiste dans sa certitude. La scène où il se cache sous la table et entend Tartuffe confirmer sa duplicité marque le moment de bascule : il passe de l'aveuglement à la lucidité. Pourtant, cette transformation ne le rend pas immédiatement mesuré ; il réagit d'abord par une nouvelle forme d'excès, en voulant rejeter tous les gens de bien, avant que Cléante ne le ramène à une attitude plus juste.
Sa stabilité initiale est significative : comme souvent dans le théâtre classique, le personnage incarne une passion dominante plutôt qu'un développement psychologique long. Orgon ne se construit pas par réconciliation progressive, mais par choc de révélations. Son évolution sert donc surtout à montrer les dangers de la crédulité et les limites d'une confiance accordée sans discernement.
Orgon symbolise les risques du jugement aveuglé par l'obsession, la fausse dévotion et l'autorité mal exercée. À travers lui, la pièce critique la manière dont un homme de pouvoir domestique peut imposer à tous ses proches une erreur personnelle devenue règle familiale. Il révèle aussi le danger social de l'apparence religieuse, puisque sa confiance se fonde sur des signes extérieurs de piété qui cachent l'hypocrisie.
Le personnage permet enfin à Molière de montrer qu'il ne suffit pas d'opposer la religion aux apparences : il faut distinguer le vrai dévot du faux dévot. Orgon n'est pas seulement ridicule ; il est surtout le lieu d'une erreur humaine profonde, faite de crédulité, de rigidité et d'orgueil. Sa chute puis son retour à la raison donnent à la pièce sa portée critique : l'auteur invite à la mesure, au discernement et à la prudence face aux discours trop parfaits.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Orgon, à travers d'autres œuvres.