Béralde est le frère d'Argan dans Le Malade imaginaire. Il appartient donc à la même famille que le personnage central, ce qui lui donne une place stratégique dans l'action. Il apparaît comme un proche lucide, capable de parler librement à Argan et d'intervenir dans les affaires domestiques, notamment celles du mariage d'Angélique et de la prétendue maladie d'Argan. Sa première apparition importante le montre déjà en position de conseiller et de contradicteur, face à un frère enfermé dans ses certitudes.
Dans l'intrigue, Béralde joue surtout le rôle d'adjuvant critique. Il n'est ni le héros principal ni un simple figurant : il structure une part essentielle du dénouement en contestant les illusions d'Argan, en dévoilant les manipulations de l'entourage et en cherchant à réorienter le mariage d'Angélique. Il sert de contrepoids intellectuel à la folie d'Argan et d'appui dramatique à ceux qui contestent les projets imposés par la médecine ou par intérêt.
Son poids est aussi idéologique. Béralde porte de longs discours sur la médecine, sur l'erreur des médecins et sur la faiblesse des hommes qui s'en remettent aveuglément à eux. Il agit comme un révélateur de la satire au cœur de la pièce : grâce à lui, le comique se double d'une réflexion critique sur les faux savoirs, les abus d'autorité et l'aveuglement d'Argan.
La relation la plus importante est celle qu'il entretient avec Argan. Béralde s'adresse à lui comme un frère qui veut le raisonner, le calmer et l'arracher à son obsession des médecins. Leurs échanges sont souvent vifs, mais jamais purement hostiles : Béralde cherche à convaincre, tandis qu'Argan se défend, s'emporte, puis finit parfois par écouter. Cette fraternité conflictuelle structure une grande partie des scènes de débat de la pièce.
Béralde soutient aussi Angélique et Cléante, qu'il aide à faire triompher à la fin. Il s'oppose aux projets de Béline lorsqu'il comprend sa duplicité, et il se méfie de l'emprise des médecins comme Monsieur Purgon. Avec Toinette, il forme un allié de bon sens et d'intelligence pratique : tous deux participent à déjouer les illusions d'Argan et à organiser les épreuves qui révèlent les véritables sentiments de la famille.
Béralde apparaît comme un homme calme, réfléchi et rationnel. Il parle avec assurance, développe des raisonnements suivis et prend de la distance face aux passions d'Argan. Son attitude montre un esprit critique marqué, particulièrement dans ses attaques contre les médecins, qu'il juge incapables de guérir réellement. Il incarne le bon sens face aux faux discours et la mesure face à l'excès.
Il est aussi persévérant et diplomate. Plutôt que d'imposer brutalement sa vérité, il tente de conduire Argan par le dialogue, la démonstration et même par le divertissement. Mais cette modération n'exclut pas une fermeté réelle : il ne renonce pas à dénoncer ce qu'il estime absurde, qu'il s'agisse de la médecine, du projet de couvent pour Angélique ou de la naïveté d'Argan. Sa principale limite est peut-être de raisonner avec un homme qui résiste constamment à la raison.
Béralde est un personnage assez stable, comme souvent dans le théâtre classique. Il ne connaît pas de transformation intérieure spectaculaire, car son rôle est d'être un point d'appui constant de lucidité. En revanche, son action gagne en efficacité au fil de la pièce : d'abord simple interlocuteur d'Argan, il devient progressivement l'un des artisans du dénouement heureux, en proposant la solution finale qui consiste à faire d'Argan un médecin lui-même. Cette stabilité signifie qu'il représente moins un parcours individuel qu'une force de raison durable.
Béralde symbolise la raison critique dans une pièce qui attaque les faux savoirs, les intérêts cachés et les croyances aveugles. Par lui, Molière donne une voix à la satire de la médecine et à une vision désenchantée des rapports humains : beaucoup parlent avec autorité sans savoir, et beaucoup se laissent convaincre par peur ou par intérêt. Béralde révèle ainsi le projet de l'œuvre, qui n'est pas seulement de faire rire, mais de corriger les hommes en exposant leurs illusions. Il incarne aussi une forme d'humanité mesurée, capable de défendre la vérité sans brutalité, et de sauver les autres non par la violence, mais par l'intelligence et la patience.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Béralde, à travers d'autres œuvres.