Paul est le cousin de Sophie, un petit garçon du même âge qu’elle dans l’univers du récit, appartenant à un milieu bourgeois aisé où les enfants vivent entourés de domestiques, de parents attentifs et de loisirs. Il apparaît dès l’arrivée de la poupée de Sophie et devient immédiatement un compagnon de jeu essentiel. Présent dans de nombreux épisodes, il n’est ni le centre unique du récit ni un simple figurant : il est un personnage secondaire très important, parce qu’il accompagne, conseille, corrige et parfois provoque Sophie, tout en prenant part à ses aventures les plus marquantes.
Paul joue surtout un rôle d’adjuvant et de contrepoint auprès de Sophie. Il participe à presque toutes les scènes décisives : il admire la poupée, intervient dans les jeux, accompagne les promenades, aide à soigner le poulet, l’écureuil ou le chat, et partage les conséquences des maladresses de Sophie. Par sa présence constante, il structure le récit en duo avec elle et permet de mettre en scène, à travers leurs échanges, des leçons morales sur l’obéissance, la franchise, la bonté et la réflexion avant l’action.
Il peut aussi être un opposant ponctuel, non par méchanceté durable, mais par ses taquineries, ses moqueries ou ses désaccords avec Sophie. Pourtant, même lorsqu’il s’oppose à elle, il ne devient jamais un véritable antagoniste. Au contraire, il sert souvent à faire ressortir les défauts de Sophie, puis à l’aider à revenir au bon sentiment. Son poids narratif est donc fort : il n’est pas le héros principal, mais il est indispensable à l’équilibre moral et dramatique de l’œuvre.
La relation la plus importante est celle qu’il entretient avec Sophie. Tous deux se disputent souvent, surtout quand Sophie s’emporte ou veut imposer ses idées, mais ils se réconcilient aussi facilement. Paul la taquine, lui résiste, lui dit la vérité et refuse souvent de l’encourager dans ses sottises. En même temps, il lui reste profondément attaché : il la console, l’aide à se soigner, cherche à réparer les dégâts et se montre très affectueux. Leur lien repose sur une amitié vive, nerveuse et très solide.
Avec Mme de Réan, Paul apparaît comme un enfant généralement apprécié, digne de confiance et souvent pris en exemple. Avec Mme d’Aubert, il garde le même rôle de petit garçon poli et honnête. Face à Camille et Madeleine, il partage les jeux, les réconciliations et les aventures, mais son lien le plus marquant demeure celui qui l’unit à Sophie, car c’est avec elle qu’il forme le véritable binôme du livre. Sa relation avec les animaux est également significative : il aide à les attraper, les surveille, les soigne parfois, mais il participe aussi à certaines maladresses, ce qui le place au cœur des épisodes les plus instructifs.
Paul est présenté comme un enfant bon, honnête, franc et réfléchi. Il dit ce qu’il pense, refuse de mentir, et conseille souvent à Sophie d’avouer la vérité. Il est aussi plus posé qu’elle : il prévoit les dangers, comprend mieux certaines conséquences et tente de prévenir les excès de curiosité, de gourmandise ou d’impatience. Son bon sens ressort particulièrement lorsqu’il suggère à Sophie d’obéir, de ne pas toucher aux choses défendues, ou de ne pas se fier à des idées hasardeuses.
Mais Paul n’est pas un enfant parfait ni une figure abstraite de vertu. Il aime taquiner, se moquer gentiment, répondre aux provocations et entrer dans les disputes quand Sophie le cherche. Il peut se montrer moqueur, fier, un peu entêté, et il participe parfois aux mauvaises idées, par exemple lorsqu’il aide à piquer l’âne ou qu’il prend part à des jeux qui dégénèrent. Pourtant, ses fautes restent moins graves que celles de Sophie, et son tempérament est surtout celui d’un garçon loyal, généreux et sincère, dont la bienveillance finit toujours par l’emporter.
Paul évolue peu dans ses traits essentiels, mais son rôle devient de plus en plus net au fil du récit. Dès le début, il se distingue déjà par sa prudence et son honnêteté ; ensuite, il confirme régulièrement ces qualités en contrastant avec les erreurs de Sophie. Il reste stable dans sa bonté, sa franchise et son attachement à sa cousine. Cette stabilité n’empêche pas une légère maturation : il devient un modèle plus clair pour Sophie, non parce qu’il serait parfait, mais parce qu’il apprend à soutenir, pardonner et conseiller avec constance.
Paul symbolise l’enfant raisonnable, loyal et aimant, tel que l’auteur semble le valoriser en contrepoint des désordres de Sophie. Il incarne une morale de l’amitié fidèle, de la vérité et du sang-froid, face à l’impulsivité, la gourmandise, la colère ou l’imagination mal dirigée. À travers lui, l’œuvre montre que la bonté n’est pas seulement douceur passive : elle implique aussi de dire non, de prévenir le mal, de supporter les caprices d’un autre et de rester juste malgré les disputes.
Le personnage révèle aussi une vision éducative très nette : l’enfant exemplaire n’est pas celui qui ne se trompe jamais, mais celui qui sait reconnaître ses torts, obéir, et aimer sans flatter les mauvaises passions. Paul met en lumière la fonction morale du récit, qui cherche moins à peindre un héros exceptionnel qu’à proposer un compagnon crédible, concret et utile à l’édification de Sophie. Par sa présence, le livre valorise une fraternité d’enfance où la vérité, l’entraide et le pardon sont plus forts que l’orgueil ou l’impatience.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Paul, à travers d'autres œuvres.