Hamlet est le prince de Danemark, fils du roi défunt Hamlet et de la reine Gertrude, neveu du roi actuel qui a épousé sa mère. Il apparaît d’abord à la cour d’Elseneur, au moment où l’ordre politique et familial est déjà troublé par la mort du père, le remariage rapide de la reine et les rumeurs qui entourent le royaume. Dès ses premières répliques, il se distingue par son intelligence, sa sensibilité et sa position centrale dans l’action.
Hamlet est le personnage principal de l’œuvre et son moteur dramatique. Tout l’enchaînement des événements naît de sa rencontre avec le spectre, de son enquête sur la mort de son père, puis de ses choix successifs : feindre la folie, tester la culpabilité du roi, confronter sa mère, précipiter puis retarder sa vengeance. La pièce suit ainsi son regard, ses décisions et ses hésitations.
Il agit à la fois comme enquêteur, accusateur, victime et agent de la catastrophe finale. Son action fait surgir les tensions cachées de la cour, met à nu la corruption du pouvoir et entraîne la mort de Polonius, d’Ophélia, de Laertes, de la reine, du roi, puis la sienne propre. Par sa présence, il relie tous les fils de l’intrigue.
Le lien le plus important est celui qui l’unit au spectre de son père. Hamlet reçoit de lui la mission de vengeance et se montre d’abord prêt à l’écouter, puis soucieux de vérifier la vérité de son apparition. Avec le roi, son oncle, la relation est fondée sur la suspicion, la haine et la stratégie : Hamlet le surveille, le provoque, l’observe lors de la représentation de La Souricière, puis le tue finalement au dernier acte.
Avec Gertrude, la relation est affective mais profondément blessée. Hamlet lui reproche son remariage, l’accuse violemment, cherche à la faire se repentir et lui ordonne de ne pas retourner au lit de son oncle. Avec Ophélia, l’échange est marqué par l’amour déçu, la dureté et l’ambiguïté : il lui dit l’avoir aimée puis la repousse au couvent. Avec Horatio, en revanche, il entretient un rapport de confiance rare et constante amitié. Il se sert aussi de Rosencrantz et Guildenstern, qu’il soupçonne d’être des instruments du roi, et son affrontement avec Laertes devient le miroir tragique de sa propre situation.
Hamlet est un être d’une grande lucidité, capable de juger le monde avec une finesse remarquable. Il voit l’hypocrisie de la cour, la fragilité des apparences, la corruption du pouvoir et la vanité des rôles sociaux. Son intelligence s’accompagne d’une sensibilité intense : il souffre de la mort de son père, du remariage de sa mère, du dégoût du monde et de son propre retard à agir. Il est aussi profondément réflexif, porté à l’analyse, au doute et à l’autocritique.
Mais cette finesse devient aussi une faiblesse. Hamlet oscille entre résolution et inertie, entre parole et action, entre méfiance et confiance. Il peut être ironique, mordant, cruel, notamment avec Polonius ou Ophélia, puis se montrer attendri, noble ou fidèle. Sa conscience morale est forte : il refuse de tuer le roi en prière parce qu’il veut une vraie vengeance, non un geste imparfait. Cette exigence de justice nourrit sa grandeur autant qu’elle retarde son passage à l’acte.
Hamlet évolue d’un prince endeuillé et méditatif vers un homme qui accepte progressivement le combat et la fatalité. Au début, il est dominé par le deuil, l’indignation et le doute; ensuite, il élabore une stratégie, feint la folie, cherche des preuves et expérimente le théâtre comme moyen de vérité. Plus tard, après son retour d’Angleterre et la découverte du complot, il se rapproche d’une forme d’acceptation : il reconnaît la providence, consent davantage à ce qui vient et passe de l’hésitation à l’exécution finale.
Cette évolution n’efface pas sa complexité : Hamlet change moins en nature qu’en rapport à l’action. Sa pensée reste vive, mais elle finit par s’accorder à une décision plus nette. Sa trajectoire donne au drame sa tension principale, car il demeure jusqu’au bout un être partagé entre réflexion et nécessité.
Hamlet symbolise à la fois la conscience moderne, la crise de l’action et le conflit entre l’idéal moral et le réel politique. À travers lui, la pièce explore la corruption du royaume, l’effondrement des certitudes, l’instabilité des apparences et la difficulté de faire justice dans un monde dégradé. Il révèle aussi la fragilité de l’être humain face à la mort, au temps et à la trahison.
Le personnage incarne enfin la puissance du langage théâtral lui-même : il observe, interprète, joue un rôle, met en scène la vérité et se heurte aux limites de la parole. Sa grandeur tragique vient de ce qu’il pense plus vite qu’il n’agit, mais aussi de ce qu’il finit par agir en pleine conscience. Hamlet devient ainsi la figure d’une intelligence blessée dans un monde où le vrai ne se donne qu’à travers le masque, le doute et le sang.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Hamlet, à travers d'autres œuvres.