Polonius est un grand seigneur de la cour danoise, conseiller du roi, père de Laertes et d’Ophélia. Il apparaît très tôt dans l’œuvre, dans la sphère du pouvoir, et sa présence s’impose par son rôle de courtisan, de père et d’homme d’influence. Dès ses premières scènes, il occupe une place importante dans la mécanique dramatique, car il intervient à la fois dans les affaires politiques du royaume et dans les affaires privées qui touchent Hamlet et sa famille.
Dans l’intrigue, Polonius n’est ni le protagoniste ni un antagoniste principal, mais un personnage d’appui essentiel, souvent placé au cœur des transitions entre les scènes et des informations décisives. Il agit comme un relais du pouvoir royal, un observateur bavard, un conseiller qui prétend déchiffrer les événements, et un intermédiaire entre le roi, la reine, Hamlet, Laertes et Ophélia. Ses interventions contribuent à faire avancer l’action, notamment lorsqu’il croit découvrir la cause de la conduite d’Hamlet, lorsqu’il organise l’espionnage d’Hamlet et d’Ophélia, ou lorsqu’il transmet au roi ses interprétations hâtives.
Son importance tient aussi à sa fonction de révélateur. Il met en lumière les tensions du château, la surveillance constante, la manipulation des apparences et l’instabilité morale de la cour. Son rôle de père et de conseiller se confond avec celui d’un homme qui veut comprendre, contrôler et orienter les autres, ce qui le rend à la fois utile à l’action et vulnérable à ses propres erreurs. Sa mort accidentelle provoquée par Hamlet marque un tournant majeur, car elle fait entrer l’intrigue dans une phase plus violente et plus irréversible.
Avec le roi, Polonius entretient une relation de fidèle serviteur. Il parle en conseiller dévoué, apporte des nouvelles, expose des hypothèses, et cherche à gagner l’approbation du souverain par des discours flatteurs et démonstratifs. Le roi lui fait confiance et l’utilise comme auxiliaire d’enquête et de surveillance, ce qui montre que Polonius appartient pleinement à l’appareil du pouvoir. Avec la reine, il reste dans une relation de cour, sans être aussi central, mais il s’insère dans les décisions qui concernent Hamlet.
Avec Laertes, Polonius est un père autoritaire mais soigneusement prévenant. Il lui donne des conseils moraux avant son départ pour la France, avec une longue suite de maximes sur la prudence, la parole, l’amitié et la conduite. Avec Ophélia, il se montre d’abord protecteur et soucieux de l’honneur familial, puis il devient contrôlant : il lui interdit de voir Hamlet et interprète son comportement à travers le prisme du devoir filial et de la réputation. Avec Hamlet, sa relation est faite de méfiance, de quiproquos et d’observation mutuelle. Hamlet se moque souvent de lui, le traite de façon ironique, et le réduit à un rôle de vieux bavard ou d’intrus; Polonius, de son côté, croit diagnostiquer la folie du prince et tente de le sonder, sans comprendre la profondeur de sa crise.
Polonius se caractérise d’abord par sa verbosité. Il parle beaucoup, explique tout, commente tout, et semble aimer les démonstrations, les préceptes et les raisonnements prolongés. Cette abondance de paroles signale son besoin de maîtriser les situations par le discours. Il apparaît aussi comme rusé, prudent, et porté vers l’observation indirecte : il envoie Reynaldo enquêter sur Laertes par des détours de conversation, il espionne Hamlet et Ophélia derrière une tapisserie, et il se cache pour écouter. Sa morale est celle d’un homme de cour qui valorise l’ordre, la réputation, l’obéissance et l’utilité politique.
Mais ces qualités se renversent en faiblesses. Polonius est souvent présomptueux, trop sûr de ses analyses, et incapable de saisir ce qui échappe à ses catégories. Il confond fréquemment intelligence et manœuvre, sagesse et prudence de façade, autorité et suffisance. Derrière son souci apparent de bien faire, il y a une forte tendance au contrôle et à l’intrusion dans la vie des autres, notamment celle de sa fille. Il est également comique dans sa manière d’enfler ses idées de grandes formules, tout en demeurant profondément mondain, calculateur et superficiel. Son personnage oscille ainsi entre l’image du conseiller expérimenté et celle du vieux pédant incapable de percevoir la vérité intime des êtres.
Polonius évolue peu au sens classique du terme : il reste jusqu’à sa mort un homme de conseil, de surveillance et de parole. Sa fonction et son tempérament ne changent pas, mais l’œuvre fait progressivement apparaître le décalage entre ses certitudes et la réalité. Plus l’action avance, plus son bavardage, sa méthode et son goût de l’espionnage se révèlent inadéquats face à la complexité d’Hamlet et aux troubles du royaume. Sa disparition, brutale et involontaire, met fin à cette présence envahissante sans lui offrir de véritable prise de conscience.
Polonius symbolise l’homme de cour dans ce qu’il a de plus typique : l’art de parler, de paraître sage, de surveiller et de se rendre utile au pouvoir. Il révèle un monde fondé sur les apparences, les intrigues, les calculs et la méfiance. À travers lui, la pièce critique une forme de raison sociale qui se croit intelligente parce qu’elle sait manœuvrer, mais qui reste incapable de comprendre l’être humain dans sa profondeur. Il incarne aussi le danger d’une autorité paternelle et politique qui confond protection et contrôle. Son personnage montre enfin que, dans cet univers, la parole peut devenir un masque, et la sagesse affichée une forme de vanité.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Polonius, à travers d'autres œuvres.