Hamlet est une tragédie de William Shakespeare, écrite au tournant des années 1600 et publiée en 1603 puis en version augmentée en 1604-1605. Elle appartient au théâtre élisabéthain et s'inscrit dans la grande tradition de la tragédie de la Renaissance, tout en annonçant une réflexion moderne sur le doute, la conscience et l'intériorité. C'est l'une des œuvres les plus célèbres de toute la littérature mondiale.
La pièce met en scène le prince Hamlet, confronté à l'assassinat de son père, au remariage rapide de sa mère avec son oncle et à l'apparition d'un spectre qui réclame vengeance. Par sa profondeur psychologique, ses monologues célèbres et sa construction dramatique, Hamlet est devenu un texte essentiel pour comprendre la tragédie shakespearienne et le théâtre occidental.
L'action s'ouvre au château d'Elseneur, au Danemark, sur une plateforme de garde. Des soldats y voient apparaître un spectre ressemblant au roi défunt. Horatio, témoin de cette apparition, comprend qu'il s'agit d'un signe inquiétant et décide d'en informer le jeune Hamlet. Dès le début, l'atmosphère est marquée par le froid, le trouble et le pressentiment d'une catastrophe politique et morale.
Dans la salle d'État, le roi du Danemark, frère du roi mort, a épousé la reine Gertrude peu de temps après le décès de son frère. Hamlet paraît profondément bouleversé par ce remariage précipité et par le deuil qu'il juge trop vite effacé. Resté seul, il exprime son dégoût pour le monde, sa douleur devant la mort de son père et son indignation envers sa mère. Horatio lui annonce alors l'apparition du spectre, et Hamlet décide de le rejoindre la nuit suivante.
Parallèlement, Laertes part pour la France après avoir conseillé à Ophélia de se méfier d'Hamlet. Polonius, leur père, approuve cette prudence et interdit à sa fille de poursuivre ses relations avec le prince. De son côté, Polonius commence à surveiller son fils Reynaldo, puis apprend qu'Ophélia a vu Hamlet dans un état étrange, signe pour lui d'une folie née de l'amour déçu.
Sur la plateforme, Hamlet rejoint Horatio et Marcellus. Le spectre apparaît de nouveau, puis entraîne Hamlet à l'écart. Le fantôme révèle alors qu'il est l'esprit du roi défunt et qu'il a été assassiné par son propre frère, devenu roi et époux de Gertrude. Le meurtre a été commis par empoisonnement, versé dans l'oreille du roi pendant son sommeil. Le spectre demande à Hamlet de le venger, mais de laisser sa mère au jugement du ciel. Hamlet jure de ne pas oublier cette révélation et prend la résolution de feindre la folie pour gagner du temps et observer les coupables.
De retour à la cour, Hamlet adopte une conduite de plus en plus déroutante. Polonius, Rosencrantz et Guildenstern sont chargés par le roi et la reine de l'observer et de comprendre l'origine de son trouble. Hamlet les accueille avec ironie et soupçonne qu'ils sont venus sur ordre du roi. Il se montre lucide, sarcastique, parfois cruel, tout en laissant croire à une folie maîtrisée. Polonius finit par penser qu'Hamlet souffre d'un amour contrarié pour Ophélia.
Hamlet s'entretient avec des comédiens arrivés à Elseneur. Il leur fait jouer un passage sur le meurtre de Priam et Hécube, puis leur commande une pièce intitulée La Souricière, destinée à reproduire le meurtre de son père. Il espère ainsi observer la réaction du roi et vérifier la véracité du récit du spectre. Pendant ce temps, le roi et la reine espient Hamlet et Ophélia, convaincus qu'un tête-à-tête entre eux permettra de découvrir la cause de sa folie.
La scène du célèbre monologue "Être, ou ne pas être" montre Hamlet hésitant entre supporter la souffrance ou se donner la mort. Lorsqu'il rencontre Ophélia, il lui parle durement, la repousse et lui ordonne d'aller au couvent. Cette scène confirme à tous, surtout à Polonius et au roi, l'idée d'une folie liée à l'amour et au désespoir. Mais le roi, troublé, décide qu'Hamlet doit partir en Angleterre sans délai.
La représentation de La Souricière constitue un tournant. La pantomime puis la pièce reproduisent un meurtre par empoisonnement dans l'oreille et l'usurpation du pouvoir. Le roi se trouble visiblement, interrompt la représentation et quitte la salle. Hamlet en conclut que le spectre disait vrai et que le roi est bien coupable. Il est alors plus résolu que jamais à poursuivre sa vengeance.
Plus tard, Hamlet surprend Polonius caché derrière une tapisserie chez la reine. Le prenant pour le roi, il le tue d'un coup d'épée. Gertrude, terrifiée, appelle à l'aide. Le spectre apparaît à Hamlet, visible seulement de lui, pour lui rappeler de ne pas oublier sa mission et de traiter sa mère avec douceur. Hamlet insiste alors pour que Gertrude se repente de son crime moral. Il traîne ensuite le corps de Polonius hors de la chambre. Le roi décide immédiatement d'envoyer Hamlet en Angleterre avec Rosencrantz et Guildenstern, porteurs d'une lettre secrète ordonnant sa mise à mort.
Hamlet découvre le complot pendant le voyage, intercepte les lettres et les remplace par une autre missive qui ordonne la mort de ses deux compagnons. Un affrontement avec des pirates lui permet ensuite de revenir au Danemark. Pendant ce temps, Ophélia sombre dans la folie après la mort de son père. Son frère Laertes, revenu de France, apprend cette nouvelle et se jette lui aussi dans une colère violente. Le roi l'instrumentalise alors pour préparer la mort d'Hamlet: un duel truqué sera organisé, avec une épée empoisonnée et une coupe empoisonnée en réserve.
Ophélia meurt noyée, et sa mort est racontée avec une inquiétante ambiguïté. Au cimetière, Hamlet rencontre des fossoyeurs et médite sur la mort, l'égalité des hommes face au tombeau et la vanité des grandeurs. Lors des funérailles d'Ophélia, Laertes exprime sa douleur, tandis qu'Hamlet, bouleversé, affirme qu'il l'aimait profondément. Une querelle éclate entre les deux hommes dans la tombe.
De retour au château, Hamlet raconte à Horatio comment il a échappé au piège anglais. Peu après, Osric lui annonce le duel avec Laertes, que le roi présente comme un simple exercice d'escrime. Hamlet accepte, malgré un pressentiment funeste. Le combat commence, mais Laertes blesse Hamlet avec une arme empoisonnée, puis les deux hommes échangent leurs fleurets. La reine boit par erreur à la coupe empoisonnée et meurt. Laertes avoue alors la trahison du roi et révèle que lui-même est condamné. Hamlet tue le roi avec l'épée empoisonnée et lui fait boire le poison. Avant de mourir, il demande à Horatio de raconter son histoire. Fortinbras arrive alors avec son armée, découvre le carnage et prend acte de la chute de la maison royale danoise. La pièce s'achève sur cette vision tragique d'un royaume détruit par le crime, la vengeance et le désordre.
Hamlet - prince du Danemark, fils du roi défunt, héros tragique partagé entre le devoir de vengeance et le doute.
Le roi Claudius - oncle d'Hamlet, nouveau roi du Danemark, assassin du roi précédent et principal coupable.
Gertrude - reine du Danemark, mère d'Hamlet, remariée trop vite avec Claudius.
Le spectre - apparition du roi défunt, qui révèle à Hamlet le meurtre et lui demande vengeance.
Horatio - ami fidèle d'Hamlet, témoin lucide des événements et confident essentiel.
Polonius - conseiller du roi, père d'Ophélia et de Laertes, personnage bavard et manipulateur.
Ophélia - fille de Polonius, aimée d'Hamlet, victime des intrigues et de la folie.
Laertes - fils de Polonius, frère d'Ophélia, revenu de France, il veut venger son père.
Rosencrantz et Guildenstern - anciens camarades d'Hamlet, chargés de l'espionner pour le roi.
Fortinbras - prince de Norvège, figure parallèle à Hamlet, qui finit par s'imposer à la fin de la pièce.
Osric - courtisan servile et ridicule, chargé d'annoncer le duel final.
Les comédiens - troupe de théâtre qui permet à Hamlet de tendre un piège au roi.
La vengeance - Hamlet reçoit du spectre la mission de venger son père, mais il hésite, réfléchit et retarde l'action.
Le doute et la conscience - le héros s'interroge sans cesse sur la vérité, la morale, le suicide, la mort et la justice.
La corruption du pouvoir - le royaume est atteint par le crime, le mensonge et la trahison au sommet de l'État.
L'apparence et la réalité - presque tous les personnages dissimulent leurs intentions; les discours et les rôles masquent la vérité.
La folie - folie feinte chez Hamlet, folie réelle chez Ophélia, et trouble général dans l'ensemble du drame.
La mort - omniprésente, elle suscite des méditations sur le néant, le corps, le tombeau et l'égalité de tous devant la fin.
Registre tragique dominant, fondé sur le meurtre, la faute, la vengeance, la mort et la chute finale.
Registre pathétique dans les scènes de deuil, de souffrance morale, de folie d'Ophélia et de mort des personnages.
Registre lyrique dans les grands monologues d'Hamlet, notamment sur la mort, l'existence et la conscience.
Registre polémique et satirique dans les dialogues ironiques, les jeux de mots et les attaques contre la cour.
Langage très imagé, fondé sur les métaphores, les antithèses, les comparaisons et les images du pourrissement, du poison et du théâtre.
Présence de soliloques célèbres qui donnent accès à l'intériorité du personnage principal.
Importance du théâtre dans le théâtre, avec la pièce La Souricière qui sert d'instrument de révélation.
Écriture de grande ampleur, alternant poésie dramatique, répliques rapides, ironie et méditation philosophique.
Dénoncer la corruption politique et morale qui ronge un État de l'intérieur.
Montrer que la vérité est difficile à atteindre quand les apparences, les mensonges et les manipulations dominent.
Faire sentir la complexité de l'action humaine, toujours freinée par la réflexion, la peur et la conscience.
Interroger la légitimité de la vengeance et ses conséquences destructrices.
Présenter la fragilité de l'homme face à la mort, au temps et à l'effondrement des certitudes.
Montrer que le théâtre peut révéler la vérité cachée des âmes et des crimes.
La pièce appartient au théâtre élisabéthain, sous le règne d'Élisabeth Ire puis au début du règne de Jacques Ier.
Shakespeare écrit dans une période marquée par les tensions politiques européennes, les inquiétudes sur la succession et les conflits de pouvoir.
Le Danemark de la pièce fonctionne comme un miroir politique du royaume menacé par la trahison et la surveillance.
La Renaissance européenne valorise l'humanisme, la conscience individuelle, l'étude et la réflexion sur l'homme.
Le texte s'inscrit aussi dans une tradition de tragédie de vengeance, très présente dans le théâtre de l'époque.
Les références au spectre, à la prière, au purgatoire et au salut renvoient à des débats religieux hérités de l'Angleterre post-réforme.
Shakespeare transforme un sujet ancien en œuvre profondément moderne par la complexité psychologique de son héros.
Pourquoi l'apparition du spectre est-elle décisive dans le déclenchement de l'intrigue?
En quoi Hamlet hésite-t-il entre action et réflexion?
Pourquoi peut-on dire que la cour d'Elseneur est un lieu de mensonges et d'espionnage?
Quel est le rôle de la pièce La Souricière dans l'action?
Pourquoi Ophélia est-elle une victime tragique?
Comment le thème de la mort structure-t-il toute la pièce?
En quoi le duel final est-il une scène de piège et de renversement?
Pourquoi peut-on considérer Hamlet comme un personnage moderne?
L'apparition du spectre déclenche toute l'action parce qu'elle révèle à Hamlet que son père a été assassiné par Claudius et lui impose une mission de vengeance.
Hamlet hésite constamment car il veut à la fois agir et comprendre, venger son père et vérifier la vérité, ce qui le conduit à retarder l'exécution de son devoir.
La cour d'Elseneur est dominée par la surveillance, les faux-semblants et les intrigues: Polonius, le roi, Rosencrantz et Guildenstern observent Hamlet, tandis que chacun cache ses véritables intentions.
La Souricière sert à confronter Claudius à une imitation du meurtre du roi: la réaction du souverain confirme à Hamlet sa culpabilité.
Ophélia est une victime tragique parce qu'elle subit la pression de son père, de son frère, du roi et d'Hamlet, puis sombre dans la folie après la mort de Polonius et finit noyée.
La mort structure la pièce par les apparitions, les enterrements, les méditations sur le tombeau, les suicides suggérés, les empoisonnements et la catastrophe finale.
Le duel final est un piège parce que Laertes et le roi ont préparé une arme empoisonnée et une coupe mortelle, mais le complot se retourne contre eux.
Hamlet est un personnage moderne parce qu'il doute, analyse, se remet en question, réfléchit à sa conscience et exprime une intériorité complexe au lieu d'agir simplement.
En quoi Hamlet est-il une tragédie de la conscience autant qu'une tragédie de la vengeance?
Comment Shakespeare fait-il du doute le moteur principal de l'action dramatique?
Dans quelle mesure Hamlet dénonce-t-il un monde dominé par l'apparence, la manipulation et la corruption?
Comment le théâtre dans le théâtre permet-il de révéler la vérité dans Hamlet?
En quoi le personnage d'Hamlet incarne-t-il une crise de l'action et de l'identité?