Analyse du personnage

La Reine Gertrude

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Présentation

Gertrude est la reine de Danemark, épouse du roi régnant et mère d’Hamlet. Elle apparaît dès la scène de cour, au cœur du pouvoir, dans un royaume déjà marqué par le deuil, le remariage et la suspicion. Sa première présence la situe immédiatement comme une figure centrale de l’ordre politique et familial du drame, puisque sa personne relie le trône, la maison royale et le destin du héros.

Rôle et importance

Dans l’intrigue, Gertrude n’est pas la protagoniste, mais elle occupe une place décisive comme pivot des tensions. Son remariage rapide avec Claudius, après la mort du roi Hamlet, alimente le trouble intérieur du prince et donne à la pièce une de ses grandes sources de malaise moral. Elle est ainsi à la fois membre du pouvoir et objet du regard critique d’Hamlet, qui voit en elle une reine compromise dans une union incestueuse et moralement suspecte.

Elle joue aussi un rôle dramatique essentiel dans la montée des crises : c’est autour d’elle que s’organisent plusieurs scènes de confrontation, notamment lorsque Polonius, puis le roi, cherchent à interpréter la conduite d’Hamlet. Plus tard, elle devient témoin direct de la violence du drame, jusqu’à mourir empoisonnée lors du duel final. Sa présence relie donc les grands nœuds de l’action : le secret, la culpabilité, la surveillance et la catastrophe.

Relations avec les autres personnages

Avec Hamlet, Gertrude entretient une relation à la fois maternelle et conflictuelle. Hamlet l’aime comme sa mère, mais la juge sévèrement et lui reproche son mariage avec Claudius. Dans la scène de la chambre, il la confronte brutalement, lui impose une vérité morale et tente de la ramener à la conscience. Elle, de son côté, lui parle avec tendresse et inquiétude, mais ne comprend pas toujours sa douleur ni la radicalité de ses paroles.

Avec Claudius, Gertrude est l’épouse et la reine associée au pouvoir. Le texte la montre unie à lui dans la fonction royale et dans le lit conjugal, sans que leur relation soit décrite par une intimité psychologique développée. Elle est aussi liée à Polonius par les mécanismes de cour, puisqu’il intervient auprès d’elle et du roi pour interpréter Hamlet. Avec Ophélia, Gertrude manifeste une forme de compassion, notamment lors de la scène de la folie et des funérailles, où elle s’adresse à elle avec tristesse et retenue.

Caractéristiques morales et psychologiques

Gertrude apparaît d’abord comme une femme de cour, sensible à l’ordre, à la bienséance et à la stabilité du royaume. Elle souhaite apaiser Hamlet, le ramener à une attitude convenable et préserver l’équilibre politique. Son langage est généralement mesuré, affectueux, parfois plaintif, ce qui la distingue des grandes violences verbales d’Hamlet ou des stratégies de Claudius.

Mais elle est aussi entourée d’une profonde ambiguïté morale. Le texte ne lui donne pas de confession directe sur sa responsabilité, et son attitude reste difficile à interpréter : naïveté, complaisance, faiblesse, aveuglement, ou simple incapacité à mesurer le crime? Hamlet la voit comme une femme ayant trahi la mémoire de son premier mari, et le spectre lui demande de l’abandonner au ciel sans l’attaquer. Elle apparaît ainsi comme une figure de contradiction : mère aimante, reine compromise, épouse soumise, femme de désir et de faiblesse, prise dans une faute que le drame condamne sans jamais l’expliquer totalement.

Évolution du personnage

Gertrude évolue moins par des actes que par une prise de conscience progressive. Au début, elle participe à la vie de cour dans une forme de normalité officielle, en cherchant à calmer Hamlet et à maintenir les apparences. Puis, dans la scène privée avec son fils, elle est brusquement forcée de regarder sa situation en face. Enfin, au moment de sa mort, elle passe du rôle d’épouse royale à celui de victime du poison, ce qui achève de la placer du côté des êtres pris au piège d’une tragédie qu’ils ne maîtrisent pas entièrement.

Critique

Gertrude symbolise en grande partie la fragilité de l’ordre politique et moral dans l’univers de la pièce. Son remariage, qu’Hamlet interprète comme une faute intime, devient le signe visible d’un monde déréglé où le pouvoir, la famille et le désir se contaminent mutuellement. À travers elle, l’œuvre interroge la condition féminine à la cour, la dépendance au mariage et l’ambivalence du regard porté sur les femmes : Gertrude est à la fois objet de jugement, figure de désir, mère et reine, mais rarement sujet pleinement autonome. Elle incarne ainsi une zone d’ombre du drame, où la faute réelle, la perception morale et la vulnérabilité humaine se confondent.

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