Analyse du personnage

Laertes

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Présentation

Laertes est le fils de Polonius et le frère d’Ophélia. Il apparaît d’abord comme un jeune noble de la cour danoise, prêt à quitter le château pour retourner en France après avoir rendu hommage au couronnement du roi. Son premier grand rôle est donc celui d’un personnage de départ et de retour, lié à la fois à la sphère familiale et à la sphère politique. Dans l’économie de l’œuvre, il compte parmi les figures majeures qui font avancer l’action, car son histoire familiale, ses conseils à Ophélia et sa relation avec Hamlet le placent au cœur des tensions de la cour.

Rôle et importance

Laertes est d’abord un adjuvant de l’intrigue amoureuse et domestique, puisqu’il conseille Ophélia avec insistance sur la conduite à tenir envers Hamlet. Mais il devient aussi un opposant indirect de Hamlet, d’abord par son rôle de fils offensé, puis par la vengeance qu’il cherche à exercer après la mort de Polonius et d’Ophélia. Son importance est considérable, car il sert de contrepoint à Hamlet : tous deux sont des fils en deuil, tous deux sont poussés vers la vengeance, mais ils ne l’abordent pas de la même manière.

Il est également un moteur dramatique dans la dernière partie de l’œuvre. Son retour, sa colère, son alliance avec le roi et le duel final en font un instrument décisif de la catastrophe. Laertes n’est pas un simple second rôle : il cristallise la violence politique et familiale, et son combat avec Hamlet donne une forme concrète à la logique de revanche qui traverse toute la tragédie.

Relations avec les autres personnages

La relation de Laertes avec Ophélia est marquée par l’affection fraternelle et par la surveillance morale. Il lui prodigue de longs avertissements contre Hamlet, lui rappelant son honneur, sa prudence et les dangers d’une confiance trop naïve. Avec Polonius, il entretient une relation filiale classique de respect et d’obéissance : il demande son congé, reçoit sa bénédiction et ses conseils avant de partir. Polonius le décrit comme un fils digne, puis cherche à tirer parti de son absence pour surveiller sa conduite.

Sa relation avec Hamlet est celle d’un rival tragique. Avant même le duel final, Laertes incarne une menace potentielle, car Hamlet lui a pris sa sœur, puis sa place symbolique dans le système d’honneur de la cour. Après la mort de Polonius et la folie d’Ophélia, la rivalité devient haine ouverte. En revanche, Laertes se rapproche du roi, qui exploite sa douleur et son désir de vengeance pour en faire un allié contre Hamlet. Sa relation au roi est donc ambiguë : il lui fait confiance, mais devient l’instrument d’un complot qui le dépasse.

Caractéristiques morales et psychologiques

Laertes est présenté comme un jeune homme vif, ardent, prompt à réagir et fortement attaché aux codes de l’honneur. Il sait parler avec éloquence, donne des conseils sévères et manifeste une sensibilité morale réelle, notamment lorsqu’il parle de l’honneur d’Ophélia ou de la mémoire de son père. Il a le sens du devoir familial et de la réputation, et son énergie contraste avec l’hésitation d’Hamlet.

Mais cette vigueur a aussi ses dangers. Laertes est impulsif, emporté par la douleur et facilement récupéré par le roi. Sa volonté de vengeance est si intense qu’elle le conduit à accepter une stratégie meurtrière, jusqu’à empoisonner son épée. Il apparaît ainsi comme un personnage de passion plus que de réflexion. Sa fragilité tient à sa réactivité immédiate : il sait aimer, pleurer et haïr avec force, mais il laisse sa colère être manipulée. Son mérite moral n’est donc pas absent, mais il est exposé à la corruption de la cour.

Évolution du personnage

Laertes évolue d’un jeune noble sur le départ à un vengeur furieux, puis à un adversaire tragique qui retrouve lucidement, trop tard, le sens de la vérité. Au début, il est surtout défini par son statut de fils et de frère. Après la mort de Polonius et la folie d’Ophélia, il devient un homme de deuil, de révolte et d’action. Dans la scène finale, il connaît un retour moral : blessé, il reconnaît la machination du roi, échange son pardon avec Hamlet et meurt réconcilié avec lui.

Cette évolution est brève mais nette. Laertes reste constant dans son intensité, mais son orientation change : la colère aveugle cède à la reconnaissance du vrai coupable. Sa stabilité de tempérament souligne une différence essentielle avec Hamlet : là où Hamlet médite, Laertes agit; là où Hamlet retarde, Laertes se précipite. Leur ressemblance de situation et leur divergence de réaction font de Laertes un miroir dramatique du héros.

Critique

Laertes symbolise la noblesse de l’honneur exposée à ses dérives. À travers lui, l’œuvre montre comment une juste douleur peut être détournée par le pouvoir et transformer un fils en instrument de meurtre. Il révèle aussi le poids des normes de la cour : réputation, obéissance, apparence, loyauté, tout y est lié à la violence. Son parcours met en lumière une société où la parole, la vengeance et la manipulation politique s’entrecroisent jusqu’à la catastrophe.

Le personnage éclaire enfin un des grands thèmes de l’œuvre : la tension entre action et conscience. Laertes incarne l’excès inverse de Hamlet. Là où le prince pense trop, lui agit trop vite. Cette opposition donne au drame une portée plus large : Shakespeare ne propose pas seulement le portrait d’un vengeur, mais une réflexion sur la manière dont un individu, pris dans un monde corrompu, peut perdre la juste mesure de ses actes. Laertes rend ainsi visible la violence d’un ordre politique et familial qui détruit autant les innocents que les coupables.

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