Ourika est la jeune religieuse au centre du récit. D'abord rencontrée dans un couvent des Ursulines, à Saint-Jacques, elle apparaît comme une malade très affaiblie, dont le médecin-narrateur est appelé à s'occuper. Son identité surprend immédiatement, car la malade qu'on attendait être une victime des cloîtres est une négresse, ancienne enfant sauvée de l'esclavage et élevée dans la maison de madame de B. Elle occupe ainsi une place essentielle dans l'œuvre : par son histoire, elle devient le personnage à travers lequel se dévoilent la solitude, le déracinement, l'injustice sociale et la souffrance intérieure.
Ourika est à la fois protagoniste et narratrice principale d'une grande partie du texte, puisque son récit rétrospectif constitue le cœur de l'œuvre. Tout ce qui importe dans l'intrigue passe par elle : son enfance protégée, sa prise de conscience douloureuse de sa différence, son amour silencieux pour Charles, puis sa crise morale et religieuse. Le cadre initial, avec le médecin qui l'écoute, sert surtout à introduire sa parole et à faire de son histoire un aveu.
Son importance est aussi thématique. Elle donne chair à l'expérience de l'exclusion et de l'isolement, et son destin tragique structure tout le récit. Ce n'est pas un simple personnage secondaire : elle porte la réflexion sur l'identité, la place dans le monde, le malheur d'être sans égal parmi les autres, et la tension entre sentiments naturels et jugement social.
La relation la plus déterminante est celle qui l'unit à madame de B., sa bienfaitrice. Madame de B. la sauve de l'esclavage, l'accueille dans sa maison, l'élève, la forme et l'aime avec une bonté constante. Ourika lui voue une reconnaissance profonde, presque un culte. Pourtant, cette relation devient aussi la source de sa blessure, car elle découvre qu'elle reste extérieure au monde où elle vit, malgré l'affection qu'on lui porte.
Ourika entretient également un lien central avec Charles, le petit-fils de madame de B. Elle l'aime d'une affection d'abord fraternelle, puis d'une passion qu'elle croit et veut croire innocente, mais qui lui devient ensuite insupportable lorsqu'elle en reçoit l'accusation. Charles, de son côté, lui témoigne une confiance entière et une amitié durable, mais sans percevoir la profondeur de sa souffrance. La marquise de... joue aussi un rôle décisif : c'est elle qui lui révèle brutalement son malheur véritable, en nommant sa passion pour Charles. Enfin, le prêtre qui la confesse la ramène à Dieu et l'aide à transformer sa douleur en résolution religieuse.
Ourika se distingue d'abord par sa sensibilité extrême. Elle ressent tout avec intensité : la gratitude, la honte, l'amour, la jalousie, la peur, le désir d'être aimée, le besoin d'appartenir à quelqu'un. Elle est aussi très intelligente, capable de réflexion, d'analyse et de lucidité sur sa situation. Le texte insiste sur l'évolution de son esprit sous l'effet du chagrin : elle devient plus critique, plus consciente, plus apte à juger les choses, mais aussi plus amère et plus vulnérable.
Elle est profondément sincère, généreuse et dévouée. Elle souhaite le bonheur des autres, surtout celui de madame de B. et de Charles, et s'accuse sévèrement dès qu'elle croit céder à l'ingratitude ou à l'envie. Cependant, cette droiture même se retourne contre elle, car elle intériorise sa souffrance, se juge coupable, et finit par considérer ses larmes comme interdites. Son plus grand drame est d'être partagée entre l'élan vers l'amour et le sentiment d'inadéquation absolue au monde humain qui l'entoure.
Ourika passe de l'innocence heureuse à une conscience douloureuse d'elle-même, puis à une forme de rédemption religieuse. Enfant, elle croit pouvoir être heureuse dans le monde de madame de B. ; adolescente, elle découvre avec violence sa condition de négresse et comprend qu'elle sera toujours seule. Son chagrin, d'abord social et existentiel, devient ensuite affectif avec son attachement à Charles, puis moral lorsqu'on lui révèle sa passion supposée coupable. Enfin, la souffrance la conduit à Dieu : elle accepte de se faire religieuse et trouve dans la foi une paix que le monde lui refusait.
Ourika symbolise l'exclusion absolue, celle qui ne vient pas seulement du manque de fortune ou de position, mais de l'impossibilité d'être pleinement admise parmi les autres. À travers elle, le texte montre la violence des préjugés sociaux et raciaux, ainsi que le pouvoir destructeur du regard des autres sur l'identité intime. Elle révèle aussi l'insuffisance des bienfaits mondains : on peut être aimée, élevée, admirée, et rester malgré tout sans place réelle dans la société.
Le personnage met enfin en lumière une réflexion plus large sur le bonheur, la solitude et la souffrance. Son drame est moins un simple malheur personnel qu'une démonstration de ce que devient une âme sensible quand elle ne trouve ni famille, ni égalité, ni avenir. Ourika incarne ainsi une figure tragique, à la fois victime de son époque et conscience aiguë de sa propre désolation.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Ourika, à travers d'autres œuvres.