Bois-d'Enghien est un homme du monde, fiancé à Viviane et engagé dans les affaires de mariage et de rupture qui structurent l'intrigue. Il apparaît d'abord comme l'amant revenu chez Lucette Gautier, puis comme un futur marié pris dans un réseau de situations embarrassantes où son rang social, son élégance et sa prudence apparente contrastent avec sa faiblesse réelle. Son importance est centrale, car presque tous les rebondissements du texte naissent de ses mensonges, de ses hésitations et des conflits qu'il provoque ou qu'il subit.
Bois-d'Enghien joue le rôle principal de moteur de l'action. Il est à la fois protagoniste et centre de gravité des quiproquos : c'est autour de lui que se croisent Lucette, Viviane, la baronne Duverger, le général Irrigua, Bouzin et les autres. Son double engagement, entre l'ancienne liaison avec Lucette et le mariage à venir avec Viviane, fait avancer la pièce en accumulant les mensonges, les dissimulations et les situations de crise.
Il n'est pas un héros stable ni exemplaire, mais un personnage de comédie dont les manœuvres cherchent sans cesse à retarder l'affrontement. Il veut rompre, se justifier, éviter le scandale, préserver son mariage et conserver sa façade sociale. Cette tension permanente fait de lui un personnage essentiel du mécanisme théâtral : il déclenche les scènes de confrontation, tente de les dénouer, puis se retrouve de nouveau pris au piège.
Avec Lucette, sa relation est la plus intense. Il est son amant, puis son futur époux selon les apparences, et enfin l'objet d'une rupture violente quand elle découvre la vérité. Leur lien est fait de passion, de reproches, de comédie amoureuse et d'ultimes tentatives de réconciliation. Avec Viviane, au contraire, il adopte la posture du fiancé honorable, sérieux et moral, tout en dissimulant son passé avec Lucette; il cherche à lui plaire et à sauver son mariage.
Face à la baronne Duverger, il joue le gendre parfait, poli et rassurant, tout en craignant constamment d'être démasqué. Avec le général Irrigua, il oscille entre rivalité et alliance de circonstance : il l'aide à comprendre que Lucette ne l'aime pas, puis tente de s'en servir pour écarter le danger. Avec Bouzin, enfin, la relation devient pure farce : Bois-d'Enghien le manipule, le ridiculise, l'accuse, le pousse, puis finit par lui prendre ses vêtements et son pistolet. De Chenneviette et De Fontanet servent aussi d'interlocuteurs à ses impostures, soit qu'il les entraîne dans ses mensonges, soit qu'il s'appuie sur eux pour masquer la vérité.
Bois-d'Enghien est avant tout un menteur ingénieux, mais peu assuré. Il improvise sans cesse, donne à chacun une version différente de la réalité et s'exprime avec un aplomb souvent disproportionné par rapport à sa situation. Il est soucieux des apparences, de sa respectabilité et de l'image qu'il renvoie. Cette préoccupation sociale l'amène à la duplicité, à la lâcheté et à une grande nervosité dès qu'il risque d'être démasqué.
Psychologiquement, il est partagé entre désir, peur et opportunisme. Il aime encore Lucette tout en voulant épouser Viviane; il veut rompre tout en cherchant des échappatoires; il souhaite dominer la situation mais est constamment débordé par elle. Son charme tient à cette contradiction : il est capable de tendresse, de jalousie, de panique, de cynisme et d'autodérision. Sa faiblesse n'est pas seulement morale, elle est aussi comique : il réfléchit vite, mais agit mal, et ses solutions l'enfoncent souvent davantage.
Bois-d'Enghien évolue peu sur le fond, mais son parcours dramatique le fait passer d'une assurance de façade à un état de panique croissante, puis à une sortie provisoire de l'impasse par le mensonge et l'esquive. Au début, il veut rompre avec Lucette et préparer son mariage; à la fin, il tente de sauver son union avec Viviane en niant son passé, tout en continuant à être poursuivi par les conséquences de ses actes. Il demeure donc essentiellement le même : un homme qui cherche à se tirer d'affaire sans affronter clairement la vérité.
Bois-d'Enghien symbolise la comédie des convenances et l'instabilité des identités sociales. À travers lui, la pièce montre un monde où l'amour, le mariage, le prestige et l'argent se mêlent à la mise en scène de soi. Il incarne aussi une forme de faiblesse masculine très théâtrale : il veut tout à la fois, mais n'assume rien pleinement. En cela, il révèle la satire d'un univers mondain fondé sur le paraître, la parole habile et l'évitement du réel.