Capulet est le chef de l'une des deux grandes familles ennemies de Vérone, et l'époux de lady Capulet. Dès la première scène, il apparaît comme une figure d'autorité sociale et domestique, au centre des tensions qui déchirent la ville. Son nom est lié à une lignée noble, à une maison puissante, et à l'espace privé de la famille comme à la sphère publique des conflits civils.
Capulet occupe un rôle majeur dans l'intrigue, moins comme héros que comme force d'opposition et pivot dramatique. Sa maison est l'un des deux foyers de la haine ancienne qui provoque les rixes de Vérone, et cette violence collective ouvre et relance l'action. Il n'est pas le moteur unique de la tragédie, mais il en est une cause essentielle, car son autorité familiale et son appartenance au camp des ennemis de Montague enferment Roméo et Juliette dans un conflit irréconciliable.
Son poids narratif s'accroît encore lorsqu'il organise la fête où Roméo rencontre Juliette, puis lorsqu'il décide le mariage de sa fille avec Pâris. Ainsi, il est à la fois un organisateur de sociabilité et un agent de contrainte. Ses décisions orientent directement le cours de l'action et contribuent à précipiter la catastrophe finale.
Sa relation avec Montague est fondée sur une rivalité héréditaire et publique. Les deux hommes sont présentés comme des chefs de maisons ennemies, et leur hostilité contamine tout l'entourage. Capulet intervient aussi face au prince, qui lui adresse une réprimande sévère après les violences de la place publique. Il se trouve donc pris dans un réseau d'autorité et de soumission : autorité sur sa maison, mais soumission à la justice du prince.
Avec Juliette, sa relation est plus complexe. Il se montre d'abord comme un père soucieux de l'avenir matrimonial de sa fille, puis comme un homme autoritaire, brutal lorsque Juliette refuse d'épouser Pâris. Son rapport à la nourrice est également révélateur : il la rabroue vivement lorsqu'elle contredit son projet. Avec Pâris, en revanche, il adopte un ton favorable, presque commercial, puisqu'il encourage l'union et fixe la date des noces. Par contraste, il ignore la vérité du lien entre Juliette et Roméo, ce qui fait de lui un obstacle involontaire mais décisif.
Capulet apparaît d'abord comme un homme de rang, attaché à l'honneur familial, à la bienséance sociale et à l'ordre domestique. Il sait recevoir, donner une fête, parler avec urbanité, et il reconnaît même la valeur de Roméo lorsqu'il demande à Tybalt de le tolérer pendant le bal. Cette capacité à modérer la violence montre qu'il n'est pas seulement un tyran : il peut être conciliant, pragmatique et attentif à la réputation.
Mais il révèle aussi une forte impulsivité et une autorité rigide. Quand Juliette lui résiste, il se met en colère, l'insulte, et menace de la renier. Son langage devient brutal, presque excessif, ce qui fait apparaître une faille profonde : il veut gouverner la famille par la volonté plus que par l'écoute. Sa psychologie est donc traversée par une contradiction entre l'hospitalité mondaine et la violence patriarcale, entre la protection de sa fille et la volonté de la contraindre.
Capulet évolue peu dans sa structure profonde, mais son attitude varie selon les circonstances. Au début, il est encore maître de lui, capable d'apaiser Tybalt et de jouer le rôle du notable mondain. Puis, face au refus de Juliette, il se durcit brutalement et impose son pouvoir paternel. À la fin, devant la mort de Juliette, il est réduit au deuil et à la stupeur. Cette relative stabilité dans l'autorité, traversée de brusques accès de colère et d'effondrement, signifie que le personnage sert surtout à montrer la puissance destructrice de l'ordre familial qu'il incarne.
Capulet symbolise la domination du nom, de la maison et de l'autorité paternelle dans une société régie par l'honneur et la rivalité. Par lui, l'œuvre montre comment les conflits privés deviennent tragédies publiques, et comment une famille peut imposer à ses membres une logique qui les écrase. Son personnage révèle aussi la tension entre les codes sociaux du mariage et le désir individuel : Juliette devient l'enjeu d'alliances, non un sujet libre.
Il incarne ainsi une société où l'affection se mêle à la contrainte, où la parole du père peut basculer de la civilité à la violence, et où l'ordre familial, supposé protéger, produit le désastre. À travers lui, le texte critique moins un individu isolé qu'un système entier fondé sur la possession, la hiérarchie et la haine transmise.
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