Figure de style

Catachrèse

La catachrèse désigne un emploi détourné du mot, devenu un outil essentiel de la langue et de l'écriture littéraire.

Définition de Catachrèse

La catachrèse est, dans son sens lexical courant, une figure qui consiste à employer un mot hors de son sens propre pour désigner une réalité dépourvue de dénomination propre. Elle naît souvent lorsqu'une langue nomme un objet, une partie du corps, une action ou une réalité abstraite pour laquelle aucun mot spécifique ne s'impose avec autant de naturel. On parle alors d'un usage abusif au sens rhétorique ancien, mais devenu parfaitement intégré dans la langue.

Dans bien des cas, la catachrèse n'a plus rien d'étrange pour le lecteur, car elle s'est figée dans l'usage courant. Des expressions comme la feuille d'un livre, les pieds d'une table ou les bras d'un fauteuil relèvent de cette extension de sens. La figure montre ainsi la souplesse du langage littéraire, capable de transposer un mot connu vers un domaine nouveau, sans créer nécessairement un effet de surprise marqué.

En littérature, la catachrèse peut servir à nommer l'invisible, l'abstrait ou le technique, mais aussi à donner une coloration imagée à une description. Elle se situe donc à la frontière entre besoin lexical et invention poétique, ce qui explique son importance dans l'histoire de la langue.

Étymologie et origine

Le mot catachrèse remonte au grec katáchrēsis, « emploi abusif », nom dérivé du verbe katachrâsthai, « faire un usage abusif ». Ce verbe associe le préfixe kata- au verbe chrâsthai, « se servir de ». Le terme possède déjà un emploi technique dans la rhétorique antique.

Entré dans le vocabulaire français par l'intermédiaire du latin rhétorique catachresis, le mot conserve l'idée étymologique d'un abus de langage. Toutefois, la rhétorique antique reconnaissait déjà la catachrèse comme un emploi justifié lorsqu'un terme propre faisait défaut. Il ne faut donc pas comprendre cet « abus » comme une simple faute de langue.

Synonymes et termes proches

On peut rapprocher la catachrèse de la métaphore, car toutes deux reposent sur un transfert de sens. Cependant, la métaphore désigne un transfert fondé sur une analogie, tandis que la catachrèse désigne ici un emploi destiné à combler une lacune de dénomination ; une même expression peut relever des deux notions.

Le terme abus de langage est parfois employé comme quasi-synonyme, mais il insiste davantage sur l'idée de dérivation par rapport au sens propre, avec une nuance historique de faute ou d'impropriété. On peut aussi évoquer l'emploi figuré, notion plus large et moins précise, qui englobe plusieurs procédés sans distinguer leur fonction exacte.

À ne pas confondre avec

La métaphore et la catachrèse peuvent se recouper : les pieds d'une table constituent une catachrèse fondée sur un transfert métaphorique. La métaphore se définit par un rapprochement analogique, tandis que la catachrèse se définit ici par sa fonction de dénomination. Le caractère perceptible ou non de l'image ne suffit donc pas à les distinguer.

La métonymie et la catachrèse ne se définissent pas sur le même plan. La métonymie repose sur un lien logique ou de contiguïté, comme le contenant pour le contenu ou la cause pour l'effet ; la catachrèse se définit par sa fonction de dénomination en l'absence de terme propre. Une catachrèse peut donc résulter d'un transfert métaphorique ou métonymique.

Le néologisme peut être un mot nouveau, mais aussi un sens nouveau donné à un mot existant : on parle alors de néologisme de sens. Une catachrèse nouvellement créée peut donc constituer un néologisme de sens ; une catachrèse installée dans l'usage n'est plus, pour autant, un néologisme.

Pour aller plus loin

La catachrèse occupe une place particulière dans l'histoire des langues parce qu'elle révèle le lien entre création littéraire et évolution lexicale. De nombreux sens de mots français résultent d'un tel glissement, devenu ensuite invisible pour les locuteurs. Ce qui fut d'abord image ou approximation devient peu à peu terme technique ou vocabulaire ordinaire.

Dans la rhétorique classique, la catachrèse pouvait être regardée avec méfiance si elle semblait trop hardie, mais elle est aussi reconnue comme un ressort fondamental de l'expression. Elle permet à la langue de combler ses manques, surtout dans les domaines concrets, scientifiques ou abstraits. En littérature, elle contribue à la puissance évocatrice du texte, parce qu'elle fait sentir la matière des choses à travers des mots empruntés à d'autres réalités.

Son intérêt critique est donc double : elle montre comment une langue se construit par transpositions successives, et elle rappelle que l'usage courant garde souvent la trace de ces inventions anciennes. Étudier la catachrèse, c'est observer la frontière mouvante entre le propre, le figuré et le lexicalisé.

Questions fréquentes sur Catachrèse

Il faut rechercher le sens propre du mot, puis vérifier si son sens transféré sert à nommer une réalité pour laquelle aucun terme propre n'était disponible. Un dictionnaire peut aider à retracer ce transfert et sa lexicalisation. Le seul caractère naturel de l'expression ne suffit pas : toutes les expressions figurées devenues courantes ne sont pas des catachrèses.

Oui. Un auteur peut rendre à nouveau perceptible l'image que l'usage avait effacée. En décrivant une table comme si elle pouvait marcher, par exemple, il réactive le sens corporel du mot pieds. L'effet expressif vient alors du développement de l'image, et non de la seule présence de la catachrèse.

Oui. Elle appartient aussi au langage quotidien et au vocabulaire technique. Le mot souris, appliqué au dispositif informatique, fournit un exemple de dénomination créée par transfert analogique. La catachrèse ne caractérise donc pas un genre littéraire particulier.

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