Figure de style

Pléonasme

Le pléonasme est une figure de style fondée sur la redondance, capable d'insister, d'éclairer ou de nuancer le sens d'un énoncé.

Définition de Pléonasme

Le pléonasme désigne l'emploi de mots superflus en apparence, puisque le sens de l'un semble déjà contenu dans l'autre. Il s'agit d'une répétition de l'idée, non de la simple répétition des mots. Ainsi, dans l'expression « monter en haut », l'information de direction est redoublée par deux éléments qui disent presque la même chose.

Cette figure peut être jugée fautive lorsqu'elle alourdit inutilement la phrase, notamment dans l'usage courant ou administratif. Mais en littérature, elle devient souvent un procédé expressif : elle renforce une idée, crée un effet d'insistance, ou donne à la phrase une valeur affective, oratoire ou poétique. Le pléonasme se situe donc à la frontière entre maladresse langagière et ressource stylistique.

On distingue en général le pléonasme de la tautologie : le premier repose sur une redondance partielle, souvent entre des termes proches, tandis que la seconde répète strictement la même idée sans véritable progrès du sens. Le pléonasme peut être volontaire et recherché, ce qui explique sa place importante dans l'analyse littéraire.

Étymologie et origine

Le mot pléonasme vient du grec pleonasmós, dérivé de pleon, qui signifie « plus », « en excès ». À l'origine, le terme désigne donc l'idée d'abondance, d'excédent ou de surcharge.

Entré dans le vocabulaire savant par le latin pleonasmus, le mot a d'abord eu une valeur rhétorique et grammaticale. Dans les traités antiques et classiques, il servait à nommer une amplification jugée soit utile à l'expression, soit inutile et fautive selon le contexte.

Au fil du temps, le sens s'est spécialisé en français : le pléonasme est devenu surtout une figure de redondance. L'évolution historique montre une tension constante entre norme et effet de style, tension qui explique la richesse du terme dans la critique littéraire.

Exemples en littérature

Dans Le Cid, de Corneille, Chimène s'écrie : « Va, je ne te hais point. » Cette formule n'est pas un pléonasme à proprement parler, mais la critique a souvent rapproché certains tours cornéliens de la logique pléonastique lorsqu'un sentiment est exprimé avec une retenue qui le rend paradoxalement plus intense. Un exemple plus net de redondance expressive se trouve dans le registre tragique quand la répétition de l'idée de mort, de sang ou d'honneur vient épaissir l'émotion dramatique.

Dans Phèdre, de Racine, le vers « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue » ne contient pas un pléonasme lexical, mais il illustre bien le mécanisme de l'insistance par reprise d'une expérience unique sous plusieurs angles. La critique stylistique associe souvent ce type d'écriture à une logique de surenchère affective proche du pléonasme par accumulation signifiante.

Dans Gargantua, de Rabelais, on rencontre des formules redondantes et abondantes qui relèvent de l'excès comique, par exemple dans les longues énumérations et amplifications. Rabelais utilise volontiers la profusion verbale pour produire un effet de bouffonnerie et de plénitude, ce qui correspond à une esthétique où le pléonasme devient une force d'expression.

Synonymes et termes proches

Le terme le plus proche est redondance, qui insiste sur la répétition d'un même contenu sémantique. Toutefois, la redondance peut être plus large et moins stylistiquement marquée que le pléonasme, lequel désigne plus précisément une répétition partielle ou une surcharge de sens.

On peut aussi évoquer l'amplification, mais celle-ci relève davantage de l'augmentation volontaire de l'expression que de la simple reprise d'une idée déjà dite. Le renforcement ou l'insistance sont des notions voisines, mais elles décrivent un effet produit plutôt qu'une structure linguistique précise.

Enfin, dans un sens très large, certains parlent de superflu ou d'excès, mais ces termes sont plus généraux et moins techniques. Ils n'ont pas la précision du mot pléonasme, qui appartient d'abord au vocabulaire de la rhétorique et de la stylistique.

À ne pas confondre avec

Le pléonasme ne doit pas être confondu avec la tautologie. La tautologie répète une idée de manière presque identique, souvent sans apport expressif, alors que le pléonasme peut ajouter une nuance, une intensité ou une couleur affective.

Il ne faut pas non plus le confondre avec l'anaphore, qui consiste à reprendre le même mot ou groupe de mots au début de plusieurs phrases ou vers. L'anaphore est une figure de répétition organisée, alors que le pléonasme concerne une redondance de sens à l'intérieur d'un même énoncé.

Enfin, le pléonasme diffère du lapsus ou de la maladresse grammaticale. Dans ces derniers cas, la redondance est involontaire et généralement fautive, tandis que dans l'écriture littéraire, elle peut être consciemment travaillée pour produire un effet esthétique.

Pour aller plus loin

Dans l'histoire de la rhétorique, le pléonasme a longtemps occupé une position ambivalente. Les anciens traités distinguaient déjà l'excès inutile, condamné comme lourdeur, et la profusion utile, considérée comme un moyen d'élargir le discours. Cette ambivalence explique pourquoi le terme garde aujourd'hui une valeur à la fois normative et stylistique.

En littérature, le pléonasme peut relever de plusieurs intentions : dramatiser un aveu, renforcer une émotion, donner une allure orale au texte, ou encore produire un effet comique par surcharge. Il est particulièrement fréquent dans les textes où la parole cherche à convaincre, émouvoir ou déborderailler le cadre strict de la correction grammaticale.

La notion s'est également élargie avec l'analyse moderne du langage. On observe que certaines redondances sont non seulement tolérées, mais nécessaires à la compréhension, à l'emphase ou à l'expressivité. Le pléonasme n'est donc pas seulement une « faute » : il témoigne de la manière dont une langue peut préférer l'insistance à l'économie.

Questions fréquentes sur Pléonasme

On le repère quand un mot ou un groupe de mots répète partiellement une information déjà contenue ailleurs dans la phrase. L'important est de vérifier si cette répétition ajoute une nuance d'intensité, de style ou d'oralité. En analyse, il faut distinguer l'usage accidentel de la construction délibérée.

Le pléonasme peut donner plus de force à une affirmation et attirer l'attention sur une idée centrale. Il peut aussi créer une impression de spontanéité, de parole vive ou de débordement émotionnel. Selon le contexte, il sert autant à convaincre qu'à colorer le discours.

On le rencontre fréquemment dans la tragédie, l'éloquence, la poésie et le récit satirique. Ces genres valorisent soit l'intensité affective, soit l'ampleur oratoire, soit le jeu sur les excès du langage. Le pléonasme y devient un outil de rythme autant que de sens.

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