Figure de style

Anadiplose

L'anadiplose est une figure de répétition qui reprend un mot ou un groupe de mots à la fin d'une phrase et au début de la suivante.

Définition de Anadiplose

L'anadiplose est une figure de style fondée sur la répétition d'un même terme, ou d'un même groupe de termes, en fin d'un segment et en début du segment suivant. Elle crée un effet de liaison, de continuité et souvent d'insistance, en faisant rebondir la phrase sur elle-même. Cette reprise peut concerner une seule unité lexicale ou un syntagme plus développé.

On rencontre l'anadiplose dans la prose comme dans la poésie. Elle peut servir à renforcer une idée, à donner un rythme ample et soutenu, ou à marquer une progression logique et émotionnelle. Par sa simplicité apparente, elle attire l'attention sur le mot répété et lui confère une valeur expressive particulière.

Dans l'analyse littéraire, il faut distinguer l'anadiplose d'une simple répétition mécanique : ici, la reprise est placée stratégiquement à la jonction de deux unités syntaxiques. La figure agit ainsi comme un charnière rhétorique, produisant un effet d'enchaînement souvent très marquant pour le lecteur ou l'auditeur.

Étymologie et origine

Le mot anadiplose vient du grec ancien anadiplôsis, formé de ana, qui signifie "de nouveau" ou "en remontant", et de diplô, "doubler". Le terme désigne donc littéralement une redoublement ou une reprise en arrière, ce qui correspond bien à son fonctionnement rhétorique.

La notion est attestée dans la tradition antique de la rhétorique grecque, puis reprise par les auteurs latins et les théoriciens français. Son sens s'est stabilisé au fil des siècles pour désigner précisément la reprise finale initiale d'un mot, sans se confondre avec d'autres formes de répétition. Dans les traités modernes, elle reste une figure de reliance et d'insistance.

Exemples en littérature

Dans Le Cid de Pierre Corneille, on trouve une reprise célèbre dans la tirade de Rodrigue : "A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire; / Un péril". La formulation met en évidence la bascule entre deux propositions par la reprise du mot péril, qui crée un effet de martèlement et de progression argumentative.

Chez Victor Hugo, dans Les Contemplations, on lit : "L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn; / Caïn". La reprise du nom propre au début du vers suivant produit une forte tension dramatique, en isolant le personnage et en soulignant le poids symbolique de sa culpabilité.

Dans Phèdre de Jean Racine, la reprise d'un terme entre deux segments contribue souvent à l'intensité tragique, par exemple lorsque le discours se referme et se relance sur un même mot pour traduire l'obsession ou l'aveu. L'effet d'écho donne à la parole une densité émotionnelle et une forme de spirale.

Synonymes et termes proches

Le terme le plus proche est répétition enchaînée, expression descriptive qui rend compte du mécanisme sans désigner une figure codifiée. On peut aussi évoquer l'épanadiplose dans certains contextes voisins, mais cette dernière désigne plutôt la reprise d'un même mot au début et à la fin d'un même segment, ce qui n'est pas exactement la même chose.

Il faut également mentionner la concaténation, notion parfois employée de façon large pour désigner une suite de reprises, mais dont le sens est plus extensif et moins précis. L'anadiplose se distingue par sa structure très nette : la fin d'une unité verbale devient le point de départ de la suivante.

À ne pas confondre avec

L'anaphore ne doit pas être confondue avec l'anadiplose. L'anaphore consiste à répéter un même mot ou groupe de mots en début de plusieurs segments successifs, alors que l'anadiplose relie la fin d'un segment au début du suivant.

Elle se distingue aussi de l'épiphore, qui répète un terme en fin de segments successifs. Dans l'anadiplose, la répétition fait passer le mot d'une unité à l'autre, ce qui crée un mouvement de transition plutôt qu'un simple effet de clôture.

Enfin, il ne faut pas la confondre avec la gradation ou le parallélisme. Ces procédés concernent davantage l'organisation des idées ou des structures syntaxiques, tandis que l'anadiplose repose d'abord sur la reprise lexicale au point de jonction entre deux membres de phrase.

Pour aller plus loin

Dans la tradition rhétorique, l'anadiplose est appréciée pour sa capacité à donner à la parole un caractère à la fois oratoire et musical. Elle sert fréquemment à guider l'auditeur, à organiser le raisonnement ou à intensifier une émotion. Dans les textes classiques, elle participe d'une esthétique de la clarté, car elle rend visible le lien entre deux idées.

Son usage traverse les genres : éloquence judiciaire, tragédie, poésie, méditation morale. Les écrivains l'emploient volontiers lorsqu'ils veulent faire sentir une nécessité logique, un enchaînement fatal ou une reprise obsessionnelle. La figure est donc à la fois un outil de composition et un moyen d'amplification expressive.

Dans l'étude stylistique, l'anadiplose mérite d'être observée dans sa position, sa fonction et son intensité. Une reprise isolée n'a pas le même effet qu'une série d'anadiploses, qui peut produire un véritable effet de chaîne ou de spirale verbale. Elle constitue ainsi un indice précieux de la manière dont un auteur construit le mouvement de sa phrase.

Questions fréquentes sur Anadiplose

Il faut repérer une reprise exacte ou presque exacte entre la fin d'une unité syntaxique et le début de la suivante. Le mot repris peut être un nom, un verbe ou un groupe nominal, à condition qu'il occupe cette position charnière. Une lecture attentive de la ponctuation aide souvent à la déceler.

Elle crée une sensation de continuité et de cohérence, tout en mettant en relief le terme répété. Selon le contexte, elle peut produire une insistance, une solennité ou une impression de pensée qui se relance elle-même. C'est un procédé très utile pour donner de l'élan à un discours.

On la rencontre fréquemment dans la poésie et dans les textes à visée oratoire, mais elle apparaît aussi dans le roman et le théâtre. Les genres qui recherchent le rythme, la densité ou l'oralité l'emploient volontiers. Sa souplesse explique sa présence dans des corpus très variés.

Un auteur peut l'employer pour renforcer la progression d'un raisonnement ou pour faire entendre une voix obsédée par une idée. Elle peut aussi servir à mettre en valeur un mot-clé au moment où il passe d'une proposition à l'autre. Son efficacité tient à sa discrétion et à sa force de liaison.

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