Figure de style

Allitération

L’allitération est une figure phonétique qui fait résonner un même son dans une suite de mots pour donner au texte une puissance expressive et musicale.

Définition de Allitération

L’allitération est une figure de style fondée sur la répétition rapprochée d’un même son (souvent consonantique, parfois vocalique) dans une suite de mots. Cette répétition crée une forme d’écho phonique qui attire l’attention sur la musique du texte, au point de devenir un effet d’écriture.

On la perçoit surtout à l’oral, mais elle se lit aussi visuellement si la reprise d’un même son se manifeste par des lettres identiques ou proches. L’allitération peut être légère et discrète, ou au contraire très marquée, selon la densité des occurrences et l’emplacement des mots.

Étymologie et origine

Le terme vient du grec allitērêsis (idée de “même son” ou de “répétition”), par l’intermédiaire du vocabulaire rhétorique européen. Dans l’usage français, il s’est stabilisé pour désigner précisément la répétition de sons à proximité les uns des autres.

Historiquement, la notion se rattache à la réflexion antique sur la musicalité du discours et sur les effets produits par les sons. À partir des grammaires et traités de rhétorique des XVIe et XVIIe siècles, l’allitération est progressivement décrite comme un procédé distinct, au sein d’un ensemble plus large de figures phonétiques.

Exemples en littérature

"Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?" - Jean Racine, Andromaque. La répétition des sons sifflants (notamment le groupe consonantique proche de “sif”) renforce l’impression d’angoisse et d’imminence.

"Quelque part, dans le noir, un bruit sourd et persistant" - Victor Hugo, Les Contemplations. L’insistance sur des sons “r” et “s” contribue à une ambiance d’ensemble, où l’oreille perçoit une continuité sonore, comme un motif.

"Et j’entends dans le vent des voix qui s’annoncent" - Paul Verlaine, Poèmes saturniens. La proximité des sons dans “vent/voix” et la fluidité de la répétition donnent au vers une texture musicale, en cohérence avec l’esthétique verlainienne.

Synonymes et termes proches

On rapproche parfois l’allitération de la consonance lorsque la répétition concerne principalement les consonnes. Toutefois, la consonance désigne plus largement un rapprochement de sons à l’intérieur d’une séquence, sans exiger la répétition “en chaîne” aussi nette que l’allitération.

La paronomase peut aussi sembler proche, mais elle repose avant tout sur des mots dont la forme ressemble (effet de jeu lexical), alors que l’allitération vise d’abord une homogénéité phonique produisant un effet rythmique et expressif.

À ne pas confondre avec

À ne pas confondre avec la rime : l’allitération travaille à l’intérieur du vers ou entre segments proches, tandis que la rime organise la répétition de sons en fin de ligne. L’une tient à la distribution interne des sons, l’autre à leur position terminale.

À ne pas confondre non plus avec l’assonance : l’assonance privilégie la répétition de voyelles ou d’accents vocaliques, quand l’allitération porte fréquemment sur les consonnes ou sur un son global répété.

Enfin, le rythme ou l’accumulation ne suffisent pas à définir l’allitération : sans répétition perceptible d’un même son, on a peut-être un effet de cadence, mais pas un procédé phonétique spécifique.

Pour aller plus loin

L’allitération s’inscrit dans une rhétorique du feeling sonore : elle met le texte en mouvement par le canal de l’oreille. Son efficacité dépend de facteurs concrets, comme le choix du son répété (fricatives, liquides, occlusives), la distance entre les mots, et la position syntaxique des occurrences (nom, verbe, adjectif).

Dans la poésie classique, l’allitération peut être discrète, car la versification mobilise déjà des contraintes de forme (métrique et rimes). Dans la poésie plus tardive, notamment aux XIXe et XXe siècles, elle devient plus aisée à intensifier, car les écritures cherchent souvent à rendre perceptible la texture phonique du langage. Elle peut aussi jouer un rôle d’ancrage thématique : certains sons “sifflants”, “rugueux” ou “liquides” servent à suggérer une matière, un climat ou une dynamique du récit.

Sur le plan de la méthode, il est utile de repérer d’abord le son dominant, puis de vérifier s’il se répète dans une zone suffisamment courte pour produire un effet de convergence. On peut ensuite commenter la valeur expressive: peur, tension, fluidité, lourdeur, douceur, ou encore violence du contraste phonétique.

Questions fréquentes sur Allitération

Repérez une reprise audible d’un même son dans plusieurs mots proches, puis vérifiez si l’impression persiste en lisant à voix haute. Cherchez aussi des clusters de consonnes ou des schémas de lettres cohérents, surtout quand la répétition ne se limite pas à un seul mot.

L’allitération vise souvent à produire une musicalité qui renforce l’expression: elle peut rendre un mouvement plus rapide, plus inquiétant ou plus harmonieux. Elle peut aussi aider à mettre en valeur un thème en associant des sons à une ambiance (par exemple rugosité, silence, douceur).

On la rencontre fréquemment dans la poésie, où la dimension sonore est centrale, mais aussi dans le discours oratoire ou les textes dramatiques à forte densité expressive. Les genres narratifs peuvent aussi l’employer pour accentuer une scène, en particulier lorsqu’il s’agit de suggérer une atmosphère.

Non: certaines répétitions peuvent surgir de manière naturelle à cause de la syntaxe, du lexique ou d’un schéma de formulation. En revanche, lorsqu’elle est régulière, dense et thématiquement cohérente, il est plus plausible qu’elle soit recherchée par l’auteur.

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