Figure de style

Antanaclase

L'antanaclase est une figure de style qui répète un même mot en lui donnant des sens différents, pour produire un effet d'esprit et de profondeur.

Définition de Antanaclase

L'antanaclase est une figure de style qui consiste à répéter un même mot, ou une même forme, en lui donnant à chaque fois un sens différent. Le terme peut se comprendre comme un jeu sur l'ambiguïté lexicale : l'identité sonore ou graphique est conservée, mais la valeur sémantique se déplace.

Cette figure appartient à l'art de la reprise signifiante. Elle produit souvent un effet d'esprit, d'ironie, de vivacité ou de finesse argumentative, car elle oblige le lecteur à percevoir le glissement de sens. L'antanaclase se distingue ainsi d'une simple répétition mécanique : ce qui se répète, ce n'est pas seulement le mot, c'est aussi sa capacité à changer de direction.

Elle peut servir dans le discours littéraire, mais aussi dans l'éloquence, la polémique ou la maxime. Sa force vient du fait qu'un seul terme devient le lieu d'une tension entre deux interprétations, ce qui rend la phrase à la fois plus dense et plus mémorable.

Étymologie et origine

Le mot antanaclase vient du grec ancien antanáklasis, formé sur l'idée de répercussion ou de retour en sens inverse. On y reconnaît le préfixe anti, qui marque souvent l'opposition ou le retour, et une racine liée à l'action de plier, de faire rebondir, de renvoyer.

Dans la tradition rhétorique, le terme a été repris par les grammairiens et les rhétoriciens pour désigner précisément la reprise d'un même mot dans des emplois différents. Le sens s'est stabilisé en français à l'époque classique et moderne, où la figure a été intégrée au vocabulaire de l'analyse stylistique.

Historiquement, la notion reste proche d'autres procédés antiques fondés sur le jeu verbal, mais l'antanaclase a été progressivement distinguée comme figure autonome, centrée non sur la répétition phonique, mais sur le double sens provoqué par la répétition.

Exemples en littérature

Dans Tartuffe de Molière, l'ambiguïté d'un mot peut nourrir une scène entière de confrontation. On lit par exemple : « Le ciel défend, de vrai, certains contentements; / Mais on trouve avec lui des accommodements ». Le mot « accommodements » prend une valeur morale et pratique à la fois, et ce glissement proche de l'antanaclase souligne l'art du détournement verbal.

Dans Phèdre de Jean Racine, le lexique de la feu et de la passion se prête souvent à des reprises à sens variable. Quand le même mot revient dans un contexte amoureux puis tragique, il change de portée psychologique et dramatique, ce qui intensifie la douleur du personnage et la densité de la scène.

Dans Les Caractères de La Bruyère, l'écriture moraliste exploite fréquemment les reprises lexicales pour faire ressortir un contraste de sens ou de jugement. Un mot apparemment simple, replacé dans un autre cadre, peut devenir une arme satirique, et cette mobilité sémantique relève de l'esprit même de l'antanaclase.

Synonymes et termes proches

On rapproche souvent l'antanaclase du polyptote, mais les deux ne coïncident pas. Le polyptote repose sur la reprise d'un même mot sous des formes grammaticales différentes, tandis que l'antanaclase conserve la même forme tout en changeant le sens.

Elle peut aussi être associée au calembour, en raison du jeu sur la polysémie ou l'homophonie. Cependant, le calembour vise plus volontiers l'effet comique, tandis que l'antanaclase peut servir à l'éloquence sérieuse, à la satire ou à la réflexion morale.

Enfin, on peut évoquer la paronomase ou l'antithèse dans certains cas voisins, mais ces figures reposent sur d'autres mécanismes. La paronomase joue sur la ressemblance des sons entre deux mots différents, alors que l'antanaclase repose sur un seul mot réemployé différemment.

À ne pas confondre avec

Il ne faut pas confondre l'antanaclase avec le refrain ou la simple répétition. Dans la répétition ordinaire, le mot conserve le même sens, alors que dans l'antanaclase il se charge d'une autre valeur à chaque occurrence.

Elle diffère aussi de la métonymie et de la métaphore, qui sont des figures de substitution sémantique. L'antanaclase, elle, ne remplace pas un mot par un autre : elle exploite la plasticité d'un même mot déjà présent dans le texte.

Enfin, il faut l'écarter du double sens involontaire. L'antanaclase est une figure rhétorique construite, donc intentionnelle, alors qu'un ambiguïté accidentelle relève simplement de l'imprécision ou de l'équivoque.

Pour aller plus loin

L'antanaclase occupe une place importante dans la rhétorique héritée de l'Antiquité, où l'on valorisait les procédés capables de frapper la mémoire et de donner de la vigueur au discours. Elle a longtemps été appréciée dans l'éloquence judiciaire et morale, car elle permettait de condenser en peu de mots une idée subtile ou une objection incisive.

Dans la littérature française, elle participe à un art du mot à reprise, très présent chez les auteurs soucieux de précision et d'élan oratoire. Les classiques l'emploient pour faire entendre la souplesse du langage, mais aussi pour révéler les tensions du sens, notamment dans les scènes de débat, de confession ou de comédie d'intrigue.

Du point de vue stylistique, l'antanaclase exige du lecteur une lecture active : il faut repérer que le même signifiant ne renvoie pas au même signifié. Cette exigence en fait une figure intellectuellement stimulante, souvent plus discrète qu'un calembour, mais aussi plus élégante lorsqu'elle s'insère naturellement dans la syntaxe.

Questions fréquentes sur Antanaclase

On la repère lorsqu'un même mot revient à plusieurs reprises dans une phrase ou un passage, mais avec une valeur qui change nettement selon le contexte. Le bon réflexe consiste à comparer les emplois successifs et à vérifier si le sens se déplace sans que la forme change.

Elle vise souvent à créer un effet de surprise et de relief. En faisant travailler un même mot dans deux directions, l'auteur attire l'attention sur une nuance ou un paradoxe, ce qui peut renforcer l'ironie, la persuasion ou la profondeur d'une idée.

On la rencontre fréquemment dans la comédie, la poésie d'idées, le discours oratoire et la littérature moraliste. Ces genres apprécient particulièrement les jeux de tension entre forme stable et sens mobile, parce qu'ils permettent de concentrer l'expression et de frapper l'esprit.

Il faut d'abord identifier le mot répété, puis décrire précisément la différence de sens entre ses occurrences. Ensuite, il convient d'expliquer l'effet produit sur le ton, l'argumentation ou la caractérisation d'un personnage, en reliant ce procédé à l'enjeu global du passage.

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