Cléante est un jeune homme lié à Angélique par une relation amoureuse clairement affirmée dans le texte. Il apparaît d'abord au moment où Toinette l’introduit auprès d’Argan sous une identité d’emprunt, en le présentant comme un ami du maître à chanter, afin de lui permettre d’approcher Angélique malgré la surveillance de la maison. Sa première apparition le situe donc d’emblée dans une position discrète, presque clandestine, mais essentielle à l’action.
Il n’est ni maître ni serviteur, ni figure d’autorité familiale - il appartient au camp des jeunes amoureux opposés aux projets d’Argan. Son importance tient à ce qu’il incarne l’enjeu sentimental principal de la pièce: l’union désirée avec Angélique, entravée par le mariage arrangé avec Thomas Diafoirus. Sa présence donne à l’intrigue un axe amoureux et conflictuel décisif.
Cléante joue le rôle de prétendant d’Angélique et de contrepoids aux volontés d’Argan. Il agit comme un adjuvant du désir amoureux d’Angélique, tout en devenant un obstacle indirect au projet matrimonial imposé par le père. Sa fonction narrative est donc capitale: il fait avancer l’intrigue sentimentale, provoque des scènes de tension et offre une solution alternative au mariage voulu par Argan.
Sa place est également importante dans la construction dramatique, parce qu’il participe à plusieurs moments de déguisement, de jeu théâtral et de ruse. Il ne domine pas la pièce comme un protagoniste unique, mais il est l’un des moteurs de la comédie: sa présence permet les révélations, les malentendus et la mise en crise des décisions d’Argan.
La relation centrale de Cléante est celle qu’il entretient avec Angélique. Leur attachement est explicite, puisqu’ils se parlent comme deux amants et chantent ensemble une scène d’opéra improvisé où ils expriment mutuellement leur amour. Cléante cherche à la rejoindre, à la comprendre et à obtenir son consentement dans un cadre imposé par la contrainte familiale. Angélique, de son côté, lui répond avec confiance et tendresse.
Face à Argan, Cléante adopte une attitude respectueuse, prudente et diplomatique. Il se présente sans révéler tout de suite sa véritable identité, accepte de rester en retrait, et répond avec politesse lorsque le père lui parle. En revanche, il est en opposition indirecte avec Thomas Diafoirus, qui est le fiancé choisi par Argan. Cléante n’attaque jamais frontalement ce rival, mais sa simple existence rend visible le conflit entre inclination amoureuse et mariage d’intérêt.
Toinette joue un rôle de médiatrice entre Cléante et Angélique: c’est elle qui l’annonce, le cache, puis l’aide à approcher la jeune fille. Elle est donc une alliée indispensable. Béralde, enfin, ne lui est pas lié par une intimité forte, mais son intervention finale facilite la perspective d’un mariage avec Angélique en soutenant la résolution du conflit familial.
Cléante apparaît comme un amoureux sincère, loyal et constant. Ses paroles à Angélique sont empreintes de délicatesse et de passion, sans brutalité ni calcul. Il cherche moins à conquérir qu’à faire reconnaître la légitimité de leur inclination mutuelle. Sa conduite montre aussi une certaine maîtrise de soi: même lorsqu’il apprend le mariage imminent avec Thomas Diafoirus, il reste capable de se tenir dans les formes devant Argan.
Il possède également une dimension théâtrale et inventive. Il accepte de parler sous couvert d’un autre, puis participe à une scène chantée où il transforme sa déclaration amoureuse en petit opéra. Cette aptitude au déguisement et à la mise en scène révèle une intelligence souple, adaptée aux contraintes. Sa principale limite n’est pas morale mais sociale: il dépend des circonstances et de la permission d’autrui, ce qui le rend vulnérable face à l’autorité paternelle.
Cléante évolue peu au sens psychologique, mais il passe d’une position d’amant caché et empêché à celle d’élu finalement reconnu. Au début, il doit se dissimuler, contourner les interdits et attendre la décision d’Argan. À la fin, il accepte sans difficulté de se faire médecin si cela permet d’obtenir Angélique. Cette souplesse finale montre qu’il demeure constant dans son amour tout en s’adaptant aux exigences du monde d’Argan.
Comme beaucoup de personnages de théâtre classique, il est relativement stable: il sert surtout à faire ressortir les contradictions des autres plutôt qu’à subir une transformation profonde. Sa stabilité a une valeur positive, car elle souligne la fidélité amoureuse et la constance du désir face aux calculs familiaux et aux faux savoirs.
Cléante symbolise une forme d’amour jeune, sincère et ingénieuse, opposée aux logiques de domination, d’intérêt et de contrainte qui gouvernent la maison d’Argan. Il révèle aussi la fragilité des choix individuels dans une société où le mariage dépend de la volonté paternelle, des alliances et des conventions. En acceptant de se plier aux codes imposés pour obtenir Angélique, il montre que la vérité du sentiment doit parfois passer par le jeu, le masque et la ruse.
À travers lui, l’œuvre valorise la constance affective et la souplesse d’esprit contre les rigidités de la médecine, de la hiérarchie familiale et du faux sérieux. Cléante ne critique pas directement les institutions, mais il en dévoile l’absurdité par sa simple présence: un amour véritable n’a pas besoin de latin ni de diplôme, seulement de fidélité, d’intelligence et d’accord réciproque.