Lina est une jeune femme du groupe féminin réuni autour d’Arthénice et de Madame Sorbin. Elle apparaît d’abord comme la fille de Madame Sorbin, liée à Persinet dans un projet d’union déjà avancé, puisqu’il se présente comme son futur époux. Sa place sociale est donc celle d’une jeune femme promise au mariage, mais elle se trouve entraînée dans le bouleversement politique et symbolique qui traverse l’île. Dans l’économie de la scène, elle n’est pas une dirigeante comme Arthénice ou Madame Sorbin, mais une présence importante, car elle incarne la génération plus jeune, exposée aux décisions des chefs de son sexe.
Dans l’intrigue, Lina joue surtout un rôle d’adjuvant et de témoin. Elle accompagne sa mère, relaie ses ordres, transmet les nouvelles, et sert souvent de relais entre les deux camps. Son importance dramatique vient de sa double position : elle est à la fois intégrée au mouvement de révolte des femmes et liée affectivement à Persinet, ce qui la place au cœur de la tension entre l’amour et les nouvelles règles collectives. Sa présence permet de faire sentir concrètement les effets des décisions prises par Arthénice et Madame Sorbin sur la vie ordinaire.
Elle n’est pas le moteur principal de la réforme, mais elle en révèle les limites et les contradictions. Par ses réactions, ses plaintes et ses hésitations, elle introduit une dimension plus sensible et plus nuancée dans un discours politique très affirmatif. Elle rend visible le coût humain de la séparation avec les hommes, et montre que l’adhésion au projet n’est pas uniforme parmi les femmes.
Sa relation la plus nette est celle qui l’unit à Persinet. Leur amour est présenté comme réciproque et déjà engagé, puisqu’elle dit qu’ils veulent toujours la même chose et qu’ils en sont convenus entre eux. Elle lui parle avec tendresse, le regarde pour le soutenir, et finit par souffrir de devoir s’éloigner de lui. Cette relation donne à voir un attachement sincère, en décalage avec la logique de rupture défendue par Madame Sorbin.
Avec Madame Sorbin, sa mère, la relation est faite d’obéissance, de dépendance et de tension. Madame Sorbin lui impose de se taire, de ne pas parler à Persinet, de défendre les femmes et de se conformer à l’ordonnance. Lina accepte, mais non sans peine, et sa voix laisse percer une sensibilité moins combative. Avec Arthénice, elle est davantage encadrée qu’égale : Arthénice dit qu’elle n’a pas été incluse dans les délibérations à cause de son âge, mais qu’elle sera bientôt instruite. Lina est donc une élève et une alliée incomplète, encore en formation.
Lina se distingue d’abord par sa douceur et son attachement affectif. Elle pleure, s’inquiète, demande qu’on épargne Persinet, et avoue sans détour que son avis serait de l’emmener avec eux. Elle semble moins doctrinaire que les autres femmes, plus proche du sentiment que de la rhétorique politique. Cette spontanéité la rend touchante et la singularise dans un groupe où le langage de la fermeté domine.
En même temps, elle n’est pas rebelle au sens strict. Elle se montre soumise à sa mère, accepte d’obéir, et tente même de concilier son amour avec les nouvelles exigences. Sa psychologie est donc marquée par une contradiction : elle participe à la révolte féminine, mais reste attachée aux liens personnels et à l’idée du mariage. Elle incarne une forme d’hésitation intime, où la fidélité au cœur résiste aux injonctions collectives.
Lina évolue peu sur le plan idéologique, ce qui correspond à un personnage de théâtre surtout défini par sa fonction dans l’action. Elle passe d’une attitude affective et presque naïve à une participation contrainte au mouvement de séparation, sans devenir une théoricienne du projet. Au fil de la scène, son attachement à Persinet demeure visible, tandis que sa mère la pousse à adopter les mots d’ordre du groupe. Cette stabilité souligne qu’elle n’est pas une meneuse, mais une figure de passage entre l’ancien ordre des sentiments et le nouvel ordre politique des femmes.
Lina symbolise la part vulnérable et humaine du conflit. À travers elle, l’œuvre montre que les grandes réformes ne se déploient pas seulement dans les discours d’autorité, mais aussi dans les cœurs, les résistances, les amours et les renoncements. Elle révèle que l’émancipation collective peut entrer en contradiction avec les désirs individuels, surtout lorsqu’il s’agit du mariage et de la séparation des sexes. Sa présence rend le débat moins abstrait et plus concret, en rappelant que les décisions politiques touchent des vies intimes.
Elle éclaire aussi le projet de l’auteur en donnant au débat une dimension ironique et sensible : même au sein d’un renversement des rôles, l’attachement amoureux persiste, et le langage de la liberté se heurte aux habitudes du cœur. Lina n’incarne ni la domination ni la théorie, mais la fragilité d’un désir individuel pris dans une lutte d’ordres et de pouvoirs.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec LINA, à travers d'autres œuvres.