Mariane est une jeune femme que Cléante aime et que Harpagon veut épouser lui-même. Elle appartient donc au nœud amoureux et familial de l'œuvre, sans apparaître comme une simple figure secondaire : sa présence déclenche des rivalités, cristallise les désirs des personnages et devient l'enjeu d'un conflit entre le père et le fils. Elle est présentée comme une personne de grande douceur, convoitée pour sa beauté, sa tenue et la sympathie qu'elle inspire.
Dans l'intrigue, Mariane joue un rôle décisif de moteur dramatique. Elle n'est pas seulement l'objet d'amour de Cléante : elle devient aussi le projet matrimonial de Harpagon, ce qui fait d'elle un centre de tension entre générations. Par sa position, elle fait avancer l'action, provoque les déclarations, les malentendus et les affrontements, et donne à la pièce son ressort comique et conflictuel.
Son importance tient aussi au fait qu'elle participe à la résolution finale : lorsque son identité familiale est révélée, elle entre dans l'harmonie des mariages conclus. Elle passe ainsi du statut d'enjeu disputé à celui de personnage intégré à un dénouement heureux, sans toutefois cesser d'être définie par les choix qu'on fait pour elle et autour d'elle.
La relation la plus forte est celle qui l'unit à Cléante. Ils s'aiment, se reconnaissent mutuellement et partagent une même opposition au mariage que Harpagon voudrait imposer. Leur scène de rencontre révèle une affection réciproque, mais aussi une retenue dictée par l'honneur, la bienséance et la dépendance familiale. Mariane accepte de se laisser guider, tout en laissant entendre qu'elle ressent quelque chose de profond pour lui.
Avec Harpagon, Mariane est dans une relation de contrainte et de malaise. Il la courtise avec maladresse, la flatte, la juge admirable, mais elle le voit comme un « homme déplaisant » et un « animal ». Avec Frosine, elle entretient une alliance de circonstance : Frosine sert d'intermédiaire et cherche à orienter la situation. Enfin, la révélation finale la relie à Anselme, qui apparaît comme son père, et à Valère, qui devient son frère; cette reconnaissance bouleverse ses liens et reconfigure toute sa place dans la famille.
Mariane apparaît comme une jeune femme sensible, honnête et réservée. Elle dit son trouble avec franchise, notamment face à l'union qu'on veut lui imposer, et elle manifeste une profonde pudeur. Son attitude est marquée par une forme de délicatesse morale : elle ne veut pas agir contre l'honneur ni contre la bienséance, et elle invoque aussi l'attachement à sa mère.
Elle se distingue également par sa lucidité. Elle comprend les enjeux du mariage, sait distinguer son inclination personnelle de la pression sociale et familiale, et reconnaît clairement ce qu'elle ressent pour Cléante. En même temps, elle reste dans la dépendance : elle n'affirme jamais une liberté absolue, mais parle en termes de souhaits, de consentement et de contrainte. Cette tension entre désir et retenue fait sa profondeur.
Mariane évolue peu dans son essence, ce qui correspond à un fonctionnement théâtral classique : elle demeure une figure de douceur, d'amour sincère et de pudeur. En revanche, sa situation change radicalement. D'abord promise à Harpagon, elle devient l'épouse attendue de Cléante quand le père renonce à son projet, puis elle s'inscrit dans le double mariage final après la révélation de sa filiation. Sa stabilité morale contraste donc avec la mobilité de son destin.
« Hélas ! me le demandez-vous ? et ne vous figurez-vous point les alarmes d'une personne toute prête à voir le supplice où l'on veut l'attacher ? » Cette réplique montre que Mariane perçoit le mariage imposé comme une forme de violence et qu'elle vit la situation dans l'angoisse.
« Je ne sais point quel il est. Mais je sais qu'il est fait d'un air à se faire aimer » Cette phrase révèle à la fois sa sensibilité au charme de Cléante et sa spontanéité affective.
« Mon Dieu ! Frosine, c'est une étrange affaire, lorsque pour être heureuse, il faut souhaiter ou attendre le trépas de quelqu'un » Cette remarque exprime sa moralité et son malaise devant une logique matrimoniale fondée sur l'intérêt et sur l'espoir de la mort d'un mari âgé.
« Je n'ai rien vu dans le monde de si charmant que vous » Cet aveu, adressé à Mariane par Cléante et reçu dans une scène de reconnaissance réciproque, souligne le rôle de Mariane comme objet d'amour et centre de l'idéal amoureux de la pièce.
Mariane symbolise chez Molière une forme d'innocence menacée par les calculs familiaux et sociaux. Elle met en lumière la violence des mariages arrangés, la domination paternelle et la logique de l'intérêt qui traverse l'œuvre. Par sa pudeur et sa sincérité, elle fait apparaître en creux l'absurdité d'un monde où l'argent, l'âge et la stratégie pèsent sur les sentiments. Elle participe ainsi à la critique de l'avarice et, plus largement, à une réflexion sur la place du désir authentique dans une société de contraintes.
Personnages qui partagent des traits de caractère avec Mariane, à travers d'autres œuvres.